L’homme au cerveau de poisson – Conte onirique nº 1

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Buste de Méduse – Musée du Capitole (Campidoglio), Rome – Photo @dsirmtcom, Septembre 2016

Préambule

Cette histoire est née d’un rêve fait il y a quelques nuits. Un énorme poisson venait se planter dans la tête d’un homme. Mon imagination a tenté de compléter cette étrange histoire, soufflée dans mon sommeil par mon inconscient parfois fertile.

Prologue

Au large du Sénégal, en plein Atlantique, Fisher parcourt négligemment l’ouvrage que lui a prêté Peter, un faux ami aux pratiques bizarres, anti-presque-tout : anti-carnivore, anti-piscivore, végétarien ou végétalien… Un ouvrage qui parle d’un terme qui lui semble barbare, à lui, pêcheur en haute mer de l’or des océans, ces thons si convoités par tant de gastronomes. Il a même marqué sa peau d’un tatouage dessinant l’un de ces poissons, sa corne d’abondance à lui.

“Spécisme”, “Anti-Spécisme”… Si Fisher comprend bien, espèce humaine et espèces animales seraient à mettre sur un même pied d’égalité. L’intérêt des uns et celui des autres seraient à considérer au même niveau. En quoi un poisson au cerveau si réduit pourrait-il oser se comparer à l’humain, cet être régnant au sommet du Vivant ? Fadaises que tout cela. Fisher jette le livre sur sa couche tandis que la corne de brume du thonier le ramène à sa réalité de travailleur des mers.

Compagnons d’infortune

Il est temps de venir se poster sur le pont arrière, dans la nuit seulement percée par les projecteurs du navire, lumières indispensables dans une nuit d’ébène.

En cet hiver glacial, la mer est forte et contraint les hommes à entamer une danse de pantins désincarnés à chaque soulèvement de la coque. Les poulies tournent à plein régime pour remonter la senne, ce filet démesuré aussi grand que deux fois la place de la Concorde, avant-dernière demeure pour ces poissons arpenteurs des mers, qui bientôt  seront pris vivants pour agoniser dans leur cercueil de glace.

La manoeuvre est difficile, la manoeuvre est dangereuse. L’inattention est l’ennemie mortelle du marin. La senne se soulève au-dessus de Fisher et de ses camarades d’infortune. Le poids de cette dernière pêche, celle qui signera bientôt la liberté et le repos pour ces forçats des océans, se révèle bien trop lourde. Les contraintes incessantes sur les filets ont créé des zones de fragilité, des endroits de non-retour, des déchirures en puissance. Comme les hommes épuisés par la toujours trop longue campagne de pêche, la senne n’en peut plus. La senne se craquèle, la senne s’éventre comme un estomac trop plein, comme une panse érodée par trop de gavages intenses.

La plaie béante du filet laisse jaillir un flot de ses gorgées ogresques. Un thon d’une taille colossale s’échappe de l’antre du piège et chute lourdement de plus de dix mètres de haut sur Fisher, cible bien involontaire de ce projectile. Il frappe le côté droit du crâne du pêcheur et une partie de son thorax, emportant chairs et os dans sa chute vertigineuse.

Sur le pont subsiste un amalgame inextricable de cervelle, de tissus humains et de créature océane. Fisher est encore conscient. Il voit s’agiter autour de lui ses confrères, lui prodiguant dans l’urgence les premiers secours. Et il aperçoit distinctement dans les ténèbres qui l’envahissent irrémédiablement, l’oeil rond et luisant du poisson qui semble mourir dans le même instant que lui. Et la nuit la plus noire tombe et l’envahit de son sépulcre.

Metamorphosis

S’ensuit une longue période de coma entrecoupée de rêves et de cauchemars, entre navire, terre et abysses océaniques. Fisher entend les murmures des soignants qui s’affairent autour de lui. Il sent les aiguilles qui percent sa chair, l’éclat des scialytiques des blocs opératoires où ses organes sont disséqués, durant des heures innombrables, et remis en ordre, les sondes qui fouillent ses entrailles, les mains et les appareils qui tentent de redonner vie et mouvement à son corps émietté.

Et puis vient ce jour où sa paupière droite, puis la gauche se soulèvent. Ces taches floues, rondes avec des points noirs, qu’il reconnaît peu à peu comme des visages. L’homme parle et bouge un à un les membres de son être désarticulé. Fisher réapprend lentement à lire à nouveau son corps et à réécrire ses mouvements.

Il reprend vie avec ces différents exercices. Il apprécie particulièrement la rééducation dans la balnéothérapie, même si le chlore insipide vient brûler son souffle et son épiderme. Lui, le pêcheur à la peau sculptée par le sel océanique, retrouve un peu de son ancienne vie, ou tout du moins, il le croit.

Le jour est venu. Rendez-vous ce matin avec le médecin chef du centre de rééducation fonctionnelle. La sentence tombe : Fisher va pouvoir reprendre le travail, reprendre sa place dans la société humaine. Il ne reste plus qu’une formalité : le bilan final d’imagerie qui permettra de déterminer au mieux ses “nouvelles” capacités.

