Carnet de vocabulaire philosophique – Ethique de responsabilité et éthique de conviction

Philosophie – Carnet de Vocabulaire


Ethique de responsabilité et éthique de conviction

Auteurs – Ouvrages :

Antoine de Saint-Exupéry, Pilote de guerre

Nu ne peut se sentir, à la foi, responsable et désespéré. (…) Chacun est responsable de tous, Chacun est seul responsable. Chacun est seul responsable de tous.

Max WEBER, Le savant et le politique, Plon, 10/18, Paris 1995

Nous en arrivons ainsi au problème décisif. Il est indispensable que nous nous rendions clairement compte du fait suivant : toute activité orientée selon l’éthique peut être subordonnée à deux maximes totalement différentes et irréductiblement opposées. Elle peut s’orienter selon l’éthique de la responsabilité [verantwortungsethisch] ou selon l’éthique de la conviction [gesinnungsethisch]. Cela ne veut pas dire que l’éthique de conviction est identique à l’absence de responsabilité et l’éthique de responsabilité à l’absence de conviction. Il n’en est évidemment pas question. Toutefois il y a une opposition abyssale entre l’attitude de celui qui agit selon les maximes de l’éthique de conviction – dans un langage religieux nous dirions : « Le chrétien fait son devoir et en ce qui concerne le résultat de l’action il s’en remet à Dieu » -, et l’attitude de celui qui agit selon l’éthique de responsabilité qui dit : « Nous devons répondre des conséquences prévisibles de nos actes. » Vous perdrez votre temps à exposer, de la façon la plus persuasive possible, à un syndicaliste convaincu de la vérité de l’éthique de conviction, que son action n’aura d’autre effet que celui d’accroître les chances de la réaction, de retarder l’ascension de sa classe et de l’asservir davantage, il ne vous croira pas. Lorsque les conséquences d’un acte fait par pure conviction sont fâcheuses, le partisan de cette éthique n’attribuera pas la responsabilité à l’agent, mais au monde, à la sottise des hommes ou encore à la volonté de Dieu qui a créé les hommes ainsi. Au contraire le partisan de l’éthique de responsabilité comptera justement avec les défaillances communes de l’homme (car, comme le disait fort justement Fichte, on n’a pas le droit de présupposer la bonté et la perfection de l’homme) et il estimera ne pas pouvoir se décharger sur les autres des conséquences de sa propre action pour autant qu’il aura pu les prévoir. Il dira donc : « Ces conséquences sont imputables à ma propre action. » Le partisan de l’éthique de conviction ne se sentira « responsable » que de la nécessité de veiller sur la flamme de la pure doctrine afin qu’elle ne s’éteigne pas, par exemple sur la flamme qui anime la protestation contre l’injustice sociale. Ses actes qui ne peuvent et ne doivent avoir qu’une valeur exemplaire mais qui, considérés du point de vue du but éventuel, sont totalement irrationnels, ne peuvent avoir que cette seule fin : ranimer perpétuellement la flamme de sa conviction.
Mais cette analyse n’épuise pas encore le sujet. Il n’existe aucune éthique au monde qui puisse négliger ceci : pour atteindre des fins « bonnes », nous sommes la plupart du temps obligés de compter avec, d’une part des moyens moralement malhonnêtes ou pour le moins dangereux, et d’autre part la possibilité ou encore l’éventualité de conséquences fâcheuses. Aucune éthique au monde ne peut nous dire non plus à quel moment et dans quelle mesure une fin moralement bonne justifie les moyens et les conséquences moralement dangereuses..

Suzanne Rameix, Fondements philosophiques de l’éthique médicale

Il nous semble que tout conflit de la vie politique, sociale, syndicale, oppose ceux qui se fondent sur les principes et font prévaloir le juste, et ceux qui regardent les conséquences et font prévaloir le bien. (…) Contre l’éthique de pure conviction, du pacifiste évangélique ou du socialiste révolutionnaire, qui refuse l’irrationalité éthique du monde, l’homme politique doit s’imposer une éthique de responsabilité qui admette cette limite : la politique est le lieu de la violence ; l’Etat se définit par le monopole de la violence légitime. C’est dans ce monde là “que l’homme politique a à répondre des conséquences prévisibles de ses actes”. La responsabilité est fondée sur une acceptation du réel, tel qu’il est, et du moyen donné à l’homme d’action, à l’homme politique, par le réel : la violence légitime de l’Etat pour contrer toutes les autres violences. L’éthique de responsabilité est une éthique conséquentialiste forte.

Hans Jonas, Le principe responsabilité, une éthique pour la civilisation technologique

Agis de façon que les effets de ton action ne soient pas destructeurs pour la possibilité future d’une vie authentiquement humaine sur la terre.

Définitions

Ethique

Science de la morale, philosophie de la morale.

Responsabilité

Devoir de répondre de ses actes.

Conviction

Certitude.

Ethique de conviction

Basée sur des principes, des devoirs, pouvant être irrationnelle, liée à des croyances.

Ethique de responsabilité

Fondée sur la responsabilité des conséquences liées à un acte. Exemple de la fin de vie dans le cas Vincent Lambert :

  • Ethique de conviction : les parents, catholiques croyants, se fondent sur l’interdit moral absolu « Tu ne tueras point » ;
  • Ethique de responsabilité : la famille et les personnels soignants fondent l’arrêt des soins sur les conséquences en terme de qualité de vie, en considérant qu’il s’agit d’une « obstination déraisonnable ».

Références

Ethique

Lalande : Science ayant pour objet le jugement d’appréciation en tant qu’il s’applique à la distinction du bien et du mal.

Morfaux : Philosophie de la morale.

Godin : Le terme désigne ou bien la morale, ou bien la théorie de la morale, ou bien encore la morale appliquée. (…) Alors que la morale énonce des obligations et des interdits absolus, l’éthique s’inscrit dans le relativisme des choses bonnes ou mauvaises. 

Conviction

Lalande : (…) certitude ferme et suffisante pour l’action, mais non tout à fait rigoureuse (soit qu’elle repose seulement sur une très grande probabilité ; soit qu’elle repose sur un mélange de raisons et de sentiments forts (…).

Morfaux : Attitude d’esprit de celui qui tient une chose pour vraie en vertu de motifs ou d’arguments rationnels.

Responsabilité

Lalande : Situation ou caractère de celui qui peut être appelé à « répondre » d’un fait. (…) Répondre de quelque chose, c’est en être caution, en être garant en justice.

MorfauxEthique de la responsabilité – Paradoxalement, alors que les déterminations génétiques, sociologiques, semblent enserrer de plus en plus étroitement la liberté de l’individu, l’idée de responsabilité prend de plus en plus d’importance dans l’éthique contemporaine. Succédant à l’éthique de la conviction (…), fondée sur la rigueur du principe, Max Weber propose une éthique de la responsabilité qui tient compte rationnellement des moyens disponibles, de la multiplicité des conséquences dans une situation donnée, éthique mieux adaptée à une pensée contemporaine marquée par le désenchantement et le pluralisme irréductible des valeurs.

Godin : Le terme est issu du verbe « répondre ». La responsabilité, c’est la capacité à dire : « C’est moi ! », à assumer une action. (…) Elle présuppose la liberté et la volonté.

Rosenberg : Seul un être libre est déclaré responsable dans la mesure où il possède le choix lorsqu’il agit.

 

Dsirmtcom, août 2018.

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Une réponse à “Carnet de vocabulaire philosophique – Ethique de responsabilité et éthique de conviction

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