Maman, quand est-ce qu’on arrive ?

Vacances 1964

« Maman,  quand est-ce qu’on arrive ? », combien de fois ai-je posé cette question lancinante ?..
Plusieurs fois par an, presque à chaque vacance scolaire, nous partions depuis la région parisienne jusqu’à Saint-Lunaire, alors petit village à côté de Dinard.
À cette époque, c’était une véritable expédition : pas d’autoroute, juste des départementales et quelques routes nationales. Nous avons même connu le temps d’avant le barrage de la Rance, inauguré en novembre 1966.
À cette époque, point de GPS ni de recherche Google Maps en quelques secondes. Ma mère avait établi à partir de cartes routières Michelin son trajet sur une feuille de papier que je revois encore. Les noms des villes étapes résonnent à jamais dans ma mémoire : Nogent-le-Rotrou, Bellème, Mamers, Alençon, Mayenne, Ernée, Fougères…
Le trajet alors durait plus de six heures, alors qu’aujourd’hui il suffit d’un peu plus de quatre heures. Nous faisions souvent une halte à mi-trajet, en forêt de Perseigne. C’était alors le délicieux moment du pique-nique, savamment préparé par Maman.
Dans les plus glorieuses heures, il nous est arrivé de partir très nombreux. Dans sa 404 familiale break, avec remorque s’ il vous plait, ma mère emmenait ses trois enfants, ses deux chiennes et des oiseaux. Je crois même me souvenir qu’elle m’avait parlé aussi de poissons rouges !
Avec le recul, je suis tellement admiratif de la force de caractère de ma mère et de ses capacités à venir à bout de tout cela.
Depuis, c’est moi qui ai fait durant ces dernières années le trajet de retour, partant de Bretagne pour aller lui rendre visite. Et puis le trajet pour l’accompagner dans son dernier voyage. Et enfin, j’ai fait le tout dernier trajet de retour, ma voiture emplie d’objets, de souvenirs, de tout ce que j’ai pu prendre dans ma maison d’enfance. J’aurais voulu tout emporter, mais je n’avais pas de 404 familiale break avec une remorque. Je n’avais que mes deux mains noircies par la patine que le temps avait déposé sur mon passé et mes yeux asséchés d’orphelin.
« Maman, quand est-ce que j’arrive ? », depuis ces jours, combien de fois me suis-je posé cette question lancinante ?..
Certes, je ne suis pas pressé, mais j’attends avec une immense impatience la halte que je ferai, au terme de mon trajet cette fois, où je rejoindrais enfin Maman, qui m’aura encore une fois savamment préparé un délicieux pique-nique…

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