Fiche de lecture – Spinoza, L’Éthique – Livre II – De la nature et de l’origine de l’esprit

Philosophie – Fiches de lecture

Fiche de lecture n° 12

Eléments contextuels

Voir la fiche de lecture n° 11 : Spinoza, L’Éthique – Livre I – De Dieu.

L’ouvrage

Dates et structure

Écrit en 1663-1675, publié en 1677 après la mort de Spinoza.

Titre complet : L’Éthique démontrée selon la méthode géométrique et divisée en cinq parties où il est traité.

Conçu sous forme géométrique : définitions, axiomes, lemmes, propositions, démonstrations, scolies.

Axiomes : “principe évident et non démontrable” (Morfaux).

Lemme : proposition préliminaire utilisée pour la démonstration d’un théorème (Morfaux).

Postulat : proposition ni évidente ni démontrable que le géomètre demande d’admettre pour qu’il puisse construire son système hypothético-déductif ; toute position prise implicitement ou explicitement comme principe d’une argumentation (Morfaux).

Propositions, démonstrations et scolies (“remarques complémentaires suivant (…) une proposition”, cnrtl.fr).

Cinq parties : Dieu ; âme et corps ; passions ; règne des passions, puissance de la raison.

Éthique de la joie :

Par joie j’entendrai donc (…) une passion par laquelle l’âme passe à une perfection plus grande. Éthique, proposition XI, scolie.

Synthèse globale

Définitions des concepts : corps, conception d’une chose, Idée, idée adéquate, durée, réalité, choses singulières.

Pensée et étendue sont des attributs de Dieu, chose pensante et chose étendue (propositions I et II).

Pensée et étendue sont une seul substance (proposition VII, scolie).

L’âme humaine est une partie de l’entendement infini de Dieu (proposition XI, corollaire).

Le corps humain est un corps composé (postulat I).

L’âme et le corps ne sont qu’une seul et même chose (proposition XXIII).

Typologie des idées (propositions XXXII à XXXVI).

Les trois genre de connaissances (propositions XL, scolie ; XLI, XLII).

L’homme ne dispose pas d’un libre arbitre (proposition XLVIII).

Volonté et entendement (proposition XLIX, scolie).

Plan du texte, synthèse et extraits

Définitions

Corps

Mode (Cf. définition livre I) qui exprime l’essence de Dieu.

Le corps appartient à Dieu au même titre que l’âme. Il n’est pas dévalorisé. Philosophes – Les grandes pensées expliquées simplement, DK – Ed. Prisma Media, Ca m’intéresse.

Conception d’une chose

Une chose ne peut pas être, ni être conçue sans une essence.

Idée

Concept de l’esprit, “chose pensante”. Concept : action de l’esprit, différente de la perception où l’esprit est passif face à un objet.

Idée adéquate

Idée vraie (voir typologie des idées ; propositions XXXII à XXXVI).

Durée

Continuité indéfinie d’existence. La durée ne peut pas être déterminée par la nature de la chose existante ni par la cause efficiente (Cf. Livre I, Axiome “”Un effet vient nécessairement d’une cause déterminée”, les quatre causes d’Aristote).

Réalité

Équivalent à la perfection.

Choses singulières

Choses finies, à existence déterminée. Si plusieurs choses sont la cause d’un seul effet, il s’agit d’une seule chose singulière.

Axiomes (I)

  1. L’essence de l’homme n’enveloppe pas l’existence nécessaire. Selon l’ordre de la nature, un homme peut exister et un autre ne pas exister.
  2. L’homme pense (Cf. le Cogito in Descartes – La puissance de juger de l’esprit).

III. Pas de modes de penser, de sentiments de l’âme (amour, désir), sans idée. Mais nous pouvons avoir une idée sans avoir un mode de penser.

  1. Le corps est affecté de beaucoup de façons.
  2. Les seules choses singulières perçues par l’homme son les corps (l’Étendue) et les modes de penser (la Pensée).

Propositions

  1. La pensée est un attribut (Cf. définition livre I) de Dieu ; Dieu est chose pensante.
  2. L’étendue est un attribut de Dieu ; Dieu est chose étendue.

