Platon, Timée ou De la Nature –  Les maladies de l’âme

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Fleurs d’euphorbe – Photo @dsirmtcom Mars 2017

Notes philosophiques n° 5

Le texte au menu du jour

Pour les maladies qui affectent le corps, voilà d’où résulte leur apparition ; quant à celles de l’âme, elles ont pour cause l’état du corps et se produisent comme suit. La maladie de l’âme, c’est, il faut en convenir, la déraison, et il est deux sortes de déraison, l’une est la folie, l’autre l’ignorance.Par conséquent, tout ce qu’on ne peut ressentir sans éprouver l’un ou l’autre accident doit être appelé maladie ; c’est ainsi que les plaisirs et les douleurs qui ont de l’excès doivent être, entre les maladies, tenues pour les plus graves qui affectent l’âme. L’homme, en effet, quand il est trop en joie, ou celui au contraire que la douleur accable, impatient, ce qu’il choisit est hors de raison, de me ce qu’il évite ; il ne peut ni voir ni entendre rien de droit ; c’est un forcené ; d’avoir part au raisonnement il n’est alors point du tout capable. Or, celui chez qui le sperme vient à foison ruisseler autour de la moelle, ce qui fait une nature comparable à un arbre d’une fertilité démesurée, celui-là éprouve à toute occasion maints tourments, maintes voluptés aussi dans ses convoitises et les fruits qu’elles donnent ; il est en folie pendant la majeure partie de sa vie, par l’excès de ses plaisirs et de ses douleurs ; il a l’âme malade et insensée du fait de son corps ; malgré cela, ce n’est point comme un malade, mais comme un méchant de son gré, qu’on veut le regarder. La vérité, c’est que le dérèglement de la luxure provient pour la plus large part des propriétés d’une substance que la porosité des os laisse ruisseler dans le corps, l’inonder, au point d’entraîner une maladie de l’âme. Et de même, à peu près tous les défauts que l’on appelle intempérance dans les plaisirs et dont on fait reproche, comme s’ils venaient de leur gré, aux méchants sont autant de reproches injustifiés ; méchant, en effet, nul ne l’est de son gré, mais c’est par quelque vice de constitution corporelle, ou par la maladresse de ceux qui l’ont élevé, que le méchant devient méchant ; or, à tout homme, ce sont là des accidents contraires et qui ne lui arrivent que contre son gré.

Et inversement, en ce qui est des douleurs, l’âme pareillement y trouve, provenant du corps, une abondante source de maux. Lorsque en effet, aigres ou salines, les pituites et tout ce qu’il y a de sucs amers et bilieux errent parmie le corps et ne trouvent pas d’échappée au-dehors, mais que, roulant à l’intérieur, elles mêlent leurs vapeurs au mouvement de l’âme et se confondent entre elles, alors elles provoquent toutes sortes de maladie de l’âme plus ou moins graves, plus ou moins nombreuses ; se portant vers les trois sièges de l’âme, selon celui qui est atteint par leurs espèces diverses, elles y mettent toutes les nuances des formes variées de l’acrimonie et de l’abattement, les nuances de la témérité et de la lâcheté, celles enfin de la fugacité et de la paresse d’esprit ?

En plus de cela, qu’à cette mauvaise constitution physique s’ajoutent de mauvaises institutions politiques et des propos tels qu’on tient dans les cités, en privé ou en public, et qu’en outre, des études qui peuvent remédier à ces maux, nul ne songe à aborder dès la jeunesse l’étude, voilà comment méchants, tous, nous le devenons, méchants par deux causes bien involontaires.Ceux qu’il faut en accuser, ce sont les auteurs dès la naissance, toujours, plutôt que les enfants nés d’eux ; puis ceux qui les élèvent, plutôt que les élèves eux-mêmes ; chacun doit s’efforcer, cependant autant qu’il le peut, par son régime moral, par ses pratiques et ses études, de fuir le vice et de choisir le contraire.

