Voilà, c’est fini…

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Fleur de mon jardin, mai 2016

This is the end…

Il y a quelques jours, j’ai envoyé ma lettre de demande de départ à la retraite à la direction des ressources humaines de mon hôpital. Si tout va bien, je terminerai ma carrière hospitalière en toute fin d’année pour être en retraite un mois plus tard, congés et compte-épargne temps obligent.

En cette fin d’année 2016, cela fera trente-neuf ans que j’aurai débuté ma carrière de fonctionnaire public hospitalier.

L’aube de l’humanité hospitalière

Tout a commencé le 7 décembre 1977. A l’âge de 19 ans, j’entrais à l’hôpital comme agent des services hospitaliers (ASH). Les ASH sont les premiers grades, tout en bas de la hiérarchie hospitalière.

Mon premier service de soins a été la réanimation polyvalente. A l’époque nous travaillions en 8 heures : le matin de 6 heures à 14 heures, l’après-midi de 14 heures à 22 heures et la nuit de 22 heures à 6 heures du matin. Rien de très compliqué comme travail : faire du ménage, vider les poubelles, ranger des cartons de perfusions… Ah si, quelque chose qui ferait hurler de nos jours,  les ASH hommes avaient dans leurs missions de réaliser les clichés de radiographie pulmonaire avec un appareil mobile. Formation expresse : « Tu vois ce bouton là, tu mets à peu près le poids de la personne et ça ira ». Avec un peu d’expérience, mes clichés n’étaient pas si mal que ça.

Et puis est venu le premier massage cardiaque, fréquent en réanimation. Étrange sensation que d’enfoncer ce thorax inerte dans l’espoir qu’un cœur batte à nouveau. Bien des fois ces cœurs sont repartis, et puis d’autres non. Le face à face avec la mort, avec cette distance déstabilisante vis-à-vis de ce corps sans vie. La plupart de ces patients étaient sous respirateur artificiel, le plus souvent dans le coma, déjà presque privés de vie ; en tout cas privés de la part d’humanité « visible » qui nous permet d’être en relation avec autrui : les mots, les gestes, les regards. Et tous ces tuyaux qui entraient et sortaient de ces corps par tous les orifices possibles : sondes d’intubation, sondes vésicales et rectales, thermomètre filaire, cathéters divers et variés… Pas simple à 19 ans de passer du monde adulescent à cet univers technicisé où les seuls bruits de ces corps alités venaient des alarmes des scopes en cas d’arrêt cardiaque ou de tachycardie/bradycardie. Sans m’en rendre vraiment compte, je me suis protégé en me considérant comme investi d’un rôle dépassant ma propre personne : la blouse blanche était sans doute mon rempart devant ce gouffre abyssal de soins.

Découverte aussi de la hiérarchie hospitalière. Les surveillantes et la surveillante-chef, dont deux sur trois étaient des demoiselles d’un certain âge. Je me souviens encore de ma première « soufflante » quand j’ai décidé de ne pas venir faire ma nuit juste avant de partir en vacances. Et puis les médecins, caste aristocratique avec le médecin chef qui était une légende de cet hôpital : il y avait ouvert le premier service de réanimation, dans un bâtiment devenu aujourd’hui la morgue de l’établissement, triste ironie de l’histoire. Je nettoyais un jour son bureau et ayant ouvert par curiosité un des tiroirs, je tombais sur une bouteille de whisky entamée. A chacun de trouver ses forces où il peut. Quand vous soigniez en ce temps-là, il n’y avait pas d’hôpital sans tabac : un des réanimateurs allait de chambre en chambre avec sa cigarette allumée, passant devant les tuyaux d’oxygène en la masquant un peu avec sa main. Personne n’osait rien lui dire.

Je me souviens d’une nuit passée dans ce service, avec une collègue aide-soignante qui m’avait demandé de préparer le café. Et moi trop timide pour lui dire que je n’avais jamais préparé de café, ayant été cocooné par ma mère encore à cet âge. J’avais mis les grains de café grossièrement moulus dans le filtre avec un résultat des plus éloignés de ce qui pouvait s’appeler un café. Ma collègue aide-soignante doit en rire encore…

Il y a eu aussi la première paye. Il fallait se rendre au centre des impôts car je n’avais pas encore de compte en banque. Trois-cents francs environ, soit 45 Euros de nos jours, mais le coût de la vie n’était pas le même qu’aujourd’hui. Bon, ça n’était pas non plus une fortune tout de même.