III. Dieu est l’idée de son essence et tout ce qui suit de son essence. Dieu se comprend lui-même.

  1. L’idée de Dieu est unique (Dieu est un et indivisible – Livre I, 13-14).
  2. L’Être formel des idées (le mode de penser, l’idée en tant qu’elle a Dieu) a pour cause cause Dieu comme chose pensante.
  3. Les modes d’un attribut ont pour cause Dieu. Dieu est cause de toutes choses (I, 16).

VII. L’ordre et la connexion des idées sont les mêmes que l’ordre et la connexion des choses.

Scolie – Pensée et étendue sont une seul et même substance.

Puisque la pensée et l’étendue ne sont qu’une seule et même substance, avec juste une différence d’attribut, leur structure interne est la même. L’âme et le corps se modifieront donc de concert. Là où Descartes s’emploie à réconcilier l’âme et le corps qu’il a commencé par séparer, Spinoza pense d’emblée leur profonde unité de comportement. Philosophes – Les grandes pensées expliquées simplement, Op. cit.

VIII. Idées et essences des choses singulières sont contenues dans les attributs de Dieu (tout ce qui est est en Dieu – Livre I, 15). Les choses singulières n’existent que comprises dans les attributs de Dieu. Les idées n’existent que parce que l’idée infinie de Dieu existe.

  1. Dieu est cause de toutes les idées des choses singulières existant en acte. La cause de l’idée d’une chose singulière est une autre idée, et ainsi à l’infini.
  2. La substance ne constitue pas la forme de l’homme (Dieu n’est pas semblable à l’homme – Livre I, VII, scolie 2).
  3. L’esprit humain est l’idée d’une chose singulière existant en acte. L’esprit (l’âme) est une partie de l’entendement infini de Dieu. L’Esprit humain perçoit en partie les choses, de façon inadéquate.

XII. Rien ne peut arriver dans le corps qui ne soit perçu par l’esprit humain

XIII. L’objet de l’idée constituant l’Esprit humain est le Corps, mode de l’Étendue en acte. L’homme est un Esprit et un Corps, l’Esprit humain est uni au corps (monisme : âme et corps sont une seule et même chose, Cf. proposition XXIII). Pour déterminer en quoi l’Esprit humain diffère des autres, il faut connaître la nature de son objet, le Corps humain.

Axiomes (II)

  1. Tous les corps sont en mouvement ou en repos.
  2. Chaque corps se meut tantôt plus lentement, tantôt plus rapidement.

Lemmes

  1. Les corps se distinguent par le mouvement ou le repos, la vitesse ou la lenteur
  2. Tous les corps s’accordent sous le concept d’un seul et même attribut.

III. Un corps en mouvement ou en repos est déterminé par un autre corps, lui-même déterminé par un autre corps, jusqu’à l’infini (cause extérieure du mouvement/repos).

Axiomes (III)

  1. Un corps affecté par un autre corps suit de sa nature et de la nature du corps qui l’affecte.
  2. Un corps en mouvement heurtant un autre corps au repos sans le mouvoir est réfléchi (change de trajectoire) et continue à se mouvoir.

Définitions

Des corps unis entre eux (appliqués les uns contre les autres, ayant le même mouvement) composent un seul et même corps, un seul et même individu.

Axiomes (IV)

Le corps composé d’un individu forme différentes figures selon la surface où s’appliquent les parties les unes aux autres (durs, mous, fluides).

Lemmes

  1. Un individu (corps composé) dont les parties sont remplacées par des parties de même nature ne change pas de forme.
  2. Pas de changement de forme si les parties deviennent plus grandes ou plus petites dans la même proportion.

VI Pas de changement de forme si les parties détournent leur mouvement vers une autre mais peuvent continuer leur mouvement dans le même rapport.

VII. L’individu composé conserve sa nature dans le mouvement en totalité ou partiel, ou en repos, si chaque partie conserve son mouvement et le communique aux autres comme auparavant.

Scolie – Un individu composé peut être affecté de beaucoup de façons, tout en conservant sa nature. La Nature dans sa totalité est un seul individu dont les parties varient d’une infinité de façons, sans changement de l’individu total.