Platon, Timée, 86d – 87b

Maladies animées

Le Timée

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Raphaël, L’école d’Athènes – Source : Wikipedia

Ce texte est issu du Timée, qui fait partie des oeuvres tardives de Platon. Philippe Guitton, philosophe, indique que cette oeuvre a longtemps été considéré comme l’oeuvre capitale de Platon. La fresque de Raphaël, L’Ecole d’Athènes, représente Platon aux côtés d’Aristote, tenant le Timée à la main.

Le Timée est divisé en plusieurs parties :

  • Le discours de Critias sur l’Atlantide, qui sera repris dans le texte Critias ou De l’Atlantide de Platon
  • L’exposé de Timée  sur la cosmologie et la formation de de l’univers
  • La physiologie de l’homme, son corps et son âme.

L’extrait présenté ici est issu de cette dernière partie. Platon y décrit l’état de la médecine hippocratique (pour approfondir cet aspect, voir l’analyse de Luc Brisson Le Timée de Platon et le traité hippocratique Du régime, sur le mécanisme de la sensation).  Nous explorerons dans le chapitre suivant cette conception de la médecine pour le cas particulier des “maladies de l’âme”.

Semence, pituites, phlegmes et bile : de quoi vous rendre vraiment malade

Pour Platon, la maladie de l’âme est la “déraison” :

Manque de raison, de bon sens, de jugement dans la nature ou le comportement d’une personne.

L’homme atteint de déraison a donc littéralement perdu la raison, mais il a pu aussi ne pas l’avoir acquise, faute d’un enseignement adéquat.

Platon distingue deux sortes de déraison :

  • La folie
  • L’ignorance

Nous allons maintenant examiner ces deux sortes de maladie de l’âme.

Mais vous etes fou, oh oui !

La folie, c’est un :

Trouble du comportement et/ou de l’esprit, considéré comme l’effet d’une maladie altérant les facultés mentales du sujet.

Nous retrouvons ici la notion de perte de la raison, des facultés intellectuelles, causée par la maladie. Platon décrit dans cet extrait les causes de cette maladie de l’âme qu’est la folie : l’excès de sperme ou semence, les pituites ou phlegmes, et la bile. Voyons comment Hippocrate conçoit la maladie mentale, qu’il dénomme “maladie sacrée”.

Une sacrée maladie pour Hippocrate

Eduardo Luis Mahieu, psychiatre décrit la conception hippocratique de la maladie mentale.

l’objet qu’étudie La Maladie sacrée est une maladie de l’encéphale en tant que genre, avec trois espèces : épilepsie, folie tranquille et folie agitée. C’est le premier exposé d’une maladie unique qui réunit la manie, la mélancolie et l’épilepsie. Eduardo Luis Mahieu, Maladie sacrée,maladie unique – Hippocrate neuropsychiatre.

Notons que Platon n’évoque pas l’épilepsie dans son texte, ayant sans doute eu la prescience qu’elle était du ressort des maladies neurologiques et non des maladies psychiatriques.

Se basant sur la théorie des humeurs, Hippocrate attribue la folie agitée à l’afflux de bile qui chauffe le cerveau ; et la folie tranquille au refroidissement du cerveau et à l’afflux de phlegme ou lymphe.

Les folies platoniques

Dans le Timée, Platon décrit deux types de folies :

  • L’intempérance dans les plaisirs, causée par un excès de semence
  • Les douleurs qui entraînent “toutes sortes de maladie” (aigreur, dépression, imprudence, peur, oubli, apathie), causées par un excès de phlegmes et/ou de bile.

Il rejoint donc la conception hippocratique des humeurs, sources des maladies quand elles se dérèglent. Il complète cette description par l’affirmation que l’homme dont l’âme est malade, et qui parait “méchant” ne l’est pas volontairement. Nous étudierons cette notion plus loin.