Fisher est allongé dans le scanner qui va décomposer chaque partie de son nouveau corps. Depuis sa couche en plastique froid, il peut apercevoir les radiologues qui examinent les clichés successifs. Au fur et à mesure du déroulé de l’examen, il découvre leurs visages qui pâlissent, leurs regards hébétés et leurs gestes saccadés appelant des confrères à l’aide pour tenter de comprendre l’incompréhensible.

Les clichés radiographiques étalés sur les multiples moniteurs sont ininterprétables. Ou alors il faut trouver une explication qui défie l’entendement.

Parmi les personnes présentes dans la salle d’interprétation se trouve par le plus grand des hasards un aide-soignant passionné d’ichtyologie. En découvrant les clichés, il laisse échapper à haute voix son étonnement : il reconnaît avec certitude un neurocrâne de thon rouge. Il semble que la partie droite du cerveau de Fisher a fusionné avec une partie de celui du poisson qui lui a causé cet accident.

Sur un autre cliché, représentant le thorax du marin, l’amateur éclairé désigne aux radiologues les filaments caractéristiques des branchies. Là aussi cet organe respiratoire semble s’être installé dans la cavité pulmonaire en s’amalgamant avec le reste des lobes pulmonaires.

L’enchevêtrement des tissus, cérébraux et pulmonaires, est tel qu’il paraît impossible de pratiquer une excision chirurgicale, ce que confirmeront plus tard des spécialistes. Par ailleurs et contre toute attente, l’état général de Fisher est plutôt bon et il ne présente pas de séquelles visibles de ce phénomène impensable. Sur le plan neurologique, rien n’apparaît anormal, en dehors d’une légère difficulté de vision de l’oeil gauche, celui relié à la partie droite du cerveau, là où s’est implanté celui du poisson. La diminution du volume pulmonaire n’a pas non plus d’impact sur les capacités respiratoires du marin.

L’équipe médicale s’accorde alors sur un suivi régulier, et confirme la possibilité de reprendre un travail. Il faudra bien sûr tirer un trait sur son métier de marin en mer. Un poste à l’usine de transformation des poissons lui est proposé pour sa reprise. Il participera au découpage des thons et à leur préparation pour la partie conserverie.

Homo Laboris

Ce matin Fisher se réveille plutôt de bonne humeur pour sa première journée de travail. Plus d’une année s’est passée depuis l’accident et tout lui semble enfin rentrer dans l’ordre.  Certes, il ne retrouvera pas son bateau, ni la force des embruns sur son visage. Mais il ne désespère pas pourtant de pouvoir un jour remonter sur un navire et d’être à nouveau en communion avec l’océan.

Le bus qui le mène au travail le dépose près de l’entrée de l’usine de traitement des poissons.En descendant sur le trottoir, il est soudain pris de vertige et de haut-le coeur. Une odeur putride l’envahit. Il regarde s’il n’a pas marché dans quelques crottes d’animaux ou dans une charogne oubliée là. Le trottoir est propre, ses chaussures également. Rien ne permet de savoir d’où peut venir ce relent nauséabond. Il met un mouchoir sur sa bouche et son nez et se dirige vers la porte principale de l’usine.

Plus il s’approche du bâtiment, plus l’odeur se fait intense. Il regarde ses collègues marchant près de lui. Ceux-ci ne semblent pas du tout incommodés, comme si cette odeur ne leur parvenait pas.

Il entre dans l’usine et se présente au contremaître qui l’accompagne alors vers son atelier de travail. Il va être affecté au découpage des carcasses des poissons, activité qu’il avait déjà pratiqué lors des premiers traitements de préparation faits aux poissons dans son navire. En parcourant les longs couloirs, l’odeur reste persistante, mais une chose étrange vient s’y ajouter. Il croit entendre comme des gémissements, des râles qui ne semblent pas venir d’êtres humains, et pourtant qui sont emplies d’immenses souffrances et de peurs indicibles. Autour de lui, tous sont affairés et ne montrent pas de signe d’incommodation liées à ces bruits ou à l’odeur.

Arrivé à son poste, le contremaître lui explique sommairement les machines et les manoeuvres simples à accomplir. Les thons, déjà en partie prédécoupés dans la chaîne de l’atelier précédent, glissent dans un grand tunnel en inox et arrivent sur la table de découpage où Fisher n’a qu’à jeter les ailerons, la tête et la queue, et ne garder que les corps où les filets seront taillés par l’atelier suivant. En cas d’urgence, un gros bouton rouge lui permettra de bloquer la chaîne si besoin. Il reçoit la consigne de ne l’utiliser qu’en cas d’extrême nécessité, car cela bloquerait instantanément tout le fonctionnement de l’usine. La chaîne va bientôt se mettre en branle. Fisher s’installe à son poste et attend l’arrivée des poissons. Le contremaître repart quant à lui à son bureau.

Une sirène retentit dans toute l’usine, donnant le signal de départ des tapis roulants et de chaque atelier. Il faut quelques minutes avant que Fisher puisse voir arriver les morceaux de chairs et commencer sa dissection sommaire. Chacun est affairé à sa tâche et seuls les crissements des scies, les craquements des rouleaux et les claquements des robots de tri emplissent l’air d’une sorte de respiration métallique. Fisher peut maintenant entendre les chocs des carcasses dans le tunnel, qui annoncent leur arrivée sur sa table de découpe.