Les contrats se sont enchaînés et au bout d’un an, j’ai été stagiairisé puis titularisé. C’était presque une formalité à l’époque. J’ai pu ainsi passer le concours de l’école d’infirmières – l’ancêtre des instituts de formation en soins infirmiers – et être pris en promotion professionnelle, donc payé durant mes études. L’hôpital public était encore loin des contraintes financières et des restrictions budgétaires qui allaient venir bien plus tard.

L’école est pas finie

La formation en école d’infirmières durait alors deux ans. Nous étions la dernière promotion suivant le programme de formation de 1972 en 28 mois. Les suivants allaient entamer le nouveau programme de 1979 qui allongeait la formation à 33 mois. Nous avions aussi le privilège de ne pas avoir d’épreuve finale à passer pour le diplôme d’Etat si nos résultats étaient satisfaisants. Il faudra attendre 1992 pour que l’école d’infirmières devienne l’institut en formation en soins infirmiers, et que les élèves deviennent des étudiantes.

Pour commencer, les élèves-infirmières en deuxième année nous ont accueillis pour une séance de bizutage plutôt soft : comprimés de bleu de méthylène à avaler et urine bleue dans les 24 heures à suivre, bière à boire dans des urinaux et chocolat à manger dans des bassins… J’ai eu un régime de faveur – ou pas – en me faisant habiller en infirmière par deux collègues, avec maquillage à l’appui, et en effectuant ensuite un grand tour dans l’hôpital !

Stages et cours se sont enchaînés. Lors du premier stage en médecine avec ma collègue Mauricette, ancienne aide-soignante ayant réussi le concours infirmier, nous avons découvert les joies des patients choisis par les infirmières pour les soins de nursing. Comme par hasard, c’étaient ceux dont elles ne couraient pas après pour les soigner. Alors ils revenaient aux élèves de s’en occuper. Pas vraiment de la maltraitance de la part de ces infirmières, mais une position tout de même discutable quant à l’équité et au respect envers la personne soignée. De toute façon, on ne demandait pas leur avis aux patients, le consentement aux soins avait encore du temps devant lui avant de devenir un droit réel.

Et puis vint la confrontation de la rencontre avec la chair, avec le corps grignoté peu à peu par la maladie. Et le gant de toilette, seule séparation entre la main du soignant (apprenti) et la peau du soigné. Bien sûr, on vous apprend qu’il faut deux cuvettes, deux gants, du savon,  et puis l’ordre dans lequel on lave le corps et la cerise sur le gâteau pour la fin : la petite toilette. Pas simple quand on est un jeune homme de laver une personne en la mettant peu à peu nue dans son lit d’hôpital. Et puis aucun endroit prévu pour en parler, pour débriefer un peu. Non, le sujet était tabou : on faisait la toilette, mais on ne parlait pas des émotions des peaux crues qui se touchent. Bon, il y a eu pire après, mais je ne le savais pas encore.

Dans un autre stage, j’avais demandé l’autorisation de partir en ambulance avec une patiente qui devait passer un scanner. Aujourd’hui, on m’aurait pris pour un demeuré, il y a des scanners partout, des IRM, des pet-scans, des tomographes à positons… Ce n’était pas le cas à cette époque. Il fallait emmener les patients dans un des rares hôpitaux parisiens qui disposait d’un scanner, tout nouvel appareil à l’époque.

Il y avait aussi le matériel utilisé pour les soins : de très rares dispositifs à usage unique comme les aiguilles pour injection ou les tubulures de perfusion, le reste avec des seringues en verre, des pinces en métal, des tambours avec des compresses, le tout stérilisé dans certains service avec un Poupinel, sorte de petit four utilisé pour désinfecter seringues, plateaux et divers outils.  Il fallait de la dextérité pour prendre les compresses dans le tambour avec la pince longuette et les déposer dans le plateau sans risquer de faire une faute d’asepsie.