Postulats

  1. Le corps humain est composé d’un très grand nombre d’individus de nature différente, dont chacun est lui-même très composé (Cf. Descartes, le Corps-machine ; Lucrèce – La théorie atomiste d’Epicure).
  2. Le corps humain est composé d’individus fluides, mous et durs.

III. Le corps humain et ses parties sont affectés par les corps extérieurs de nombreuses façons.

  1. Pour se conserver et se régénérer, le corps humain a besoin de nombreux autres corps.
  2. Une partie fluide du corps humain, déterminée par un corps extérieur à heurter une partie molle, en change la surface.
  3. Le corps humain peut se mouvoir et disposer les corps extérieurs de nombreuses façons.

Propositions (suite)

XIV. L’esprit perçoit de nombreuses choses d’autant que son corps peut être disposé de nombreuses façons.

  1. L’idée de l’esprit humain est composée d’un très grand nombre d’idées.

XVI. L’idée de chacune des façons dont le corps est affecté par un corps extérieur enveloppe la nature du corps humain et du corps extérieur. L’esprit humain perçoit la nature de son propre corps et celle de nombreux corps extérieurs.

XVII. Le corps humain affecté par un corps extérieur le considère comme présent même s’il n’est plus présent ou existant.

Scolie – Ex. l’idée de Pierre qui constitue l’essence de son esprit et l’idée de Pierre chez un autre homme, Paul. L’idée de Pierre sera présente dans l’esprit de Paul même si Pierre n’existe plus.

XVIII. L’esprit imagine les corps, même multiples, qui ont affecté une fois le corps humain.

Scolie – Mémoire : enchaînement d’idées enveloppant la nature de choses extérieures au corps humain : idées ou affections du corps humain. Enchaînement selon l’ordre des affections des corps et non selon l’ordre de l’entendement, qui permet de percevoir les causes premières = associations d’idées (voir aussi l’ordre des raisons dans La “Méthode” selon Descartes).

XIX. L’esprit ne connaît le corps et ne sait qu’il existe que par les idées des affections du corps.

  1. L’idée ou connaissance de l’esprit humain est en Dieu, comme celle du corps.

XXI. L’idée de l’esprit est unie à l’esprit comme l’esprit est uni au corps.

Scolie – L’esprit et le corps sont un seul et même individu, conçu par l’attribut de la pensée ou celui de l’étendue (monisme, voir proposition XXIII).

(…) dès qu’on sait quelque chose, on sait par là même qu’on le sait, et en même temps on sait qu’on sait qu’on sait, et ainsi à l’infini.

XXII. L’esprit perçoit les affections du corps et les idées de ces affections.

XIII. L’esprit (l’âme) ne se connaît lui-même qu’en tant qu’il perçoit les idées des affections du corps.

Puisque l’âme et le corps sont une seule et même chose, l’âme n’a accès à elle-même qu’à travers ce que vit le corps. Il n’existe aucune introspection purement intellectuelle. Se connaître soi-même, c’est connaître son corps. Par ailleurs, notre connaissance du monde dépend de la manière dont notre corps est affecté par les phénomènes extérieurs. Si je suis un corps de soldat, plongé depuis des années dans la guerre, lorsque je vois la trace d’un pas de cheval sur le sable, je l’associe spontanément à un cavalier, et donc à la guerre. Si en revanche je suis un paysan dont le corps est accoutumé au labour, j’associerai la trace aux travaux des champs. Je vois donc la réalité à partir de la vie de mon corps. Philosophie magazine – hors-série, Spinoza – Voir le monde autrement.

L’esprit humain ne connaît pas le corps humain lui-même, il ne se connaît pas lui-même, il ne se connaît que par les idées des affections du corps.

XXIV. L’esprit n’a pas la connaissance adéquate (l’idée vraie) des parties du corps humain.

(…) la connaissance de toute partie composant le corps humain est en Dieu.

XXV. L’idée d’une affection du corps humain n’enveloppe pas la connaissance adéquate d’un corps extérieur.

XXVI. L’esprit humain ne perçoit de corps extérieur comme existant en acte que par les idées des affections du corps.

XXVII. L’idée d’une affection du corps humain n’enveloppe pas la connaissance adéquate du corps humain.

XXVIII. Les idées des affections du corps humain ne sont pas claires et distinctes mais confuses.

XXIX. L’idée de l’idée d’une affection du corps n’enveloppe pas la connaissance adéquate de l’esprit humain. L’esprit ne perçoit le corps que par l’idée des affections.