L’odeur pestilentielle de charnier est toujours là, les râles incessants se poursuivent. Mais c’est tout autre chose qui va glacer d’effroi le marin lorsque les premières pièces de chair vont s’abattre devant ses yeux. Un premier fragment tombe dans un bruit sourd, en projetant un liquide chaud sur son oeil droit. S’essuyant alors le visage, il rouvre les yeux. Il s’attendait à découvrir des morceaux de poisson, mais là ce sont des membres humains sanguinolents, bras, mains, jambes grossièrement déchiquetés, et puis un torse décapité qui l’inonde d’un jet de sang rougeoyant. Tentant de garder à tout prix son calme, il comprend qu’un malheureux ouvrier a dû se faire happer par la machine infernale et s’est retrouvé en lambeaux. Il se jette alors sur le bouton d’urgence pour faire cesser ce spectacle d’épouvante.

La sirène retentit à nouveau, accompagnée de gyrophares signant la survenue vraisemblable d’un drame. Les agents se précipitent tous vers l’atelier où a été déclenchée l’alarme, afin d’être prêt à porter secours à l’un des leurs. Le contremaître arrive à son tour et entre dans l’atelier de Fisher, se frayant un chemin parmi les nombreux collègues venus en aide, et qui restent sidérés par ce qu’ils découvrent.

Fisher est assis par terre contre le mur, couvert de sang et dans un état sévère de prostration. Sa pâleur reflète l’horreur de ce qu’il vient de vivre. Autour de lui, des morceaux de poisson, ailerons, queue, et le corps d’un thon d’une taille impressionnante, étêté et dégoulinant encore de ses liquides internes.

Le contremaître s’approche de lui et tente de lui extirper des explications sur ce qui vient de se dérouler. Comme tétanisé par la peur, Fisher lâche quelques bribes de mots, évoquant un massacre, montrant de se mains tremblantes des morceaux de chair, selon lui humaine, partout autour de lui. Devant ses propos incohérents et son visage de plus en plus livide, il est décidé d’appeler les secours pour que le marin soit conduit au plus vite dans un hôpital où il pourra recevoir les soins les plus adéquats.

Aux portes de la folie

Fisher sort peu à peu de sa torpeur. Plus d’odeur nauséabonde mais des senteurs d’antiseptiques. Plus de râles ni de gémissements, seulement des bribes de conversation feutrées qui seraient perçues comme au travers d’un épais matelas. Tout est flou. Son corps lui semble comme paralysé.

Il ouvre un peu plus les yeux et constate que oui, son corps ne peut pas bouger, mais pas à cause d’un problème de motricité. Il est sanglé sur un matelas à même le sol, pieds et poings bloqués par des attaches. La pièce où il se trouve est totalement vide. Seule une vitre sans tain perce les murs blancs.Il appelle alors en espérant que quelqu’un puisse l’entendre et venir l’aider ou au moins lui donner quelques éclaircissements sur ce qui lui arrive.

Il entend derrière lui une porte qui s’ouvre et voit plusieurs hommes en blouse blanche entrer dans la pièce et se poster tout autour du lit, debouts avec les bras croisés, comme pour faire les “gros bras”. Une femme les accompagne, elle aussi en blouse blanche, mais elle arbore un regard bienveillant.

Elle lui dit bonjour, se présente comme étant la psychiatre du service et commence à lui expliquer qu’il a été hospitalisé dans une unité spécialisée pour les états de crise. Fisher ne se souvient de rien et lui demande pourquoi il est enfermé ici et attaché sans pouvoir bouger aucun membre. D’une voix douce, elle lui raconte ce qui s’est passé : sa crise dans l’usine, son état de sidération, et puis une poussée d’extrême agitation qui a conduit à devoir le placer en chambre d’isolement et à lui poser des contentions pour éviter qu’il se blesse ou blesse quelqu’un d’autre. Il a été victime d’une “bouffée délirante aiguë.

Les détails commencent à lui revenir en mémoire. Ainsi ce qu’il a vu, ou cru voir, ces membres humains, ces morceaux d’homme, n’étaient que des hallucinations. Ce type de crise peut arriver même chez des personnes comme lui qui n’ont jamais présenté d’épisode antérieur et qui vont “bien”. Aucune cause précise n’a été retrouvée, même si les conséquences de son accident sur le bateau peuvent avoir eu un lien. Si tout se passe comme prévu, il sera bientôt possible de le laisser libre d’aller et venir dans le service, les traitements commençant à produire leurs effets.

Les jours passent. L’état de Fisher se stabilise. Il reste encore quelques semaines en hospitalisation, puis la psychiatre décide de le laisser sortir avec un suivi en consultation. Le voilà à nouveau libre. Mais il sait qu’il ne sera pas en capacité de revenir au travail avant longtemps. Après ses terribles meurtrissures dans sa chair, le voilà blessé dans son âme, avec cette épée de Damoclès d’une possible nouvelle crise s’il tente de diminuer même insensiblement son traitement.