Lors des stages à l’hospice (oui, c’était encore le nom en vigueur pour les services de personnes âgées), c’était la découverte des salles communes, certaines regroupant plus d’une vingtaine de personnes. Difficile d’imaginer aujourd’hui la « cérémonie » des toilettes à la chaîne, des soins pratiqués sans même un paravent – utilisé seulement lors d’un décès. Et puis ces intramusculaires dans des corps décharnés avec l’aiguille qui tape dans l’os du bassin, sensation et bruit du choc toujours présents en mémoire. Et cette malade dans une chambre au dernier étage, dont l’escarre fessier avait quasiment effacé toute peau saine.

Dans un de ces hospices régnait une surveillante des plus acariâtres, restée demoiselle malgré un âge avancé. La légende disait que c’était un tyran que tout le monde craignait, et une autre légende disait qu’elle m’aimait bien parce que j’étais un garçon. Il est vrai que nous étions peu d’hommes dans ce milieu de soin.

Aviateur, mon rêve (ou pas) !

En 1981, une fois le diplôme d’Etat d’infirmier en poche, j’ai travaillé deux mois à l’hospice – classique affectation des nouveaux diplômés et erreur monumentale encore existante dans le management hospitalier. Puis je suis parti accomplir mes obligations militaires. J’ai fait mes classes à la base aérienne de Tours. Trois mois d’apprentissage pour au final savoir juste démonter un fusil mitrailleur et marcher au pas. Normalement, c’était le plus grand qui donnait le rythme au premier rang. Mais le plus grand de ma section n’arrivait pas à marcher au pas ; gauche, droite, c’était au-dessus de ses capacités intellectuelles. Alors, étant le deuxième des plus grands, cette mission de conduire la troupe m’a été confiée. Il faut dire que plus de la moitié des jeunes conscrits était quasi analphabète. Mon grade était celui d’aviateur, mais je ne suis jamais monté dans un avion. Cela correspondait au grade du bas de l’échelle, soldat de deuxième classe.

J’ai rejoint ensuite le centre de sélection de Blois. J’exerçais à l’infirmerie de la garnison. Pas facile tous les jours, mais au moins pas trop de manœuvres martiales à effectuer. Ambiance particulière de dortoirs communs avec le souvenir d’être réveillé en pleine par un seau plein d’urine jeté sur moi : les joies des gaudrioles viriles… Du coup je prenais quasiment toutes les gardes à l’infirmerie pour pouvoir dormir tranquille dans une chambre seule. Mais quelques souvenirs rares comme une sortie en ambulance militaire jusqu’au château de Chambord pour un soldat qui avait fait une crise allergique aiguë. Et puis aussi le dimanche 10 mai 1981. Je sortais de la gare de Lyon à Paris pour rejoindre celle d’Austerlitz où m’attendait le train de retour vers Blois. Il y avait plein de lumières, une foule immense, des cris de joie, des chants, et moi qui marchait seul vers mon lieu d’enfermement.

Enfermement dont j’ai maladroitement tenté de m’échapper. Un soir dans une des salles de bains communes, j’ai pris cette lame de rasoir pour que s’écoule mon mal-être dans quelques filets rouges. Grossièrement suturé avec un fil dont on ne serait même pas servi en médecine vétérinaire, j’ai été gardé à l’infirmerie, manquant de peu d’être mis au gnouf – la prison du centre. Espérant être réformé, j’ai entamé une grève de la faim, tenant quelques jours avant d’abandonner devant un plat de frites. Pas assez de courage pour aller jusqu’au bout.  Alors j’ai pris mon mal en patience, en profitant quelques fois de mon collègue ambulancier qui avait à sa disposition des cigarettes un peu spéciales qui aidaient à oublier le quotidien et à rêver un peu.

