Citations philosophiques – A

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A

Le véritable fondement de la morale est à chercher dans le sentiment corporel, dans l’identification avec la douleur insupportable. Theodor W. Adorno.

Il reste à dire maintenant en quoi l’artiste diffère de l’artisan. Toutes les fois que l’idée précède et règle l’exécution, c’est industrie. (…) Pensons maintenant au travail du peintre de portrait ; il est clair qu’il ne peut avoir le projet de toutes les couleurs qu’il emploiera à l’oeuvre qu’il commence ; l’idée lui vient à mesure qu’il fait ; il serait même plus rigoureux de dire que l’idée lui vient ensuite, comme au spectateur, et qu’il est spectateur aussi de son oeuvre en train de naître. Et c’est là le propre de l’artiste. Il faut que le génie ait la grâce de la nature, et s’étonne lui-même. Alain, Système des beaux-arts.

Penser, c’est dire non. Alain, Propos sur la religion.

La morale consiste à se savoir esprit et, à ce titre, obligé absolument ; car noblesse oblige. Il n’y a rien d’autre, dans la morale, que le sentiment de la dignité. Alain, Lettre à Sergio Solmi sur la philosophie de Kant.

Il faut penser à la politique ; si nous n’y pensons pas assez, nous serons cruellement punis. Alain.

La politique est une chose ennuyeuse, médiocre et laide, dont il faut pourtant s’occuper, comme tant d’autres choses ennuyeuses, médiocres et laides. Alain, Dédicace à Henri Mondor.

Obéir en résistant, c’est tout le secret. Ce qui détruit l’obéissance est anarchie ; ce qui détruit la résistance est tyrannie. Alain.

Aimer, c’est trouver sa richesse hors de soi. Alain, Chapitres sur l’esprits et les passions.

La pensée ne doit pas avoir d’autre chez-soi que tout l’univers ; c’est là seulement qu’elle est libre et vraie. Hors de soi ! Au-dehors ! Le salut est dans la vérité et dans l’être. Alain, Cahiers de Lorient.

Tous les arts sont comme des miroirs où l’homme connaît et reconnaît quelque chose de lui-même qu’il ignorait. Alain, Vingt leçons sur les beaux-arts.

Pense ton oeuvre, oui, certes ; mais on ne pense que ce qui est : fais ton oeuvre. Alain, Système des beaux-arts.

Ô Temps ! Suspends ton vol ! C’est le voeu du poète, mais qui se détruit par la contradiction si l’on demande : « combien de temps le Temps va-t-il suspendre son vol ? ». Alain, Eléments de philosophie.

Le mal le plus contraire à la sagesse, c’est exactement la sottise. Alain, Eléments de philosophie.

Le philosophe vise à n’éprouver que ce qui est naturel et sans mensonge à soi. Son défaut est un penchant à blâmer, et une prédilection pour le doute. Alain, Définitions.

Le bonheur est une récompense qui vient à ceux qui ne l’ont pas cherchée. Alain. 

L’homme pense parce qu’il a des mains. Anaxagore de Clazomènes, Sur la nature.

Il y a des gens qui ne vivent pas la vie présente : c’est tout comme s’ils se préparaient, en y consacrant toute leur ardeur, à vivre on ne sait quelle autre vie, mais pas celle-ci, et pendant qu’ils font cela, le temps s’en va et il est perdu. On ne peut pas remettre en jeu la vie comme un dé qu’on relance. Antiphon le Sophiste.

Pour la première fois dans l’histoire de l’espèce humaine, les hommes sont confrontés en pratique à la tâche d’assumer à l’échelle planétaire la responsabilité collective des conséquences de leurs activités. On pourrait penser qu’à la contrainte d’une  responsabilité collective doive correspondre la validité intersubjective des normes, ou au moins le principe fondamental d’une éthique de la responsabilité. Karl-Otto Apel, L’éthique à l’âge de la science.

Vivre, c’est accepter des situations de fait, que nous n’avons pas décidées. Mais dans cet espace qui est le notre, où notre volonté peut imposer sa liberté, imposer sa marge de manœuvre, nous pouvons “être activement ce que nous sommes par hasard”. Hannah Arendt, Condition de l’homme moderne.

L’erreur réside dans l’équation entre consentement et obéissance. Un adulte consent là où un enfant obéit ; si on dit qu’un adulte obéit, en réalité, il soutient l’organisation, l’autorité ou la loi à laquelle il prétend « obéir ».  Hannah Arendt, Responsabilité et jugement.