Mais les médicaments psychotropes qu’il prend plusieurs fois par jour ont aussi des effets secondaires. Fisher perd le sommeil, perd l’appétit, perd ses forces, perd toute envie de vivre. Il reste seul chez lui, refusant tout contact avec l’extérieur, oubliant de se rendre à ses consultations. Quand les infirmiers du centre psychiatrique viennent sonner à son domicile, il crie par la porte qu’il va bien et qu’il n’a plus besoin de suivi. Peu à peu, son monde se réduit à son lit, et au réveil qu’il fixe en permanence pour voir les heures s’égrener avec une lenteur démesurée.

Un matin, après une trop longue nuit, il se lève et va prendre toutes les boîtes de médicament, ce poison qui devait le sauver et à qui il attribue tous ses maux. il vide comprimés et flacons dans ses toilettes, et tire la chasse d’eau, avec un infime sourire. Il envie le sort de ces médicaments, qui se fondent dans l’eau et qui sont emportés par le petit tourbillon qui les fait disparaître à jamais. A jamais… Il veut suivre leur trace, il veut connaître leur sort.

A jamais…

Ce même matin, Fisher s’habille et revêt son manteau de pêcheur, celui-là même qu’il portait le jour de l’accident et qu’il a gardé sans savoir pourquoi. Son esprit, sa chair, jusqu’au fond de son âme, viennent lui réclamer l’océan. Retrouver le sel qui brûle la peau et la sculpte à son gré ; l’eau qui pénètre partout malgré les vêtements soi-disants étanches et qui vous glace peu à peu ; les ondes marines qui vous bercent ou parfois vous .font perdre tout équilibre.

Il se met en chemin vers une plage située non loin de sa maison. Sans un regard vers son passé, il avance, presque malgré lui, comme guidé par une force qui gouverne tous ses moindres mouvements. Chaque pas devient instinctif, naturel, évident. Et le voilà bientôt posant ses pieds sur le sable.

Sans réfléchir un instant, il ôte son manteau comme pour se décharger d’une peau trop vieille et hors d’usage. Il retire un à un tous ses vêtements et reste quelques instants ainsi, totalement nu, ses pieds pénétrant doucement le sable. La nuit est encore bien présente et un vent faible caresse son corps, lui faisant retrouver les sensations du plaisir évanouies depuis si longtemps. Sa respiration se met au rythme du bruit des vaguelettes qui s’abandonnent sur la grève.

Il prend alors une grande inspiration et s’avance lentement vers l’eau. Il n’a plus besoin de penser. Il se sent déterminé à se fondre avec l’étendue océane. Être emporté par les flots, disparaître à jamais. A jamais…

L’eau monte jusqu’à sa taille, s’enroule doucement sur sa poitrine, enveloppe ses épaules en un frisson sensuel, et monte encore. Sa tête va bientôt être recouverte d’eau. Il se sent presque envahi du bonheur de la délivrance si proche. Il ferme les yeux et avance, encore et encore, encore et encore… Voilà quelques instants qu’il a bloqué sa respiration. Il sait que bientôt, son corps ne pourra réfréner le réflexe irrépressible de respirer. Et là, après un spasme, après quelques convulsions, il sera enfin libre.

L’instant est venu. Il n’est plus possible de résister. Il faut s’abandonner. Il rouvre les yeux, sent ses lèvres s’écarter. Son diaphragme se contracte pour commencer à dilater ses poumons en une puissante inspiration. L’eau salée pénètre alors par sa bouche, sa trachée, et vient emplir toutes ses alvéoles pulmonaires jusqu’à la plus infime. Quelques bulles d’air s’échappent de son visage pour laisser toute la place à l’élément liquide. Il sent son corps se contracter, plusieurs fois, et peu à peu un voile noir vient recouvrir sa vue. Le noir total, le silence complet, comme un sommeil infini. Fini, tout est fini…

Fisher se sent partir, mais le temps lui semble incroyablement long. L’agonie s’éternise. Est-il mort enfin ? Serait-il dans un entre-mondes ? Il ouvre à nouveau les yeux – mais comment peut-il encore ouvrir les yeux avec ce corps en extinction ? Tout ça n’est-il encore qu’une nouvelle hallucination ? Aurait-il rêvé ce chemin vers le néant ?

Le monde originel

Fisher peut voir. Il est toujours là, debout au fond de l’eau. Il peut distinguer nettement le rougeoiement de l’aube au-dessus des flots qui devaient être sa dernière demeure. Il sent le balancement d’une légère houle bercer son corps. Mais il y a quelque chose de plus extraordinaire et d’inconcevable. Fisher respire.

Sa poitrine se soulève puis se détend, sans effort. Il ne se noie pas, lui l’homme des mers. Son esprit cherche une explication, même la plus invraisemblable. Alors, comme ceux qui frôlent la mort au plus près, sa vie lui revient en mémoire et en images. Cette nuit d’hiver, perdu en pleine mer, où il a bien failli y laisser la vie. Le choc et la douleur des chairs entremêlées. Les longs mois de rééducation. Cette balnéothérapie qu’il affectionnait tant même avec l’eau chlorée. L’étrange découverte de sa nouvelle anatomie.

Et puis le drame vécu à l’usine. Ces visions d’horreur, ces visions… Fisher se souvient de n’avoir pu voir que de son oeil gauche, celui-là même avec lequel il avait quelques difficultés de perception, celui-là même qui était relié à la nouvelle partie de son cerveau : la partie qui venait du thon qui l’avait assommé.