Nul n’est censé ignorer…

Platon distingue deux types d’ignorance :

  • L’ignorance absolue : nous ignorons que nous ignorons et donc nous pensons savoir
  • L’ignorance consciente : nous savons que nous ne savons pas.

Pour Platon, le premier type d’ignorance est le pire des maux. Elle peut être définie ainsi :

Action délibérée de ne pas prendre en compte les connaissances acquises pour aborder un sujet.

C’est cas notamment des sophistes, pour lesquels nous connaissons l’aversion que leur porte Platon.

Le deuxième type d’ignorance est une ignorance saine. C’est notamment celle de Socrate, qui sait qu’il ne sait pas (sur la proclamation d’ignorance de Socrate, voir mon article Platon, Ménon ou De la Vertu). Ce n’est donc pas une maladie de l’âme.

Ouvrons malgré tout une parenthèse à la thèse contradictoire, prônant l’ignorance comme un état souhaitable, dans les termes suivants :

Etat de l’homme avant qu’il ne goûte au fruit de l’arbre de la science du bien et du mal.

Ainsi donc, à l’inverse de Platon et de Socrate qui considère la science et le savoir comme les vertus les plus grandes, Adam, premier homme supposé selon certains, aurait bien mieux fait de rester dans l’ignorance la plus grande. Tout est une question de point de vue. Fermeture de la parenthèse.

Nous avons vu les deux sortes de maladies de l’âme selon Platon : folie et ignorance. Dans le chapitre suivant, nous allons examiner les causes qui sont à leur origine.

Aux origines des maladies de l’âme

Le corps rompu

La première sorte de maladies de l’âme, de déraison, citée par Platon est la folie. Nous avons vu précédemment qu’elle se définissait par la perte de la raison. Elle a, selon Platon, un fondement matériel : excès de semence, mauvaise circulation des phlegmes et/ou de la bile, en résumé, une “mauvaise disposition”. De nos jours, nous parlerions plus de “prédisposition” :

Disposition, constitutionnelle ou acquise, due souvent à une fragilité particulière de l’organisme ou du psychisme à contracter certains troubles ou certaines maladies.

Nous aurions donc deux mécanismes pour cette perte de raison, l’un inné, disposition dès la naissance entraînant la folie, et l’autre acquise, survenue au cours de la vie. Dans les deux cas, la cause reste matérielle et provient de notre corps : altération dès sa constitution ou en réaction avec un facteur externe. C’est la matière qui nous met en désordre, qui nous fait tomber dans la déraison. La matière c’est le sensible, le monde sensible opposé au monde intelligible, notions que nous avions abordées dans l’article Platon, République  V –  Les véritables philosophes. Explorons cette conception avec les deux sortes de folies platoniciennes.

L’intempérance dans les plaisirs

Plaisir et addiction

Si l’excès de sperme explique pour Platon le comportement de “l’insensé” qui poursuit à l’excès la jouissance sous toutes ses formes, nous allons l’étudier plutôt sous l’angle de l’addiction au plaisir. Nous écrivions à ce sujet dans l’article Le plaisir est-il raisonnable ? :

L’entrée dans l’addiction est bien liée à l’obtention d’un plaisir provoqué par la libération d’endorphines. Le besoin engendre au début un plaisir, mais qui devient rapidement  incontrôlable. Le déclenchement du plaisir nécessitera alors une augmentation toujours plus grande de la quantité de produit consommé.

(…) Nous constatons également qu’ici le plaisir n’est plus raisonnable : la conscience n’est plus en mesure de contrôler la recherche du plaisir, elle est incapable de raisonner.

Le plaisir devient déraisonnable là où la conscience a perdu la raison.

Le plaisir est présent au départ. Il répond initialement à un désir. Mais il devient ensuite un besoin qui ne peut jamais être assouvi sans une escalade vers l’excès. Ce n’est plus l’âme qui commande au corps par la raison, mais le corps qui détourne l’âme de la voie de la raison.

