Nous ne sommes que peu de chose, mais ça n’est pas une raison pour n’être rien

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Jonathan Livingston Seagull – Source : https://fr.pinterest.com/

A mon dernier repas…

Aujourd’hui, lundi 26 décembre 2016, je suis sorti de mon travail pour aller faire la dernière pause repas de ma vie professionnelle. Au matin de cet ultime journée, je m’étais concocté un déjeuner plus amélioré qu’à l’ordinaire : toast de tarama, tranches de truite fumée dans un pain aux cinq graines, petits sandwichs au roquefort, et deux carrés de chocolat au lait de la vache bleue; le tout arrosé d’un petit peu de champagne bien frais.

J’étais là, tranquille et serein, savourant mon mini festin en contemplant le soleil réchauffer les champs encore endormis. Mon esprit m’a alors soufflé cette phrase : “Nous ne sommes que peu de chose mais ça n’est pas une raison pour n’être rien”. Je laissais alors ma conscience quelque peu confuse se dépatouiller avec cette nouvelle saillie de mes pensées, pour pouvoir continuer en paix mes libations.

C’est alors qu’est apparu sur ma droite un lapin de garenne, qui a traversé la route et s’est précipité dans le champ qui lui faisait face. Il s‘est arrêté, puis s’est redressé et a semblé observer dans ma direction. Il est resté ainsi quelques secondes. Qui était le plus intrigué des deux par cette présence autre ? Nul ne saura jamais le dire. Il est reparti ensuite en disparaissant dans les contrebas au loin.

Juste au-dessus du point où il s’était évanoui dans la verdure, il y avait une petite colline toute verte de plants en germination. Là, les silhouettes de trois chevreuils se sont détachées sur la prairie. Ils ont traversé le champ puis ont pris à leur tour la poudre d’escampette dans les bosquets qui bordaient le sommet de ce mamelon.

Et puis le vol d’une mouette a dessiné de lentes arabesques dans le ciel d’un bleu diaphane, tournant autour de moi comme en un ballet aérien. Toute blanche lorsque les rayons du soleil dardaient son plumage, et devenant ombre chinoise quand elle jouait à éclipser Phébus. Comme si Jonathan Livingstone le goéland était venu pour saluer la scène finale du dernier acte de mon univers professionnel.

C’était bien peu de chose, assurément le fruit du hasard des rencontres pastorales. Et pourtant c’était loin de n’être rien. La Nature me faisait une leçon de chose, moi qui allait bientôt tourner la troisième et sans doute dernière page de mon existence.

Ce lapin qui avait détalé après être resté immobile en contemplation : c’était moi, qui contemplait le présent déjà presque passé d’une vie de labeur menée à son terme. C’était moi qui allait arpenter en liberté ce monde bientôt nouveau.

Ces chevreuils qui remontaient la pente pour s’effacer dans le liseré vert qui formait une frontière avec l’azur : c’était ce manteau de contraintes et d’épreuves dont j’allais bientôt me défaire pour m’en affranchir.

Cet oiseau qui prenait les cieux en esquissant une calligraphie inintelligible à un esprit fermé : c’était ces pages qu’il me tardait de pouvoir commencer à écrire, me jouant des pesanteurs terrestres qui m’avaient jusqu’alors affublé de chaussures de plomb, tel un scaphandrier emprisonné par les vanités humaines.

Et pour me porter chance sans le vouloir, en rangeant les restes de mes ripailles, j’ai par distraction cassé le verre qui avait recueilli mon champagne de sortie de scène, à la façon d’un russe qui célèbre un repas d’anniversaire, mes trente-neuf années d’exercice hospitalier.

Je ne suis que peu de chose, mais ça n’est pas une raison pour n’être rien. Après cette explication de texte allégorique dispensée par Mère Nature, je comprenais qu’après avoir été chenille laborieuse, il me fallait à présent commencer à prendre mon envol de papillon désormais émancipé, tel l’albatros de Charles Baudelaire.

Neil Diamond, Be (extrait des paroles)

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Jonathan Livingston Seagull – Neil Diamond – Be (capture d’écran) – Source : https://www.youtube.com/

Lost
On a painted sky
Where the clouds are hung
For the poet’s eye
You may find him
If you may find him
There
On a distant shore
By the wings of dreams
Through an open door
You may know him
If you may

Traduction en Français

Perdu
Sur un ciel peint
Où les nuages sont suspendus
Pour l’oeil du poète
Vous pouvez le trouver
Si vous le trouvez

Sur une rive lointaine
Par les ailes des rêves
Par une porte ouverte
Vous le connaissez peut-être
Si vous le pouvez

Dsirmtcom, décembre 2016.

 

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