Noctambulisme

Mon service militaire terminé, je suis revenu dans mon hôpital. J’ai exercé de nuit pendant 4 ans, en chirurgie puis en médecine. Ceux qui ont travaillé à l’hôpital de nuit savent combien l’ambiance y est particulière. Un tour de changes et de soins en début de poste puis un autre à minuit. Et là c’était le moment préféré : le repas d’après minuit, où chacun et chacune apportait victuailles et gâteaux maison. et la nuit se passait doucement avec quelques nouvelles visites dans les chambres. Et puis les nuits qu’on appréciait particulièrement comme celle du changement d’heure qui réduit le temps passé en poste, bien plus demandées que celle où l’horaire s’augmente d’une heure. Il y avait aussi des nuits très spéciales où un décès était malheureusement attendu.  Plusieurs fois, juste avant le décès, on entendait une chouette hululer, comme signalant la disparition imminente de la personne. Et une fois, j’ai même senti un courant d’air glacial passer autour de moi alors que je me reposais sur un fauteuil en salle de soins, suivi instantanément du décès d’un patient. La nuit à l’hôpital, c’est spécial… En fin de nuit, nous avions la visite de la surveillante-chef, Mademoiselle encore, et nous savions à sa chevelure formant une roue qu’un paon n’aurait pas dédaigné, qu’elle avait dormi profondément dans son fauteuil avant de passer dans le service.

Au cœur du métier

Après cette période noctambule, je suis passé de jour en médecine à orientation cardiologique. J’y suis resté 5 ans, de 1986 à 1991. Nous avions une super surveillante, la crème des femmes. C’est en partie grâce à elle, sa façon de gérer son équipe – on ne disait pas encore « manager – que je me suis orienté vers la formation de cadre. Je demandais à être le plus souvent d’après-midi, ce qui enchantait mes collègues. Cela me permettait de me réveiller tranquillement et non avant l’aube pour aller travailler à 6 heures et demi. Et puis je n’étais pas très fan des tournées de prise de sang pour une trentaine de malades avec plein de tubes dont le célèbre « BS », le bilan systématique qui en comprenait une dizaine. Pas de vacutainer ou de système protégé pour prélever : un bout de tubulure coupée de quelques centimètres, une grosse aiguille jaune et c’était parti, le tout sans gants. Il y avait aussi ces chimiothérapies qu’au début nous préparions sans aucune protection, alors que des normes drastiques (hottes, tenues..) sont exigées aujourd’hui.

Et puis surtout j’ai découvert les soins palliatifs, qui étaient alors à leur tout début en France. J’ai bénéficié de deux formations à l’Hôtel-Dieu, centre de référence à l’époque. L’une était sur l’initiation aux soins palliatifs et à l’accompagnement et l’autre sur les soins palliatifs spécifiques aux malades atteints de SIDA, ce fléau qui venait d’apparaître en 1983. J’ai accompagné bien des personnes jusqu’à la fin de leur vie. Je me suis formé aussi à la relation d’aide, afin de pouvoir soutenir ces personnes et tenter de leur procurer de l’apaisement. Mais j’ai aussi posé, sur prescription médicale, des perfusions de « DLP » Dolosal, Largactil, Phénergan) qui cachaient l’euthanasie sous le terrible nom de cocktails lytiques. Les patients tombaient dans le coma et partaient ainsi – nous le supposions – sans souffrir.

Je garderai toujours en mémoire une femme qui devait avoir une quarantaine d’années, atteinte d’un cancer en phase terminale. L’expression « ne plus avoir que la peau sur les os » est ce qui malheureusement la décrivait le mieux. Je l’ai accompagnée, avec mes collègues, sur plusieurs semaines. Sur sa table de lit d’hôpital, il y avait une jolie rose rouge, dans un verre en guise de soliflore. Quand je le pouvais, je restais un peu auprès d’elle, bien qu’elle soit inconsciente. Il me semblait que la présence humaine dépassait l’absence de conversation possible. Le dernier jour, je suis rentré dans sa chambre en constatant tristement qu’elle s’en était allé. Sur sa table de nuit, la rose venait de faner. J’ai caressé un peu son front de ma main pour lui dire au revoir.