C’est bien ici la matière, même si elle est extérieure au corps, qui est en cause, dans les cas d’addiction avec substance (tabac, drogues, alcool). La substance est matérielle et provoque un dérèglement du corps, suivi d’une perte de la capacité de raisonner. La personne addict connaît la nocivité de ce qu’elle consomme, mais sa raison ne suffit pas à l’en protéger.

C’est aussi le cas dans les addictions sans substance : addiction au jeu, troubles du comportement alimentaire. L’effet recherché est celui que produit le comportement sur le corps.

Nous restons dans les deux cas dans une altération de la raison, induite par des réalités sensibles.

Platon, le premier empathique ?

Soulignons la modernité de Platon dans le jugement qu’il porte sur la personne souffrant de ces troubles : c’est un homme malade et non un personne méchante ou mauvaise.

(…) à tout homme, ce sont là des accidents contraires et qui ne lui arrivent que contre son gré.

Platon ne stigmatise pas l’homme qui souffre de ce qui s’apparente à l’addiction. Il ne le considère pas comme coupable de qui lui arrive, que c’est “de sa faute”. C’est une manifestation d’empathie antique fort remarquable.

Benjamin Descotes cite dans son article L’addiction n’est-elle qu’une mauvaise habitude ? cette phrase :

L’alcoolisme et la dépendance aux drogues ne sont pas des problèmes de volonté ni même le résultat d’une habitude profondément enracinée de consommation récurrente et excessive (…) la dépendance aux drogues et à l’alcool est une maladie physique.

Nous revenons à la cause matérielle qui corrompt l’âme, Platon is here to stay…

Les douleurs qui entraînent “toutes sortes de maladie”

La deuxième sorte de folie platonicienne recouvre les douleurs, par opposition aux plaisirs évoqués ci-dessus. La cause est, d’après Platon, la rétention des humeurs, phlegmes, biles, qui envahissent le corps au point de produire un effet nocif sur l’âme.

Cet “empoisonnement” produit diverses pathologies :

  • Acrimonie et abattement
  • Témérité et lâcheté
  • Fugacité et paresse d’esprit

Cette présentation par paires nous semble s’approcher de ce que décrira plus tard Aristote, dans la notion d’équilibre entre l’excès et le défaut qui définit l’action vertueuse.

En conséquence, ce qu’il faut considérer, c’est que ce genre de bien (note de Dsirmtcom : l’action vertueuse) est naturellement propre à disparaître par défaut et par excès. (…) En effet, celui que tout fait fuir, qui a peur de tout et qui ne fait front devant rien, devient un lâche ; et celui qui ne craint absolument rien, mais marche au-devant de tous les dangers, devient un téméraire. Pareillement, de” son côté, celui qui jouit de chaque plaisir et ne se garde d’aucun, devient intempérant, tandis que celui qui les fuit tous, comme font les rustres, devient quelqu’un d’insensible.

Donc ce qui ruine la tempérance et le courage, ce sont l’excès et le défaut, tandis que l’équilibre les conserve. Aristote, Éthique à Nicomaque, 1104 a.

Cet équilibre décrit par Aristote résonne – et raisonne sans doute également – avec le déséquilibre de Platon lorsqu’il décrit les maladies de l’âme : lâcheté et témérité, extrêmes de la vertu du courage ; intempérance et insensibilité, extrêmes de la vertu de la modération.

Nous sommes bien dans le cas d’un homme déréglé, mais, contrairement à un Calliclès qui voudra assouvir volontairement tous ses désirs et passions (voir Platon, Gorgias ou De la Rhétorique), l’homme déréglé ne sera pas guidé par sa volonté, comme nous allons le voir dans le chapitre intitulé “Nul n’est méchant volontairement”.

L’ignorance

Platon ajoute un degré de gravité aux maladies de l’âme que nous venons d’étudier, et qui engendre l’ignorance : les mauvaises institutions et la mauvaise éducation en sont la cause.

