Fiche de lecture – Platon, Apologie de Socrate

Philosophie – Fiches de lecture


Fiche de lecture n° 2

Eléments contextuels

L’Apologie de Socrate fait partie des œuvres de jeunesse de Platon (399-390 av. J._C.). Elle rapporte le procès de Socrate en 399 av. J.-C., et sa condamnation à mort, par l’ingestion de la ciguë (cette mort est racontée dans le Phédon).

Le terme « apologie » signifie « défense publique de quelqu’un ou de quelque chose » (cnrtl.fr). Le texte suit le plan suivant (voir aussi le plan complet ci-dessous) :

L’Apologie se divise en trois parties bien distinctes. Dans la première, de beaucoup la plus importante, Socrate discute le réquisitoire de ses accusateurs ; dans la seconde, il fixe sa peine ; dans la troisième, il montre aux juges qui l’ont condamné le tort qu’ils se sont faits et il s’entretient avec ceux qui l’ont acquitté de la mort et de l’au-delà. E. Chambry, Apologie de Socrate.

Les personnages du texte sont :

  • Socrate,( il a alors soixante-dix ans) ;
  • Mélètos, son principal accusateur, mauvais poète, représentant des poètes ;
  • Anytos, riche tanneur, en froid avec Socrate pour des motifs personnels (il aurait critiqué Anytos pour faire de son fils un tanneur comme lui) et politiques, représentant des artisans et hommes politiques ;
  • Lycon, représentant des orateurs.

Synthèse

Dans la première partie – l’exorde -, Socrate précise que, contrairement à ses accusateurs, ce qu’il dira sera « entièrement la vérité ». Il présente le plan de sa défense : d’abord contre les calomnies anciennes de ses accusateurs, puis contre les accusations plus récentes.

Il est accusé de « scruter les choses qui sont sous la terre comme celles qui sont dans le ciel », de vouloir « faire de la cause la plus faible la cause la plus forte et d’enseigner à d’autres à en faire autant. » Il se défend en indiquant qu’il ne connaît rien aux sciences de la nature ; que lorsqu’il enseigne, il ne se fait pas payer comme les Sophistes (voir la fiche de lecture Platon, Le Sophiste ou de l’Être). Il évoque ensuite l’oracle de Delphes, la Pythie, qui l’a déclaré « le plus sage des hommes ». Pour comprendre cette énigme, Socrate raconte son enquête pour trouver plus sage que lui, auprès des politiques, des poètes et des gens de métiers. Son enquête a démontré que ces hommes qui se croyaient les plus sages, ne l’étaient. Le plus sage est bien Socrate, car il reconnaît qu’il ne sait rien ( c’est la proclamation d’ignorance de Socrate -voir les articles Platon, Ménon ou de la Vertu et Platon, Timée ou de la Nature – Les maladies de l’âme).

Il répond ensuite à l’accusation actuelle, qui prétend que « Socrate (…) est coupable de corrompre la jeunesse ; de ne pas croire aux Dieux auxquels croit l’Etat, mais à des Divinités nouvelles ».  Pour cela, il va réaliser un contre-interrogatoire – sur le mode du dialogue socratique – avec Mélètos, son principal accusateur. Il parvient à démontrer qu’il est impossible que Socrate soit le seul à corrompre la jeunesse, que Mélètos lui-même ne s’est guère préoccupé de cette jeunesse, et que si Socrate la corrompt sans le vouloir, il ne mérité que des remontrances, mais pas un châtiment. Il démontre également que l’accusation « Socrate est coupable de ne pas croire aux Dieux, tout en croyant cependant aux Dieux » est absurde : l’accuser de croire aux démons, qui sont des enfants bâtards des Dieux, sans croire à ces derniers est une absurdité.

Socrate explique ensuite qu’il a pour mission divine de philosopher, et qu’il le fera jusqu’au bout sans craindre la mort. Il va ainsi partout pour engager les jeunes comme les plus âgés à suivre cette voie de l’amélioration de l’âme. Il précise que s’il s’est toujours abstenu de faire de la politique, c’est parce qu’une voix divine l’en détourne : il s’agit de son Démon.  Il indique qu’il n’enseigne pas et n’a pas de disciples. Il conclut son plaidoyer et s’en remet aux juges pour la décision qu’ils prendront, ainsi qu’à Dieu.

Dans la deuxième partie, Socrate est déclaré coupable, et un débat s’instaure sur la peine qui va lui être infligée. Les accusateurs proposent la peine de mort, Socrate propose d’être plutôt récompensé de ses services et mérite d’être nourri au Prytanée, aux frais de l’Etat. C’est là qu’Athènes récompensait ceux qui avaient honoré la Cité, notamment les vainqueurs des Jeux Olympiques. Il ne veut pas de l’exil, qui l’obligerait à se taire et se tenir tranquille : il veut rester dans la voie de la vertu, car « une vie à laquelle l’examen fait défaut ne mérite pas qu’on la vive. et propose une amende d’une puis de trente mines.

La troisième partie voit Socrate condamné à mort, après délibération des juges. Socrate raille ceux qui n’ont pas eu la patience d’attendre qu’il meure bientôt, au vu de son âge avancé. Il s’adresse à ses accusateurs par une prophétie : ils subiront un châtiment beaucoup plus sévère que le sien : ceux qui, comme Socrate, soumettrons leur façon de vivre à l’épreuve pour vivre droitement, seront de plus en plus nombreux et seront, envers les accusateurs de Socrate, « d’autant plus sévères qu’ils seront plus jeunes ».

