Carnet de Vocabulaire – Même et Autre

Philosophie – Carnet de Vocabulaire


Même et Autre

Auteurs – Ouvrages :

Platon, Le Sophiste

Ainsi le mouvement est “le Même” aussi bien qu’il n’est pas “le Même” (…). Car, quand du mouvement nous déclarons qu’il est “le Même” et qu’il n’est pas “le Même”, ce n’est pas d’une manière semblable ; mais, quand nous disons qu’il “est le Même”, c’est en raison de la participation que, relativement à sa propre nature, il a eu égard au “Même”, tandis que, quand il “n’est pas le Même”, c’est parce que, cette fois, il a avec l’”Autre” une communication, en vertu de laquelle, s’isolant du “Même”, il est devenu, non point celui-ci précisément, mais un genre autre ; aussi est-ce correctement que, au rebours, il est dit cette fois : “non-le Même”. Platon, Le Sophiste, 256 a-b.

Emmanuel Levinas, Totalité et Infini

Le Même et l’Autre à la fois se tiennent en rapport et s’absolvent de ce rapport, demeurant absolument séparés. E. Levinas, Totalité et Infini.

Yves Crettaz, Le primat de l’Autre dans la philosophie de Levinas

Le Même et l’Autre sont les deux déterminations d’où part la philosophie de Levinas. (…) Levinas n’utilise point les termes de JE et de TU introduits en philosophie par Martin Buber, mais ceux de Même et d’Autre pour souligner davantage le statut relationnel de l’homme. (…) Décrire une relation par ces deux termes amène immédiatement à l’esprit la notion d’une différence, d’une distance que Levinas nomme séparation. Y. Crettaz,  Le primat de l’Autre dans la philosophie de Levinas.

Définition

Chez Platon, le Même et l’Autre sont deux des cinq genres ou natures génériques de l’Être (Être, Mouvement, Repos, Même, Autre). Dans Le Sophiste, il évoque la « méprise de Parménide », qui affirme que si l’Être existe, le Non-Être n’existe pas. Le Sophiste lui aussi nie l’existence du Non-Être, de ce qui n’est pas, ce qui l’amène à produire un discours faux, un « simulacre ». Platon montre la différence entre un discours vrai et un discours faux en évoquant un des personnages présent dans le dialogue  :

  • « Théétète est assis »
  • « Théétète (…) vole en l’air »

Chaque phrase unit « à une action un sujet-agent, par l’entremise d’un verbe et d’un nom ». La première dit vrai, puisqu’elle énonce ce qui existe réellement tel qu’il est. La deuxième est fausse car le personnage est décrit tel qu’il n’est pas, arguant qu’il est capable de voler dans les airs, alors que cette capacité n’est pas la sienne.

Levinas reprend les termes de Même et d’Autre, dans la perspective d’un Autre absolu, « Autrui ». Il réfute une philosophie qui veut tendre vers une unité dans sa recherche de la vérité :

Le savoir absolu, tel qu’il a été recherché, promis ou recommandé par la philosophie, est une pensée de l’Égal. (…)  elle consiste à faire que l’Autre devienne le Même. En revanche, l’idée de l’Infini implique une pensée de l’Inégal. E. Levinas, Ethique et infini.

Penser l’Égal revient à faire de l’Autre un « Même », donc à confondre soi et autrui dans un seul et « même » être. Penser l’Inégal rejoint la doctrine platonicienne :

(…) la nature de l’”Autre”, en rendant chacun autre que l’Être, fait de lui un Non-Être ; et de tous sans exception, nous dirons dès lors à bon droit, sous le même rapport, qu’ils sont non-être de cette façon ; et, en revanche, parce qu’ils participent à l’Être, nous diront qu’ils “sont’, qu’ils sont “des êtres”. Platon, Op. cit., 256 d-e.

La thèse de Parménide, comme celle de la pensée de l’Égal, est ici réfutée : l’Être et le Non-Être existent, coexistent.

Références

Lalande

Identique : De Idem, le même. (…) Le terme s’applique (…) à un individu (…) quand on dit qu’il est « le même » ou « identique à lui-même » à différents moments de son existence, malgré les changements parfois considérables qui peuvent y être survenus.

Autre : S’oppose au Même, et s’exprime encore par les mots divers, différent, distinct. Le dernier terme concerne cependant l’opération intellectuelle par laquelle on reconnaît l’altérité, tandis que le premier s’applique spécialement à l’existence de celle-ci considérée comme objective. (…) Platon, dans Le Sophiste, définit l’autre comme différent de l’être, et rétablit ainsi, contre Parménide, l’existence du non-être.

Morfaux

Même : Genre fondamental de l’être dans Le Sophiste de Platon.

Autre : Dans Le Sophiste de Platon, un des cinq genres de l’Être avec le Même, le Mouvement, le Repos, l’Être. Le Même et l’Autre appartiennent à chacun des autre genres, y compris l’Être. Contre Parménide (…) il faut admettre un être du non-être qui est l’être autre. L’autre est la possibilité de dire le faux, donc l’erreur ; c’est aussi la possibilité de toute prédication (a est b) et enfin du devenir.

Godin

Depuis Platon la philosophie utilise l’adjectif substantivé (« le même ») pour désigner l’identité, par opposition à l’autre.

Voir aussi

Parménide, Poème [Être et non-être].

Sur la pensée d’Emmanuel Levinas – Choix de quelques textes majeurs – (textes choisis par Philippe Fontaine)

Levinas – L’altérité féminine.

 

Dsirmtcom, février 2018.

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3 réponses à “Carnet de Vocabulaire – Même et Autre

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