Maintenant qu’il peut miraculeusement respirer sans peine dans cette étendue liquide, il se remémore sa poitrine où se sont greffées les branchies de l’animal.C’est totalement impossible, et pourtant il ne parvient qu’à cette seule explication. Lui, le tueur d’animaux marins, le pêcheur qui ôtait la vie à ces thons épris de liberté et expirant en carnage, il était devenu en partie l’un d’eux. A la fois homme et à la fois poisson.

Ces membres déchiquetés qu’il avait cru voir déferler dans son atelier, il les avait vus comme des parties de sa propre espèce, l’espèce humaine. Tout comme s’il avait vu ses congénères devant lui. C’était l’un des siens qui venait mourir devant lui. Ce thon était donc un frère de détresse. Le cerveau “animal” de Fisher avait interprété ces chairs comme étant de son propre sang et les avait traduit comme des morceaux d’humain. Ce n’était pas une hallucination, mais sa propre vérité d’être vivant appartenant dans un même corps à deux espèces différentes.

Et cette force irrépressible qui l’avait conduit ici ne pouvait être que l’instinct incontrôlable qui s’exprimait désormais en lui. Le monde terrestre n’avait plus de raison d’être. Il fallait viscéralement retourner dans l’élément originel, dans les profondeurs sous-marines. La partie animale de Fisher avait pris le dessus sur sa partie humaine. Il commença alors à se mouvoir, à se fondre dans cet océan qui était devenu maintenant son nouveau monde, et à disparaître dans la nuit éternelle des eaux profondes.

Livi

Les semaines, peut-être même des mois ont passé. Le temps dans ces mondes silencieux n’a pas de sens. Le corps de Fisher s’est peu à peu transformé pour s’adapter au mieux à sa nouvelle existence. Sa peau s’est durcie sous les assauts du sel, et est devenu plus dure, plus épaisse. Ses jambes se sont collées l’une à l’autre comme pour fusionner en un grand appendice caudal. Il nage avec aisance, sans ressentir ni fatigue ni froid. Il ne réfléchit plus à rien et laisse toute latitude à son deuxième Moi, son cerveau-poisson, de déterminer son voyage sans fin.

Il a sans doute parcouru ainsi des centaines de kilomètres depuis sa renaissance. Il arrive sur des fonds aux couleurs d’une nuit d’été. Il distingue de petites lueurs, comme les constellations dans les ciels nocturnes qu’il contemplait autrefois sur le pont de son navire, quand le temps s’y prêtait. Il croit même apercevoir quelques étoiles filantes.

Mais ce ne sont ni des constellations, ni des étoiles filantes. Devant les yeux de Fisher, hypnotisé par la beauté du spectacle, un gigantesque banc de thons dessine un ballet lent et majestueux. Les quelques rayons de la pleine Lune transpercent les ondes et métamorphosent leurs écailles en points brillants, petites lueurs célestes devenues océanes.

Fisher décide alors de rejoindre ses presque frères. Les poissons semblent accepter sans crainte leur nouveau compagnon, comme s’ils reconnaissaient en lui un des leurs. Désormais, ils feront chemin ensemble, parcourant les océans en infatigables voyageurs.

L’homme ressent alors une liberté à nulle autre pareille et une sensation jamais éprouvée auparavant. Le temps n’a plus d’emprise sur lui, le temps se dissout et disparaît. Il laisse à jamais son passé s’évanouir et fait fi d’un quelconque avenir. Cet avenir devient l’à-venir, l’instant présent qui seul existe, ici et maintenant.

Et puis viennent à lui ces sons mélodieux, qu’il comprend peu à peu comme le langage de ses nouveaux semblables. Certains vantent en vers poétiques la beauté des abysses insondables, d’autres chantent la force des ondes qui guident leur périple illimité. Et, survolant ces flots séraphiques, il est une mélopée qui domine et vient lui empoigner le coeur en un bouleversant émoi.

Un être aux courbes féminines s’approche doucement de lui et vient à synchroniser le sillon de leur nage à présent commune. Elle s’appelle Livi, un prénom qui veut dire “Paix”. Et c’est précisément ce que ressent Fisher maintenant. Après l’avènement de cette incroyable sensation de liberté, voici qu’un considérable sentiment de paix emplit sa chair et jusqu’à faire frissonner son âme. La plénitude, c’est le mot qui lui vient instantanément à l’esprit. Livi est son double, Livi est la moitié de lui qui le fera devenir Un.

Ils nagent ensemble ainsi dans l’oubli du temps et l’infini de l’espace sous-marin. Leurs corps s’entrelacent aux caprices des courants pélagiques. Leurs peaux se frôlent en caresses alanguies, et bientôt la chaleur emplit le bas de leurs dos et fait naître un désir inextinguible. Ils se fondent alors dans une union charnelle. Le ventre brûlant de Livi accueille le sexe de Fisher. L’onde de leur étreinte s’ajoute à celle des fluides marins. Le plaisir infini vient s’ajouter à la liberté et à la paix. Et bientôt monte au creux des reins de Fisher le feu volcanique du paroxysme proche. Aux portes de l’orgasme, il aperçoit de multiples lueurs au-dessus de la surface des eaux, et il imagine que c’est sa jouissance naissante qui ainsi se manifeste, tandis que jaillit en Livi sa semence incandescente. Les lueurs se font plus fortes alors que la volupté sensuelle l’enrobe dans les dernières contractions de son corps.