Un fonctionnaire, lorsqu’il n’est rien d’autre qu’un fonctionnaire, est vraiment un homme très dangereux. Hannah Arendt, Entretiens et Lettres.

Le menteur possède le grand avantage de savoir d’avance ce que le public souhaite entendre. Hannah Arendt, Du mensonge à la violence.  

Qu’on puisse être à ce point éloigné de la réalité, à ce point dénué de pensée, que cela puisse faire plus de mal que tous les mauvais instincts réunis qui sont peut-être inhérents à l’homme – telle était effectivement la leçon qu’on pouvait apprendre à Jérusalem. Hannah Arendt, Eichmann à Jérusalem.

Le mal n’est jamais « radical », il est seulement extrême, et ne possède ni profondeur ni dimension démoniaque. Il « défie la pensée ». (…) C’est là sa « banalité ». Seul le bien a de la profondeur et peut être radical. Hannah Arendt, Eichmann à Jérusalem.

La « bonne conscience » n’est en général que le fait des gens vraiment mauvais, tandis que seuls les « bonnes gens » sont capables d’avoir mauvaise conscience. Hannah Arendt, La Vie de l’esprit.

Les meilleurs de tous seront ceux qui savent seulement une chose : que, quoi qu’il se passe, tant que nous vivrons, nous aurons à vivre avec nous-mêmes. Hannah Arendt, Responsabilité et Jugement.

Chaque homme est unique, de sorte qu’à chaque naissance quelque chose d’uniquement neuf arrive au monde. Par rapport à ce « quelqu’un » qui est unique, on doit vraiment pouvoir dire qu’il n’y avait personne auparavant. Hannah Arendt, Condition de l’homme moderne.

Ce que je propose est donc très simple : rien de plus que de penser ce que nous faisons. Hannah Arendt, Condition de l’homme moderne.

Une crise ne devient catastrophique que si nous y répondons pas des idées toutes faites, c’est-à-dire des préjugés. Hannah Arendt, La crise de la culture.

L’action, avec toutes ses incertitudes, est un rappel permanent que les hommes ne sont pas nés afin de mourir, mais afin de commencer quelque chose de neuf. Hannah Arendt.

C’est dans le vide de la pensée que naît le mal. Hannah Arendt, Eichmann à Jérusalem.

Le mal radical est apparu en liaison avec un système où tous les hommes sont, au même titre, devenus superflus. Les manipulateurs de ce système sont autant convaincus de leur propre superfluité que de celle des autres. Hannah Arendt, Le Système totalitaire.

Cette sorte de jugement ne présuppose pas qu’il faille être doué d’une intelligence très développée ni versé dans les questions éthiques, il suffit simplement d’avoir l’habitude de vivre avec soi-même sur un mode explicite, c’est-à-dire de se livrer à un dialogue silencieux avec soi-même que, depuis Socrate et Platon, nous avons coutume d’appeler penser… La ligne de partage entre ceux qui jugent et ceux qui s’en abstiennent est indépendante de toutes les différences d’origine sociale, de culture ou d’instruction. Hannah Arendt, Penser l’événement.

C’est un élément structurel du domaine des affaires humaines, que les hommes soient incapables de pardonner ce qu’ils ne peuvent punir, et qu’ils soient incapables de punir ce qui se révèle impardonnable. Hannah Arendt, Condition de l’homme moderne.

L’accélération propose des jouissances liées à l’emprise et à l’abondance, des jouissances de l’avoir donc, tandis que le ralentissement ramène aux jouissances de l’être. Paul Ariès.

L’homme est un animal raisonnable. Aristote, Ethique à Nicomaque.

Qui peut le plus peut le moins. Aristote, Du Ciel.

Une hirondelle ne fait pas le printemps. Aristote, , Ethique à Nicomaque.

Le simple fait de vivre est de toute évidence une chose que l’homme partage en commun même avec les végétaux ; or ce que nous recherchons, c’est ce qui est propre à l’homme. Nous devons donc laisser de côté la vie de nutrition et la vie de croissance. Viendrait ensuite la vie sensitive, mais celle-là encore apparaît commune avec le cheval, le bœuf et tous les animaux. Reste donc une certaine vie pratique de la partie rationnelle de l’âme, partie qui peut être envisagée d’une part au sens où elle est soumise à la raison, et, d’autre part, au sens où elle possède la raison et l’exercice de la pensée. Aristote, Ethique à Nicomaque.