Se faire encadrer

Pour réussir mon projet de devenir cadre infirmier (dénomination qui a précédé le cadre de santé « moderne »), j’ai beaucoup lu et je me suis préparé avec des méthodes pour les épreuves écrites et orales. Dans les librairies, il n’y avait qu’un seul livre sur les surveillantes, Surveillante, une fonction à reconsidérer, écrit par un infirmier général – ancêtre des directeur des soins – André Montesinos. Il m’a fallu aller à Paris pour en trouver un exemplaire – un seul disponible dans cette librairie par ailleurs. J’ai passé le concours d’entrée en école de cadres dans trois établissements ( Poissy, la Croix-Rouge à Paris et Meaux). J’étais admissible dans deux écoles sur trois, puis admis à Meaux, que j’avais choisi pour sa proximité géographique.

Lors de ma formation, j’ai eu l’opportunité d’obtenir un stage dans un hôpital britannique près de Londres. Je parlais couramment anglais, ce qui m’a permis de découvrir l’organisation hospitalière outre-manche. Il y avait déjà des infirmières en pratiques avancées qui avaient l’autorisation de prescrire des morphiniques et autres antalgiques. L’hôpital était aussi déjà engagé dans une procédure d’accréditation, qui n’allait se mettre en place en France qu’en 1999, huit ans plus tard. Mais il y avait aussi des salles communes avec des services d’hommes et des services de femmes.

L’éternel retour

Une fois obtenu mon « certificat de cadre infirmier », je suis encore revenu dans mon hôpital en tant qu’infirmier quelques mois, puis sur un poste de faisant fonction de cadre en médecine, remplaçant la cadre en poste qui s’était fracturé le bras. J’ai rédigé une étude sur l’hôpital de jour qui se mettait en place dans le service, pour l’éducation de patients diabétiques.  Au début, je faisais mes graphiques sur du papier millimétré, avec règle et crayons. Un jour, une secrétaire est venu me voir et m’a présenté à un ordinateur, et surtout au tableur Excel qui devait en être à sa deuxième version. Éclair de génie alors pour pouvoir réaliser des graphiques facilement et laisser tomber à jamais le bon vieux papier millimétré. Je ne remercierai jamais assez cette secrétaire car elle m’a ouvert la porte de l’informatique dans laquelle je me suis très vite embarqué.

En juillet 1993, l’infirmière générale m’a proposé un remplacement de cadre aux urgences. La personne en titre s’était fracturé les deux avant-bras – décidément, le sort s’acharnait sur les collègues pour me fournir un poste. J’y suis resté 5 ans. Service passionnant mais service difficile pour bien des raisons. Les drames rencontrés : ce petit enfant qui était tombé d’un balcon, échappant à la surveillance de ses parents, massé, ventilé, jusqu’au bout des forces des soignants, en vain. Ce petit corps inerte que l’infirmière lavait. Les larmes dans les yeux de tous et dans les miens aussi. La folie de certains soignants : le lendemain d’une fête de fin d’année, arrivée dans le service avec des murs tagués d’inscriptions  ou de dessins obscènes, un désordre dans plusieurs pièces et des bouteilles d’alcool. L’équipe de nuit avait tellement fait la fête qu’elle s’était totalement désinhibée. Le pire est qu’il n’y a même pas eu de sanction posée par la direction, juste un changement d’affectation de jour, mais dans le service.

Dans ce service, j’ai créé sous Excel un planning informatisé qui me permettait de gagner un temps fou par rapport au planning papier-crayon-gomme. Il n’y avait pas d’outil semblable dans l’hôpital. Cela m’a valu une remarque acerbe de l’infirmière générale – toujours la même – qui critiquait le fait que je sois « toujours derrière mon ordinateur »… Quand je vois le temps que les cadres passent maintenant sur ordinateur, que ce soit pour les plannings, les dossiers patient, les commandes et autres documents et rapports, je me dis que je n’avais peut-être pas complètement tort d’être un peu précurseur dans ce domaine.