L’Apocalypse

Fisher reprend peu à peu ses esprits. Il s’étonne de voir encore les lueurs qu’il avait attribuées à son exultation physique. Elles s’accompagnent d’un bruit sourd qui enfle et lui provoque des douleurs intenses dans ses oreilles. Ce bruit, il le connaît. Il reste quelques instants sans parvenir à se remémorer en quoi ce bruit lui est si familier. Et puis il se souvient. Et puis il comprend. La révélation est là. L’apocalypse est là.

Ce bruit, c’est celui d’un thonier. Et plus précisément le bruit qu’il produit lorsqu’il commence à remonter ses filets. Fisher voit le piège se refermer lentement sur lui et sur ses nouveaux compagnons. La senne les enserre peu à peu, et il sait, pour avoir des centaines de fois accompli cette manoeuvre lorsqu’il était sur les navires, que leur fin est inéluctable.

Il entend les cris déchirants des thons et le hurlement de Livi qui disparaît dans la masse informe des poissons. Il tente de la rejoindre pour au moins affronter la mort avec elle, en vain. Les thons sont maintenant comprimés les uns contre les autres. Fisher peine à respirer et commence à distinguer les lumières froides du bateau à mesure qu’il remonte à la surface.

Le filet gigantesque aux odeurs d’agonie se dresse et se place désormais au-dessus du pont, là où les marins oeuvrent avec peine dans la nuit glacée par les vents impétueux. Fisher distingue ses anciens frères d’armes, leurs visages relevés contemplant cette nouvelle prise. Un craquement se produit, comme une gigantesque couverture déchirée par quelque monstre colossal. Fisher sent son corps glisser imperceptiblement, puis plus brusquement, sans qu’il puisse se rattraper à quoi que ce soit.

Il sait qu’il va être emporté avec la chute des autres thons, écrasé par leur poids titanesque. La masse des poissons passe au travers de la senne qui s’est fendue en deux. Fisher tombe, ballotté entre les corps animaux. Il voit sa fin, et celle de son espèce adoptive, massacré par son espèce originelle. Il comprend le message – empreint dorénavant d’une atroce ironie – du livre que lui avait prêté Peter : l’égalité des espèces, nécessaire mais impossible aux humains. Il s’effondre dans la direction d’un marin resté là comme sidéré par le spectacle. Sa dernière vision est celle du visage épouvanté de l’homme. Il croit alors reconnaître son propre visage, comme une impression de déjà vu, la fin d’un cycle. Il crie une dernière fois. Et puis le noir létal entre en scène. Plus de bruit, plus de terreur. Ne subsiste que le néant.

Épilogue

C’est une belle journée d’été. Les rayons embrasés du soleil sont le signe que midi approche. Marie prépare le déjeuner dans sa cuisine aux fenêtres entrouvertes, juste assez pour que la lumière baigne sa peau et que le chaleur l’épargne. Comme il fait déjà bien chaud, une grande salade composée formera le plat principal au menu.

Marie, c’est l’ancienne compagne de Fisher. Ils se fréquentaient depuis fort longtemps. Leur choix avait été de ne pas vivre ensemble, de disposer de leurs maisons séparées, pour pouvoir s’habituer aux départs fréquents du marin et ainsi tenter d’atténuer le manque et l’absence provoqués par les trop longues campagnes de pêche.

Elle ne sait pas ce qu’il a pu devenir. Il a disparu il y a déjà bien des jours, sans que personne ne sache où il a bien pu s’en aller. Sa maison a été retrouvé vide, la porte était restée ouverte. Son manteau de pêche n’était plus accroché dans l’entrée. Il ne restait que quelques dizaines de boîtes de médicaments, vides, et des plaquettes de comprimés déchirées dans les toilettes.

Elle s’imaginait qu’il avait repris la mer – sa deuxième amante – et que celle-ci l’avait définitivement arraché à ses bras de porcelaine. Elle ne pensait plus à lui ; enfin elle avait fini par se convaincre qu’elle n’y pensait plus. Elle n’était plus jamais retourné sur le port, là où l’océan daignait lui rendre son homme, jusqu’à la prochaine séparation. Mais, au fond de son âme, il y avait toujours cette femme qui attendait, qui n’avait plus d’ailleurs en elle que la force d’attendre, à défaut d’avoir pu garder l’espoir d’un éternel retour.

La salade est presque terminée. Marie aperçoit dans son placard une boîte de thon, comme celles que Fisher lui ramenait à chaque fois, cadeau dérisoire issu de ses prises océanes. Machinalement, elle prend la boîte, la pose sur la table et l’ouvre, jusqu’à apercevoir la chair rosée du savoureux poisson. Et puis, dans un mouvement lent et gracile, avec le murmure d’une étoffe de soie qui s’affaisse, elle s’évanouit et s’effondre sur le carrelage de sa cuisine.