La vertu est une disposition à agir d’une façon délibérée, consistant dans une moyenne (médiété) relative à nous, laquelle est rationnellement déterminée et comme la déterminerait l’homme prudent. Mais c’est une moyenne entre deux vices, l’un par excès, l’autre par défaut ; et cela tient au fait que certains vices sont au- dessous, et d’autres au-dessus de ce qu’il faut dans les affections et les actions, tandis que la vertu découvre et choisit le juste milieu. Aristote, Ethique à Nicomaque.

Nous concevons d’abord le sage comme possédant la connaissance de toutes les choses, dans la mesure où cela est possible, c’est-à-dire sans avoir la science de chacune d’elles en particulier. Aristote.

La Terre dans sa totalité est une petite motte de terre. Aristote.

Le plaisir est à l’acte ce que la fleur est à la jeunesse. Exercer librement son talent, voilà le vrai bonheur. Aristote.

Ce n’est pas un ami que l’ami de tout le monde. Aristote.

La multitude, donc aucun membre n’est un homme vertueux, peut cependant, par l’union de tous, être meilleure que l’élite. Aristote.

L’homme est un animal politique. Aristote, Politique.

Que nul n’entre ici s’il n’est polymathe” [personne qui a une bonne connaissance d’un grand nombre de sujets divers]. Aristote.

(…) il y a trois choses qui donnent de la confiance dans l’orateur (…) Ce sont le bon sens, la vertu et la bienveillance. Aristote, Rhétorique.

Chacun des termes qui sont dits sans aucune combinaison indique soit une substance, soit une certaine quantité, soit une certaine qualité, soit un rapport à quelque chose, soit quelque part, soit à un certain moment, soit être dans une position, soit posséder, soit subir. Aristote, Catégories, 1 b.

Principes de base : justice et injustice sont des états qui inclinent à agir d’une certaine façon. […] Nous pouvons voir dès lors que chez tout le monde, le genre d’état qu’on entend appeler justice est celui qui pousse à exécuter les actes justes, c’est-à-dire qui entraîne à agir justement et à souhaiter tout ce” qui est juste. De la même manière d’ailleurs, on dit aussi de l’injustice qu’elle est l’état qui entraîne à être injuste et à souhaiter de qui est injuste. Aristote, Éthique à Nicomaque, Livre V, 1129 a.

[…] ce qui est juste, c’est ce qui est légal et c’est ce qui est équitable, tandis que ce qui est injuste, c’est ce qui est illégal et ce qui est inéquitable. Ibid., 1129 a-b.

Ainsi donc, la justice qui a rang de vertu globale peut être laissée de côté, ainsi que l’injustice correspondante, parce qu’elles sont des manières d’exercer soit la vertu entière, soit le vice relativement à autrui. […] De son côté, la justice partielle et ce qui est juste à titre spécial se présente sous deux formes. 

L’une est celle que l’on trouve dans les actes qui consistent à répartir l’honneur, les richesses ou tous les autres avantages qui se partagent entre les membres de la communauté politique. C’est en effet dans ces matières qu’un citoyen peut avoir une part inégale ou égale comparé à un autre.

Quant à la seconde forme, c’est celle qui permet dans les rapports humains d’apporter un correctif, mais elle comporte deux parties, car ces rapports sont contractées tantôt par consentement mutuel, tantôt sans. Ibid., 1130 b – 1131 a.

[La justice distributive] Il faut donc nécessairement que le juste implique à tout le moins quatre termes, puisque les personnes pour lesquelles une répartition se trouve juste sont au moins deux et que les choses impliquées forment deux parts. Ibid., 1131 a.

L’égalité proportionnelle est la justice distributive. Ibid., 1131 a.

La justice corrective ne considère que le dommage. Peu importe en effet qu’une spoliation soit commise par un honnête homme aux dépens d’un vilain ou l’inverse, ou que l’auteur d’un adultère soit honnête homme ou vilain. Ce qui importe, au contraire, c’est le dommage occasionné, et la seule chose que considère la loi, traitant les personnes sur un pied d’égalité, c’est de savoir si l’une a commis une injustice dont l’autre a été victime, autrement dit, si l’un a causé un dommage dont l’autre a été victime. Ibid., 1132 a.