Et puis sont venus les conflits. D’abord avec l’infirmière générale. La cadre en titre revenant de son arrêt maladie devait reprendre son poste, mais il y a eu un hic. J’avais tellement donné satisfaction que le chef de service des urgences voulait me garder et ne voulait plus de l’ancienne cadre. Je suis alors devenu le paria, le « traître » aux yeux de l’infirmière générale. Et puis le chef de service est décédé et son assistante est devenue chef à son tour. Après une période calme, une scission s’est produite dans l’équipe entre la chef de service et une grande partie des soignants et une infirmière, une urgentiste et moi. Du coup, je devenais désormais indésirable dans l’unité. Retour chez l’infirmière générale qui m’a affecté un temps à la direction des soins, puis comme cadre en médecine.

Aller plus haut

Au même moment, j’avais pris la décision de tenter le concours d’entrée à l’Ecole Nationale de Santé Publique (l’ENSP qui deviendra plus tard l’EHESP, Ecole des Hautes Etudes en Santé Publique) pour devenir infirmier général. Comme pour le concours d’école des cadres, je me suis préparé seul en compilant documentations et articles en lien avec le programme du concours. J’ai passé l’écrit (dissertation de 4 heures et note de synthèse de 5 heures !), puis l’oral (question à tirer au sort avec 2 examinateurs et grand oral avec une dizaine de personnes, avec sonnerie de minuteur pour clore l’exposé de 10 minutes). A la grande surprise de l’infirmière générale de mon hôpital, qui ne croyait pas un instant que j’avais le niveau requis pour accéder à son grade, j’ai réussi écrit et oral. Il me fallait alors trouver un hôpital qui veuille bien de moi avant de pouvoir partir à l’ENSP. Cette formalité contraignante n’existe plus heureusement car il était particulièrement difficile de devoir faire un véritable tour de France pour trouver un poste.

 Après plusieurs entretiens passés dans différents hôpitaux, j’ai été finalement retenu sur un Centre Hospitalier Universitaire (CHU). Intégrant cet établissement après ma formation à l’ENSP, je passais d’un hôpital de 1000 lits à un CHU de 2500 lits, grosse machine avec une centaine de cadres et une vingtaine de cadres supérieurs. Nous étions 3 infirmiers généraux adjoints sous l’autorité d’une infirmière générale « en chef ».  Je n’y suis resté qu’un an et demi, mais j’ai pu, CHU oblige, y faire beaucoup de choses : interventions de formation, accréditation, communication, projets… C’est là aussi, en 2000, que j’ai conçu mon site qui devait d’abord s’appeler infirmier-general.com/ pour devenir plus tard directeur-des-soins.com/ Et puis il y avait les gardes d’administrateur, particulièrement mouvementées vu la taille de l’établissement. J’ai été confronté à un homme aux urgences qui avait une arme à feu et menaçait les agents, à un problème majeur de circuit d’eau sur un service d’hémodialyse où il a fallu transférer tous les patients dans d’autres établissements. Chaudes les gardes, chaudes !

Breizh, we can !

Pour me rapprocher de la Bretagne, ma terre d’élection – de vacances – depuis mes 2 ans, j’ai muté vers un gros centre hospitalier en 2001. Manque de chance pour moi, la directrice des soins que j’avais rencontrée en entretien et avec qui le courant passait très bien est partie avant que j’arrive. Une autre a pris sa place et pas des plus simples. Elle a organisé nos domaines respectifs en se gardant ce qu’elle considérait très ouvertement comme les services « nobles » (chirurgie, maternité, réanimation, urgences, blocs…) et me laissant les services de médecine et de personnes âgées. Elle avait une particularité très édifiante. J’avais fait le choix, depuis que j’étais infirmier général, de vouvoyer, d’être vouvoyé, d’appeler les personnes, quelles qu’elles  soient, par leurs noms de famille et de me faire appeler par mon nom et pas par mon prénom. Elle, c’était tout le contraire. Elle se désespérait de ne pas pouvoir m’appeler par mon prénom, et du coup, oubliait tout le temps mon nom et disant « Monsieur… Euh.. ». Je devenais celui dont on ne peut pas dire le nom…

Il y avait aussi le directeur général (DG), en poste depuis des milliers d’années. La réunion hebdomadaire de direction était des plus soporifiques. Il nous lisait son agenda et nous ne devions pas parler. Il y avait juste cet instant, lorsqu’il arrivait à son weekend et qu’une cérémonie ou une invitation était inscrite à son agenda, qu’il demandait alors : « Qui est de garde ce weekend ? », et l’heureux élu avait gagné le droit de participer à l’événement à la place du DG. Et puis la DRH, demoiselle d’un certain âge, mais avec un caractère de cochon et n’ayant vraiment pas la langue dans sa poche. Je l’adorais pour cela. Nous avons vécu des moments acrobatiques ensemble avec pour apogée une séquestration dans son bureau par une syndicaliste fou furieuse accompagnée d’une cinquantaine de personnes, plantés derrière la porte.