La lumière rougeoyante du soleil couchant vient sur ses paupières. Elle ouvre les yeux et se relève avec beaucoup de peine, comme si son corps avait perdu toute force après avoir été roué de coups par une force invisible. Elle se rappelle alors la seconde qui a précédé l’instant où elle a perdu connaissance. Elle revoit cette image inconcevable, et elle comprend que son esprit a voulu, en l’endormant, l’empêcher de sombrer inexorablement dans la folie.

La boîte de thon est toujours sur la table de la cuisine, ouverte sur ce mirage par trop réel. Sur la chair encore humide, subsiste un dessin, le dessin d’un thon rouge. Marie connaît par coeur ce dessin. Elle le connaît par ses sens, quand elle le caressait de ses mains sur la peau salée de Fisher. Il lui était donc revenu, enfin, dans cet étrange dénouement qui déplaçait la raison vers les terres obscures de la démence.

La nuit était tombée depuis longtemps. Marie ne bougeait pas, assise depuis des heures, respirant à peine, les yeux vides, fixant le tatouage à peine éclairé par le halo blafard de la Lune qui venait de se lever.

Appendice

Spécisme

Ce terme a été créé par Peter Singer,  philosophe du courant utilitariste.

L’utilitarisme consiste, pour savoir si une action est bonne ou mauvaise, en une “pesée d’intérêts” entre les plaisirs et les peines que peut provoquer la réalisation d’un acte. L’acte est réputé bon si la “balance” penche du côté des plaisirs.

Additionnez toutes les valeurs de l’ensemble des plaisirs d’un côté, et celles de l’ensemble de peines de l’autre. Si la balance penche du côté du plaisir, elle indiquera la bonne tendance générale de l’acte, du point de vue des intérêts de telle personne individuelle ; si elle penche du côté de la peine, elle indiquera la mauvaise tendance de l’acte. – Jeremy Bentham, Introduction aux principes de la morale et de la législation.

A un niveau collectif, il faut alors prendre en compte les intérêts de tous, et faire cette même pesée d’intérêts. La somme des intérêts de chacun doit aboutir à l’intérêt de tous. Le but visé est la satisfaction du plus grand nombre des préférences de chacun.

Puisque le bonheur de A est un bien, que celui de B est un bien, que celui de C l’est aussi, etc., la somme de tous ces biens doit être un bien. – John Stuart Mill, L’Utilitarisme.

Singer défend l’idée que l’homme commet une erreur fondamentale en divisant le monde en deux : l’espèce humaine et les espèces animales, autrement dit les animaux humains et les animaux non-humains. Cette erreur conduit à ne pas respecter les intérêts des animaux  non-humains. Quelques exemples démontrent les conséquences du spécisme : l’élevage de volailles en batterie, l’utilisation d’animaux pour des expériences de laboratoire pour tester des cosmétiques, la dissection de souris en cours de biologie [Cf. mon article “Animal, on est mal ! La dissection en cours de SVT, le retour”]…

Sans aller jusqu’à ne pas s’en prendre aux animaux, il faut veiller au mieux à leurs intérêts : élever des volailles en plein air, utiliser des tests in vitro pour les cosmétiques, pratiquer la simulation en anatomie…Bref, opposer au spécisme le non-spécisme : le respect des intérêts de toutes les espèces, humaine ou non-humaine.

L’orientation extrême du non-spécisme.est le Welfarisme. Il conduit à l’abolition de toute instrumentalisation des animaux. Des exemples encore recevables sont le végétarisme ou le régime vegan. Reste le risque, à prôner une égalité totale et quasi intégriste, de donner plus d’intérêt à un animal qu’à une personne handicapée.

Source

MOOC “Le Bien, le Juste, l’Utile. Introduction aux éthiques philosophiques”, Université de Genève, 2015.

Apocalypse

Dans ce texte, le terme “Apocalypse” est employé dans son sens étymologique de “Révélation” : la révélation pour le personnage de Fisher des conséquences du spécisme. Le non-respect des intérêts animaux au profit des intérêts humains lui apparaît de manière flagrante lors de sa fin.

Ce terme est aussi utilisé dans son sens plus commun de “fin du monde” (ici la fin d’un monde, celui du personnage et des congénères de son espèce “adoptive”).

Sources

Littré : Apocalypse, étymologie : du grec  Ἀποϰάλυψις, de ἀπὸ, indiquant séparation, et de ϰαλύπτω, cacher ; mot à mot, dé-ca-cher, autrement dit, découvrir, révéler.

CNTRL : Apocalypse.

“Un employé a été cuit vivant avec du thon destiné à être vendu en boîte”

La réalité dépasse parfois la fiction. Si une partie du personnage se retrouve en dernier lieu dans une boîte de thon, un terrible incident de nature comparable s’est véritablement déroulé. La fin n’a sans doute pas été cependant similaire, c’est à espérer.

Source

Un employé a été cuit vivant avec du thon destiné à être vendu en boîte”.

Dsirmtcom, novembre 2016.