Scolie – Si l’esprit est déterminé de l’extérieur, les idées sont confuses ; s’il est déterminé de l’intérieur, les idées sont claires et distinctes (Cf. la notion de “clairement et distinctement” dans La “Méthode” selon Descartes).

XXX. Nous ne pouvons avoir qu’une connaissance inadéquate de la durée de notre corps.La durée du corps ne dépend pas de son essence. Elle dépend de l’ordre commun de la Nature et de la constitution des choses.

XXXI. Nous ne pouvons avoir qu’une connaissance inadéquate de la durée des choses singulières. Toutes les choses singulières sont contingentes (voir ce terme dans le Carnet de Vocabulaire).

XXXII. Toutes les idées rapportées à Dieu sont vraies.

XXXIII. Il n’y a rien de positif dans les idées qui permette de les dire fausses. Le mode positif des idées ne peut être conçu comme la forme de l’erreur.

XXXIV. Toute idée absolue en nous [adéquate et parfaite] est vraie (voir aussi la typologie des idées selon Descartes dans le Carnet de Vocabulaire).

XXXV. La fausseté est une privation de connaissance : les idées sont inadéquates, mutilées et confuses.

Les hommes, donc, se trompent en ce qu’ils pensent être libres ; et cette opinion consiste uniquement pour eux à être conscients de leurs actions, et ignorant des causes par lesquelles ils sont déterminés (…). De même lorsque nous regardons le soleil, nous imaginons qu’il est éloigné de nous de 200 pieds environ ; cette erreur ne consiste d’ailleurs pas dans cette seule imagination, mais dans le fait que, en imaginant ainsi le soleil, nous ignorons sa vraie distance et la cause de cette imagination.

XXXVI. Les idées inadéquates et confuses suivent les unes des autres avec la même nécessité que les idées adéquates, c’est-à-dire claires et distinctes. Les idées vraies se rapporte à Dieu : les idées inadéquates se rapportent à un esprit singulier.

XXXVII. Ce qui est commun à toutes choses ne constitue l’essence d’aucune chose singulière.

XXXVIII. Les choses qui sont communes à toutes et qui sont également dans la partie et dans le tout ne peuvent être conçues qu’adéquatement. Ce qui est clair et distinct : certaines idées/notions communes à tous les hommes ; tous les corps ayant en commun certaines choses.

XXXIX. L’idée de ce qui est commun au corps humain et aux corps extérieurs qui affecte le corps humain est adéquate dans l’esprit.

(…) l’esprit est d’autant plus apte à percevoir plusieurs choses de façon adéquate que son corps a plus de choses communes avec d’autres corps.

  1. Toutes les idées qui, dans l’esprit, suivent d’idées qui sont adéquates en lui, sont aussi adéquates.

Notions Communes : fondements de notre raisonnement.

Notions Secondes : claires et distinctes pour ceux qui ne s’embarrassent pas de préjugés.

Termes Transcendantaux (voir le terme Transcendant, dans le Carnet de Vocabulaire) : Être, Chose, Quelque chose. Le corps humain, limité, ne peut former qu’un certain nombre d’images à la fois. Si le nombre est dépassé, les images se confondent sous un seul attribut (Être, Chose…).

Notions Universelles : Homme, Cheval, Chien. L’esprit n’imagine distinctement que ce qui est commun.

Scolie – Les trois genres de connaissances :

  1. Connaissance du premier genre : par expérience vague, perception par les sens d’une façon incomplète, confuse, et sans ordre pour l’entendement ; à partir des signes : entendre ou lire certains mots (sur le langage “ordinaire” trompeur, voir Descartes – La puissance de juger de l’esprit) : idées semblables à l’imagination des choses (Opinion, Imagination – voir aussi Platon, Ménon – L’opinion droite) ;
  2. Raison et connaissance du second genre : notions communes et idées adéquates des propriétés des choses ;
  3. Connaissance du troisième genre : Science intuitive.