Dès lors que toute connaissance ou décision a pour objectif quelque chose de bon, quel est l’objectif que vise, disons-nous, la politique ? Et quel est le bien placé au sommet de tous ceux qui sont exécutables ? Sur un nom, en somme, la toute grosse majorité tombe d’accord : c’est le bonheur, en effet, disent et la masse et les personnes de marque. Au reste, avoir une vie de qualité ou réussir, c’est la même chose. Mais le bonheur, qu’est-ce que c’est ? Aristote, Éthique à Nicomaque, 1095a.

Quant à nous, il nous faut dire, après cet excursus, que la conception qu’on a du bien et du bonheur, non sans raison, découle selon toute apparence du mode d’existence que l’on mène. Pour la masse et les gens les plus grossiers, c’est le plaisir. Aussi bien l’existence qu’ils aiment est-elle faite de jouissances – car les trois modes principaux d’existence sont celle qu’on vient de dire, celle du politique et, troisièmement, l’existence consacrée à la méditation. Aristote, Éthique à Nicomaque, 1095b.

Dès lors que chaque état se traduit par des activités sans entraves, peu importe l’activité en quoi consiste le bonheur […] pourvu qu’elle soit sans entraves, c’est la plus digne de choix. Or cette condition est remplie par le plaisir. Par conséquent, un certain plaisir peut être le bien suprême, quand même la plupart des plaisirs seraient mauvais, et cela, le cas échéant, de façon pure et simple. Et c’est pour cela que tout le monde croit que l’existence heureuse est une existence agréable et rattache de” façon inextricable le plaisir au bonheur. C’est parfaitement rationnel, car aucun activité n’est achevée lorsqu’elle est entravée. Or le bonheur fait partie des réalités achevées. Aristote, Éthique à Nicomaque, 1153b.

Si donc l’intelligence, comparée à l’homme, est chose divine, la vie intellectuelle est également divine comparée à l’existence humaine. […] Donc, pour l’homme, c’est la vie intellectuelle, si tant est que c’est principalement l’intelligence qui constitue l’homme. Par conséquent, cette vie est aussi la plus heureuse. Aristote, Éthique à Nicomaque, 1177b – 1178a.

Dans ces conditions, si nous posons que l’office de l’homme est une certaine forme de vie (c’est-à-dire une activité de l’âme et des actions rationnelles), mais que, s’il est homme vertueux, ses oeuvres seront parfaites et belles, dès lors que chaque oeuvre parfaitement accomplie traduit la vertu qui lui est propre, dans ces conditions donc, le bien humain devient un acte de l’âme qui traduit la vertu et, s’il y a plusieurs vertus, l’acte qui traduit la plus parfaite et la plus finale. Encore faut-il que ce soit dans une existence qui atteint sa fin, car une seule hirondelle ne fait pas le printemps, non plus qu’un seul beau jour. Ro de la même façon, la félicité et le bonheur ne sont pas donnés non plus en un seul jour, ni même en peu de temps. Aristote, Éthique à Nicomaque, 1098a.

Ce qui m’apparaît comme une évidence claire, c’est que ni le futur ni le passé ne sont. C’est donc une impropriété de dire : « il y a trois temps : le passé, le présent et le futur ». Il serait sans doute plus correct de dire : « il y a trois temps : le présent du passé, le présent du présent, le présent du futur. » En effet, il y a bien dans l’âme ces trois modalités du temps, et je ne les trouve pas ailleurs. Le présent du passé, c’est la mémoire ; le présent du présent, c’est la vision directe ; le présent du futur, c’est l’attente. Saint Augustin, Les Confessions.

Ô hommes ! Je ne dis pas que cette science, que vous nommez science divine, soit fausse, mais je dis que, moi, je suis sachant de sciences humaines. Averroès.

Mais qu’est-ce donc que l’homme ? Un sac gonflé de vent. Axiopistos.

Si mourir (ne m’est rien) etre mort peu m’importe. Axiopistos.

Que tu vives longtemps ou que ta vie soit courte, de la même façon ordonne tes pensées. Axiopistos.

Tout ce qui est sérieux nous vient pendant la nuit. Axiopistos.

Ce n’est pas que tu sois fort habile en discours, mais disons que plutôt tu ne sais pas te taire. Axiopistos.

La main lave la main : donne et tu recevras. Axiopistos.

Avant, et non après, réfléchit l’homme sage. Axiopistos.

Nul ne saurait sur rien porter un jugement conforme à la raison, lorsqu’il est en colère. Axiopistos.

Aux mortels les plaisirs sont comme des pirates sans foi : quand les plaisirs montent à l’abordage, aussitôt le pauvre homme est coulé par le fonds. Axiopistos.

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