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13 réponses à “L’homme au cerveau de poisson – Conte onirique nº 1

  1. J’ai adoré… retrouvant tellement de liens communs.. entre les astres , les désastres etc.. et des chemins de vie.. de bon ton, en plus avec Miel méli etc.. revoilà avec la mise en boîte de Melena.. entre la fusion psy poissons.. les confusions, les mélanges.. les illusions plus que la folie.. je pense aux greffes d’organes et la mémoire de l’un dans l’autre… déjà décrit dans certaines situations, notamment au niveau du coeur.. pour les dons d’organes.. et qu’est ce que cette manie de mettre en rétention, en isolement… il était déjà sonné.. pssss.. mais voir aussi la mutation en cours en lien avec les adn.. après tout neptune avec les rêves et la lune, les songes à traduire , l’inconscient collectif.. les brumes et cornes de brume.. j’ai tellement retrouvé le mot..! et la scène de la cenne.. et asséner… et en ce moment saturne sagittaire qui parle de bateau ou autre vaisseau carré neptune … pour tous ces mots.. entre asséner, la mise en scène, le cours de la seine et abrutir ou rendre débile .. et ce lien avec les médicaments.. et la fin mise en boîte comme le  » sert » cueille..  » mortel » comme histoire… c’est à tomber dans le bons sens du terme.. Chapeau !
    et saturne sagittaire avec le cerveau…

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  2. Pingback: Albacore Albator -Melena ( voir miel méli etc) | Espace perso d' ANTINEA·

  3. Pierre Loti que j’avais ce matin avec on ami le Cor .. pêcheurs d’islande.. alban albatre… alba core .. tellement synchro.. que du bonheur.. entre rêve et réalité..et qu’est ce qui est incroyable ou pas.. inimaginable mais pourtant….

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  4. entre le gros thon, le gros poisson sortant du lot et la scène ( inconscient collectif on pioche ) il faut traduire , ce sont des images comme l’astro.. un ton lourd à détruire un homme tout en laissant des séquelles. ou le dessus du panier avec le coup de filet… ou le poids lourd.. entre l’amer et le taire entre la mer et la terre quitter la mère pour terminer à terre.. ou atterré.. le nauséabond du système à la chaîne et des conditionnements.. et les mises en boîtes.. ( il y a tellement d’images derrière tout cela) et ne pas savoir comment on finir et ce que l’on mange. et qui on mange.. et la mise à distance du chacun chez soi sans savoir ce qu’il advient de l’autre.. ( autant la mère que la femme ) entre le poisson qui devient poison .. ou l’on devient ce que l’on mange…et que le plus bête n’est pas l’animal mais l’homme .. il y a tellement de cartes.. c’est riche vouloir se fondre dans le flux , dans les flots mais finir par se faire rattraper..à nouveau pris au piège… dans ce filet à poisse  » On » était ce donc un mois d’avril ?? non non.. de tous temps…

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  5. c’est que tout se relie avec les mailles.. ( fil et ) psy psy neptune .., captivant ou absorbé.. les symboles sont les mêmes… démêle ou démêler tout cela… et les démêlés. donc voilà on a beau être anti ceci ou anti nea … ah ahhha .. anti né à .. on peut avoir comme fisher un gros truc qui nous tombe dessus.. avec un thon salé ou sale ton.. sale temps…
    autant sourire de voir tout ce que cela peut donner..

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  6. ou simplement avoir gardé en soi quelque chose de trucs énorme qui est venu de haut, sortant du lot.. et que l’on puisse se sentir empathique à ressentir l’autre de la même façon dans le vécu.. et que l’empathie n’est pas folie.. mais que cela secoue un homme.. et qu’on a vite fait de se retrouver ligoté par sensibilité.. que l’on a confondu fusion et confusion… et que les séparations amènent perte de connaissance.. donc oui ce conte me plait énormément.. une vraie mine d’or*

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  7. rien d’étonnant puisqu’ en ce moment l’aspect carré neptune poisson parle du monde insensé, de l’absurde des victimes, de l’ideal, du spirituel etc.. du monde invisible.. que ce soit psi ou psy.. c’est idem.. c’est de la perception. et en plus , je fais pareil avec l’appendice.. le petit truc en plus.. qui n’est pas toujours un point de côté.. les explications fournies parce que certains ont du mal à comprendre..ou ne cherche pas le bon sens. un peu comme les annexes.. mais combien vont les lire ..? quand on dit avec preuve à l’appui .. c’est important les détails soulignés.. plus c’est clair, mieux cela vaut.

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  8. parle d’un monde de dingue qui ne sait pas ce qu’il fait et ou il va.. qui reste à l’aveugle … et qu’il pas facile de trouver le bon ton pour ne pas se taire etc.. et le monde des émotions.. entre le grand air qui a des prises de risques et le taire . terre puant.. les débilisés via les médoc etc.. ou les doc.. et les débits.. les gens transformés suite à gros choc mais qui désirent sortir, quitter ce monde qui ne leur convient pas etc.. là c’est fisher… et fiche le camps…

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  9. après tout un poisson de nom qui se transforme en poisson en corps, mutant.. qui sait surfer entre les vagues, nager dans tous les courants, faisant surface ou plongeant dans les abysses.. c’est très parlant aussi…..

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  10. Pingback: Quand la vie n’a plus de sens | Espace perso d' ANTINEA·

  11. Pingback: Bon ton sur mauvais Thon.. con se le dise… | Espace perso d' ANTINEA·

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