(…) progresse de l’idée adéquate de l’essence formelle de certains attributs de Dieu jusqu’à la connaissance adéquate de l’essence des choses.

XLI. La connaissance du premier genre est l’unique cause de fausseté, tandis que celle du second et du troisième genre est nécessairement vraie.

XLII. La connaissance du second et troisième genre, et non celle du premier, apprend à distinguer le vrai du faux.

XLIII. Qui a une idée vraie sait en même temps qu’il a une idée vraie, ne ne peut douter de la vérité des choses.

Avoir une idée vraie (…) ne signifie rien d’autre que connaître une chose parfaitement ou le mieux possible.

XLIV. Il n’est pas dans la nature de la Raison de considérer les choses comme contingentes, elle les considère au contraire comme nécessaires. La perception des choses de façon vraie est comme elles sont en soi (voir le terme En Soi dans le Carnet de Vocabulaire).

(…) les choses rapportées tant au temps présent qu’au passé ou au futur, nous les imaginons comme contingentes. (…) Il est de la nature de la Raison de percevoir les choses sous une certaine espèce d’éternité (…), de considérer les choses comme nécessaires, et non comme contingentes.

XLV. Toute idée d’un corps ou d’une chose singulière existant en acte enveloppe nécessairement l’essence éternelle et infinie de Dieu. L’idée est l’essence et l’existence de la chose singulière, ayant Dieu pour cause.

Scolie – Existence : n’est pas la durée (quantité) mais la nature même de l’existence de la chose singulière, déterminée à persévérer dans l’existence (voir le terme Conatus dans le Carnet de Vocabulaire).

XLVI. La connaissance de l’essence éternelle et infinie de Dieu qui enveloppe chaque idée est adéquate et parfaite.

XLVII. L’esprit humain a une connaissance adéquate de l’essence éternelle et infinie de Dieu.

Et voilà l’origine de la plupart des controverses : les hommes n’expriment pas correctement leur pensée ou ils interprètent mal la pensée d’autrui.

XLVIII. Il n’y a dans l’esprit humain aucune volonté absolue ou libre ; mais l’esprit est déterminé à vouloir ceci ou cela pour une cause, qui elle aussi est déterminée par une autre, celle-ci à son tour par une autre, et ainsi à l’infini. L’esprit est un mode du penser, déterminé, il n’est pas cause libre de ses actions => il n’y a pas de libre arbitre.

Cette liberté n’a rien d’un libre arbitre, d’un pouvoir de choix sans cause. Elle ne nie pas le déterminisme, puisqu’il s’agit d’appréhender un réseau de causes combinées qui joue contre un autre et le modifie. Avec Spinoza, il s’agit de passer d’une nécessité extérieure qui vous écrase à une nécessité qui exprime votre liberté. Il n’y a pas de hasard, mais un agencement nouveau des déterminismes. Pour lui, être libre c’est toujours agir de manière nécessaire. C’est pourquoi la liberté est le contraire de la contrainte, mais pas de la nécessité. Philosophie magazine – Spinoza, Op. cit.

Volonté : faculté d’affirmer ou de nier ce qui est vrai ou faux.

XLIX. IL n’y a dans l’esprit aucune volition (affirmation ou négation) en dehors de celle qu’enveloppe l’idée. Aucune faculté absolue de vouloir et de ne pas vouloir dans l’esprit, seulement des volitions singulières.

Volonté et entendement sont une même chose.

Scolie – Distinguer l’idée (concept de l’esprit) et l’image des choses par l’imagination (voir les notions “Imaginer et concevoir” chez Descartes dans le Carnet de Vocabulaire).

Distinguer les idées des mots qui désignent les choses (voir le langage “ordinaire” trompeur dans  – Descartes – La puissance de juger de l’esprit).

Se dépouiller de ses préjugés : la nature de la Pensée n’enveloppe pas le concept de l’Étendue ; l’idée ne consiste pas dans l’image de quelque chose ou dans ses mots.

Objections relatives à la volonté et à l’entendement

Première objection : la volonté (infinie) s’étend plus loin que l’entendement (fini).

Seconde objection : la volonté est libre et différente de la faculté de comprendre.