Il rêve d’une Cité juste, composée d’hommes justes. A la tête de la Cité, les philosophes-rois gouvernent. Ils possèdent toutes les vertus et peuvent ainsi agir pour le bien de la Cité.

Mais il existe selon lui des cités injustes. Prenons le cas de la démocratie qui, du point de vue de Platon, est un des pires gouvernements. La Cité est alors gouverné par la masse de la population. Mais celle-ci n’est pas vertueuse. Elle agit en fonction de ses désirs, sans modération, et n’est pas éduquée. C’est une mauvaise institution. Et, pour celui déjà souffrant de prédispositions aux maladies de l’âme, cette environnement injuste, voire malsain, vient aggraver l’état de l’homme malade.

La mauvaise éducation, celles des parents et celle des éducateurs, viendra alors empirer la situation du malade, qui ne pourra alors que difficilement échapper à l’ignorance absolue – que nous avons décrite au début de cet article – le pire des maux selon Platon.

La cause sera encore ici en lien avec le monde matériel, le monde sensible décrit par Platon. Ceux qui ne disposent pas du savoir, de la conscience des réalités du monde intelligible – le monde de l’âme – ne pourront transmettre que des opinions au mieux droites (voir Platon, Ménon – L’opinion droite).

“Nul n’est méchant volontairement”

Comme nous l’avons vu précédemment, Platon adopte une posture d’empathie envers l’homme malade de son âme. Son postulat est que l’homme recherche le bien et qu’il refuse le vice.

Où il y a de la folie, il n’y a pas de volonté

Examinons la définition de la volonté :

Faculté de l’homme de se déterminer, en toute liberté et en fonction de motifs rationnels, à faire ou à ne pas faire quelque chose.

Dans la description que fait Platon des maladies de l’âme relevant de la folie, l’homme ne choisit pas d’être “vicieux” ou “méchant”. C’est le dérèglement de son corps qui induit cet état pathologique. Il n’y a donc pas de choix volontaire : l’homme ne se détermine pas à être malade. Il n’use pas de sa raison pour devenir “fou”, puisque c’est la déraison, l’absence de raison qui caractérise son mal.

Appliquons ceci au cas de l’addiction que nous avons évoqué précédemment. Simone Manon, professeur de philosophie nous éclaire en paraphrasant l’affirmation platonicienne que “Nul n’est méchant volontairement” :

Nul n’est malheureux volontairement. Simone Manon, Peut-on vouloir le mal ?

La personne souffrant d’addiction ne peut jamais être heureuse, car, même si elle satisfait ce désir irrépressible, le plaisir fugace qu’elle en retire se transformera en douleur du manque. Et, comme son nom l’indique, ce désir issu du corps passe outre tout raisonnement possible pour l’âme.

L’ignorance, le pire des maux

L’opinion publique

Dans le cas de l’ignorance, induite par une mauvaise institution et/ou par une mauvaise éducation, l’affirmation que “Nul n’est méchant volontairement” semble plus fragile.

Simone Manon parle de “malédiction du doxique”. La Doxa, c’est ce que nous dénommons aujourd’hui sous les termes “l’opinion publique” :

(…) la notion de doxa renvoie à l’ensemble des opinions couramment admises, des croyances largement partagées, des savoirs informels diffusés au sein d’une communauté socio-historique et culturelle donnée. François Provenzano, Doxa.

L’homme ignorant ne l’est pas volontairement. Il croit “dur comme fer” à ce qui lui a été enseigné, et ce que lui dicte les règles de sa communauté. Il n’est donc pas non plus “volontairement méchant”, simplement – s’il est possible de l’exprimer ainsi – il se trompe :

Il ne veut pas le mal, il veut mal le bien. Simone Manon, Ibid.