Les relations avec l’infirmière générale patronymamnésique étaient devenues si difficiles que cela en devenait désespérant. Et je suis alors tombé, vraiment, dans le désespoir. Grosse dépression, gros traitement, gros arrêt maladie. Mais nouveau projet au bout de quelques mois : devenir autoentrepreneur.

J’ai alors monté mon entreprise de production d’outils informatiques (plannings, audits…) et de e-learning. J’ai eu la chance d’accompagner en ligne pour des préparations aux concours (cadre, cadres supérieur, directeur des soins) des personnes dans toute la France et même aux Antilles.  J’ai développé mon site directeur-des-soins.com/ en lui ajoutant des dossiers, des articles… Mon dernier chantier s’est passé sur un gros établissement de santé mentale situé dans le Nord, où j’ai réalisé un audit d’un service pour le compte d’un organisme de niveau national.

Ma petite entreprise connaissait la crise et ne me rapportait hélas pas assez de quoi vivre. Je me suis alors résolu à revenir dans le monde hospitalier. J’ai postulé sur un établissement psychiatrique. Il a fallu trois entretiens – à croire que je devais leur faire peur – avec le DG adjoint et la DRH pour finalement être recruté en 2004 dans l’établissement qui allait être le dernier de ma carrière.

Cette dernière partie de mon histoire professionnelle fera l’objet d’un autre article, car j’ai bien des choses à dire mais je suis encore tenu à mon devoir de réserve tant que je suis en poste. Il faudra donc patienter, un peu, pour connaître la fin non sans rebondissements de mon parcours de fonctionnaire public hospitalier.

A SUIVRE…

Dsirmtcom, mai 2016.

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13 réponses à “Voilà, c’est fini…

    • Merci beaucoup Stéphanie pour ce joli message, je ferai de mon mieux pour continuer à tenter d’enchanter mes lectrices et lecteurs, très beau week-end de Pentecôte à vous ☺

      J'aime

  1. Bonjour,
    J’ai découvert récemment votre blog grâce à Instagram et vos photos de st Malo ( ma terre de cœur) .
    Infirmière auprès des adolescents, j’ai lu avec beaucoup d’intérêt votre article sur votre parcours . Je suis admirative de votre chemin professionnel . Bravo !!!
    Une page se tourne pour vous qui j’espère laissera la place à de belles aventures humaines .

    Aimé par 1 personne

  2. Ce parcours me ressemble, je pourrais faire un copier- coller. Je ne suis pas allée jusqu’au bout comme toi et c’est sans regret car aujourd’hui je ne me reconnais plus… Mais sans doute que ton 2eme opus aura le même écho…. En tout cas merci pour ce partage, merci pour cette belle écriture…. Iris

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  4. Je suis très ému après la lecture de ce parcours, qui, pour partie, me renvoie beaucoup de choses. Je vous souhaite une bonne fin d’année professionnelle et une merveilleuse poursuite de votre vie personnelle.
    Alexandre.
    Votre site m’a accompagné il y a plusieurs années lors de ma préparation à l’IFCS et en ce moment (concours de CSS).

    Aimé par 1 personne

    • Bonjour Alexandre, merci beaucoup pour votre message qui m’a particulièrement touché. Je suis très honoré d’avoir pu vous accompagner à ma petite mesure dans votre parcours professionnel. Je vous adresse tous mes voeux de réussite, professionnelle bien entendu, mais aussi personnelle. Merci encore pour votre message et pour votre fidélité au long de toutes ces années.
      Patrick.

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