Il s’adresse ensuite à ceux qui l’ont acquitté. La voix de son Démon n’a rien dit pour l’empêcher de venir à son procès : ce qui lui arrive est un bien. Ou bien la mort n’a pas d’existence et rien ne se passera, ou bien c’est un changement d’existence. Si c’est le cas, alors il retrouvera chez Hadès les héros et les demi-dieux pour converser avec eux. Il demande aux Athéniens de traiter leurs enfants tout comme il traitait ses concitoyens, en les encourageant à exercer la vertu. Il termine en indiquant que l’heure est venue de s’en aller, lui vers la mort, et les autres vers la vie, sans savoir qui aura alors le meilleur destin.

Extraits

Et s’il [l’oracle] a parlé du Socrate qui est ici devant vous, c’est évidemment que, me prenant en exemple, il a utilisé mon nom, exactement comme s’il disait : “Celui-ci, hommes, est parmi vous le plus sage, qui, ainsi que le fait Socrate, a reconnu que, selon la vérité, il ne vaut absolument rien sous le rapport de la sagesse!” [Autre traduction : « Le plus sage d’entre vous, c’est celui qui, comme Socrate, reconnaît que sa sagesse n’est rien ».]

Craindre la mort, ce n’est rien d’autre en effet, Juges, que de passer pour sage alors qu’on ne l’est point, que de passer en effet pour savoir ce que l’on ne sait pas.

Sans doute, ô le meilleur des hommes, lui dirais-je, ai-je moi aussi des proches ; car, pour parler comme Homère, je ne suis pas né non plus d’un chêne, pas davantage d’un rocher, mais bien d’autres hommes (…).

Et si j’ajoute cette fois que c’est là précisément pour un homme le bien le plus grand, de s’employer chaque jour à parler de la vertu et de ce dont encore vous m’entendez m’entretenir tandis que je procède à l’examen de moi-même comme des autres, et enfin, qu’une vie à laquelle l’examen fait défaut ne mérite pas qu’on la vive, vous me croirez bien moins encore si je vous dis cela !

Je vous annonce en effet, Citoyens qui avez voulu que je meure, la venue pour vous, tout de suite après ma mort, d’un châtiment beaucoup plus sévère que celui auquel vous m’avez condamné en voulant que je meure. Car, en faisant cela aujourd’hui, vous avez cru être dorénavant libérés de l’obligation de soumettre à l’épreuve votre façon de vivre. Or, je vous l’annonce, c’est tout le contraire qui vous arrivera : le nombre augmentera, de ceux qui pratiquent cette mise à l’épreuve envers vous ; à présent que je les retenais, mais vous, vous ne vous en rendiez pas compte : ils seront d’autant plus sévères qu’ils seront plus jeunes, et vous, vous en serez davantage irrités ! (… Cette libération-là en effet n’est, ni bien efficace, ni bien belle ; la plus belle au contraire et la plus pratique, c’est, au lieu de supprimer les autres, de se préparer soi-même à être le meilleur possible.

Mourir, en effet, c’est l’une ou l’autre de ces deux choses ; car, ou bien la chose est de telle sorte que le mort n’a absolument pas d’existence et qu’il n’a pas non plus aucune conscience de quoi que ce soit, ou bien, comme on le dit, c’est précisément un changement d’existence, et, pour l’âme, une migration de ce lieu-ci vers un autre lieu.

Mais vous aussi, hommes qui faites justice, il vous faut être pleins de bon espoir à l’égard de la mort et ne considérer comme une vérité rien d’autre que ceci : qu’il n’est pas possible qu’il y ait aucun mal pour un homme de bien, ni pendant sa vie, ni une fois qu’il est mort (…).

Voilà pourtant que l’heure est déjà venue de nous en aller, moi pour mourir dans quelque temps, vous pour continuer à vivre ! Qui, de vous ou de moi, va vers le meilleur destin ? C’est pour tout le monde chose incertaine, sauf pour la Divinité !

Plan du texte

I. La plaidoirie de Socrate

1. Exorde

2. Le plan de la défense

3. Justification

A. En réponse aux anciennes accusations

a) il est étranger aux recherches physiques

b) il ne se fait pas payer comme font les Sophistes

c) l’in-science : enquête de Socrate sur l’oracle de Delphes

α) auprès des politiques

β) auprès des poètes

γ) auprès des gens de métiers

Les conséquences de l’enquête

B. Réponse à l’accusation actuelle

Contre-interrogatoire de Mélètos

a) sur le premier chef d’accusation

b) sur le second chef d’accusation

4. La mission divine

L’abstention de la politique : le rôle du Démon

Socrate n’enseigne pas et n’a pas de disciples

Conclusion du plaidoyer

II. Socrate a été déclaré coupable : débat contradictoire sur la peine

III. Les Juges ont délibéré : Socrate est condamné à mort

Bibliographie

Laurent Couvreur, Être nourri au Prytanée.

Platon, Apologie de SocrateTexte en accès libre

Platon, Apologie de Socrate – Criton – Phédon, Traduction, notices et notes par Emile Chambry, Garnier-Flammarion, 1965.

Platon, Œuvres complètes, Bibliothèque de la Pléiade.

Voir aussi

Fiche de lecture Platon, Le Sophiste ou de l’Être.

Platon, Ménon ou de la Vertu.

Platon, Timée ou de la Nature – Les maladies de l’âme.

Dsirmtcom,  avril 2018.

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4 réponses à “Fiche de lecture – Platon, Apologie de Socrate

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