C’est la position de Jean-Jacques Rousseau, qui considère que l’homme naît bon, et que c’est le société qui le corrompt. Si même l’homme naît bon, sans les “mauvaises dispositions” décrites par Platon, la Cité injuste – comme la démocratie selon Platon ou la tyrannie – fera en sorte de le rendre ignorant de la “vraie vérité”, puisque cette Cité le privera de l’usage de la raison, qui aurait pu le libérer de cette ignorance délétère.

“La banalité du mal”

Nous avions déjà analysé dans l’article Le retour de la nef des fous : l’asile au XXIème siècle ces mécanismes qui annihilent le sens critique et induisent une soumission absolue, même chez les plus “raisonnables”. C’est Hannah Arendt, “professeur de théorie politique” et non philosophe, comme elle se définissait, qui va éclairer notre recherche, avec ce qu’elle a appelé “La banalité du mal”.

En 1961, Hannah Arendt, envoyée spéciale à Jérusalem pour un journal américain, assiste au procès d’Eichmann, criminel nazi accusé d’avoir mis en place la logistique de la Solution finale. Elle écrira alors Eichmann à Jérusalem. Rapport sur la banalité du mal.

Plus on l’écoutait, plus on se rendait à l’évidence que son incapacité à parler était étroitement liée à son incapacité à penser – à penser notamment du point de vue de quelqu’un d’autre. Hannah Arendt, Ibid.

Elle décrit ici le comportement adopté  par Eichmann lors de son procès. Il n’aurait été qu’un banal fonctionnaire particulièrement zélé qui a obéi à ce qu’on lui commandait, sans pouvoir s’en abstraire par la raison :

C’est la pure absence de pensée (…) qui lui a permis de devenir un des plus grands criminels de son époque. Ibid.

Il n’aurait pas eu la capacité d’utiliser sa volonté – qui implique d’utiliser sa raison – pour faire un choix éclairé, non basé sur des a priori ou des jugements subjectifs. Il voulait “bien” faire. Comme l’écrivait Kurt Tucholsky, journaliste politique et écrivain allemand :

Le contraire du bon, ce n’est pas le mal, mais la bonne intention.

Tout en gardant ces notions de ne pas être “méchant volontairement”, gardons par précaution à l’esprit l’adage “L’enfer est pavé de bonnes intentions”.

Si cette théorie d’Hannah Arendt a été ensuite controversée, il reste que l’homme ignorant à cause de mauvaises institution ou d’une éducation engendrant les pires croyances n’est (peut-être) pas “méchant volontairement”. Comme le pensait Rousseau, c’est la civilisation qui pervertit l’homme, ce “bon sauvage”.

Aux grands maux, les grands remèdes

Nous avons pu examiner les deux sortes de maladies de l’âme, de déraison, que sont la folie et l’ignorance. Mais quel est la prescription du Docteur Platon pour éviter de tomber dans ces vices, et quels sont les moyens de la vertu pour nous guérir et nous remettre en chemin vers les bien ?

Dans le vice il versa

Le vice vient du corps, du matériel, du monde sensible : les plaisirs et douleurs, les jouissances et les peines excessives. Pour se prévenir ou se débarrasser du vice, il faut cultiver la modération, comme nous l’avions déjà étudiée dans l’article Platon, Gorgias ou De la Rhétorique. La déraison, ce dérèglement de la raison, se guérira en étant tempérant. Comme nous l’avions déjà écrit : pour être heureux, vivons vertueux. Il faut avoir de l’autorité sur ses propres plaisirs, afin de ne pas leur succomber, tel Ulysse ensorcelé par le chant des sirènes.

Vertu : 1 – Vice : 0

La vertu permet de dominer les vices au moyen de la raison. Platon souligne l’importance de vivre dans une Cité juste, et de recevoir une bonne éducation. Celle-ci sera le plus sûr moyen de savoir ce qu’est le bien. Il faut développer l’acuité intellectuelle, cette vision de l’esprit (que nous avions évoquée dans Platon, République V – Les véritables philosophes) qui permet de retourner l’âme vers les réalités intelligibles et donc vers le véritable Bien.

 

Dsirmtcom, mars 2017.

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11 réponses à “Platon, Timée ou De la Nature –  Les maladies de l’âme

  1. « Sans émotions, il est impossible de transformer les ténèbres en lumière et l’apathie en mouvement » Jung
    toujours un regard sur le fait que l’on a ses humeurs.. ce que cela est  » normal » ou plutôt naturel et qu’il y en a marre de vouloir toujours administrer des médicaments, des drogues afin qu’il n’y ait plus d’humeurs . Pour le coup en ce moment, je suis de très mauvaise humeur avec des arnaques qui ont été faites et bien difficiles à régler en raison de la lenteur des gens qui persistent à ne rien vouloir savoir et des souvenirs malheureux de personnes qui ne supportent pas qu’on puisse avoir des émotions sans savoir réellement ce qui se passe.. voilà pour le jour… mais qu’est ce que c’est que ces gens qui ne pensent qu’à intoxer les autres parce qu’ils ont eu contact avec des gens toxiques ??? Il serait nécessaire d’avoir du bon sens quand on veut crever l’abcès et qu’une bonne colère évacuée ou même des larmes permet de se sauvegarder… Ne pas garder en soi ce qui fait mal.

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  2. oui un cerveau dans la tête, un dans le coeur et un dans le ventre.. et qu »avoir mal au coeur c’est pas avoir mal à la tête et que certains font un mélange du tout et devraient ré apprendre au lieu de vouloir à tout prix régenter la vie des autres.

    Aimé par 1 personne

  3. je déteste ces gens qui veulent absolument empêcher les gens de réagir, de se défendre, les obliger à se soumettre dans un système vicieux… ah ben faut pas penser , faut pas réfléchir… ben non hein ! et l’on s’étonne de tout ce mal qui a été fait et du niveau qui ne fait que baisser.. oui je déteste cela.

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  4. oui cette méthode à coller des sangsues.. à pomper l’énergie vitale des gens… sangsues dans tous les sens.. punaise mais quelle misère ! il serait tant d’évoluer.. car bien entendu il faut comprendre le tout entre les lignes. prises de notes et faire des notes….. et c’est pas une partie si on… harmonieuse.

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  5. La colère | Extravalante
    https://extravalante.wordpress.com/2013/05/16/la-colere/
    16 mai 2013 – La colère est salvatrice. Elle ose dire non, elle ose dire oui, elle ose dire je ne sais pas. Elle t’apprend à dire non et à éprouver ta liberté.
    Exprimez votre colère, ou la colère vous tuera ! | Lifestyle Conseil
    http://www.lifestyle-conseil.com/expression-colere/
    De toutes nos émotions, la colère est une de celles que l’on associe le plus … Une émotion salvatrice, expressive, qui apporte force, confiance, et volonté de se …
    *

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  6. bien plus qu’à lire les anciens textes…. histoire de se mettre à la page.. version moderne il est bien d’écouter tout ce qui est donné à écouter via quantic planète.. avec le fond du sentier… ne pas laisser tomber les gens avec qui nous partageons le chemin.. la raison allant de soi avec une certaine morale.. qu’une grande partie du monde a perdu.. Il y a maintenant de quoi étudier bien des sciences humaines sans avoir à porter d’énormes livres.. la connaissance est accessible et si cela ne fait pas tilt à l’esprit en lisant peut être qu’avec les oreilles cela aidera les personnes .. entendre par cette voix là .. https://www.youtube.com/watch?v=ohPPSlE9ZUQ

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  7. si on ne comprend par les yeux, alors utiliser un autre sens par le son.. des penseurs, des grands penseurs – panseurs…il y en a de notre époque. une autre façon d’améliorer les cours.. tsss l’enseignement n’a pas qu’une seule méthode.

    Aimé par 1 personne

  8. Pingback: Platon, République VI –  Les naturels philosophes | Directeur-des-Soins.com·

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