Troisième objection : nous n’avons pas besoin d’une puissance plus grande pour affirmer que ce qui est vrai est vrai ou que ce qui est faux est faux.

Quatrième objection : “(…) si l’homme n’agit pas d’après la liberté de sa volonté, qu’arrivera-t-il donc s’il est en équilibre comme l’âne de Buridan ? Périra-t-il de faim ou de soif ?”

[Note :] L‘âne de Buridan est une fable philosophique célèbre, attribuée au philosophe scolastique Buridan et mettant en scène un âne qui se laisse mourir de faim, faute d’avoir pu choisir entre entre un plat d’avoine et un seau d’eau. La-philosophie.com, Âne de Buridan.

Réponses aux objections

Première objection : la volonté s’étend plus loin que l’entendement (idées claires et distinctes). La volonté ne s’étend pas plus loin que les perceptions, c’est-à-dire la faculté de concevoir et de sentir.

Seconde objection : nous n’avons pas le libre pouvoir de suspendre notre jugement. La suspension du jugement est en réalité une perception, non une volonté libre.

Troisième objection : la volonté est quelque chose d’universel qui s’applique à toutes les les idées, et signifie seulement ce qui est commun à toutes les idées.

Ensuite je nie absolument que nous ayons besoin d’une égale puissance de penser pour affirmer que ce qui est vrai est vrai que pour affirmer que ce qui est faux est vrai. En effet, ces deux affirmations, si l’on considère l’esprit, sont entre elles comme l’être au non-être, car il n’est dans les idées rien de positif qui constitue la forme de la fausseté. C’est pourquoi il convient surtout de remarquer ici que nous nous trompons facilement quand nous confondons les choses universelles avec les singulières, et les êtres de raison et les abstractions avec les réalités.

Quatrième objection :un homme placé dans un tel équilibre, ne percevant que soif ou faim, périra de faim et de soif. “Mais est-il un âne plutôt qu’un homme ?”.

Utilité de la connaissance de la doctrine (pas de libre arbitre)

Utile pour la béatitude

Nous agissons par la seule volonté de Dieu. Nous participons de la nature de Dieu ; plus nos actions sont parfaites et mieux nous comprenons Dieu.

Cette doctrine, outre, qu’elle rend l’âme absolument tranquille nous permet aussi de comprendre en quoi consiste notre suprême félicité, autrement dit notre béatitude. Elle consiste dans la seule connaissance de Dieu, qui nous conduit à n’accomplir que les actions que conseillent l’amour et la moralité.

[Note :] sur la notion de tranquillité de l’âme ou ataraxie, voir la fiche de lecture Arrien de Nicomédie – Le “Manuel” d’Epictète.

Utile pour savoir comment se comporter à l’égard de la fortune

Apprendre comment se comporter à l’égard de la fortune, c’est-à-dire ce qui n’est pas en notre pouvoir (voir la notion de “ce qui ne dépend pas de nous” dans la fiche de lecture Arrien de Nicomédie – Le “Manuel” d’Epictète).

(…) attendre et supporter d’une âme égale les deux faces de la fortune, puisque, au fond, toutes les choses suivent de l’éternelle décision de Dieu avec la même nécessité qu’il suit de l’essence du triangle que ses trois angles soient égaux à deux droits.

Utile à la vie sociale

Enseigne “à ne haïr personne, à ne mépriser personne, à ne se moquer de personne, à ne se fâcher contre personne, à n’envier personne”. Être content de ce qu’on a, aider son prochain. Agir sous la seule conduite de la Raison..

Utile à la société commune

Conditions dans lesquelles les citoyens doivent être gouvernés “afin de n’être pas esclaves, mais de pouvoir accomplir librement les actions les meilleures.

Bibliographie

Baruch Spinoza, L’Éthique, collection Folio Essais, Gallimard.

30 concepts incontournables – Les 30 plus grands philosophes, Questions philo.

L. Jaffro, M. Labrune, Gradus philosophique.

La-philosophie.com, Âne de Buridan.

André Lalande, Vocabulaire technique et critique de la philosophie.

L.-M. Morfaux, Vocabulaire de la philosophie et des sciences humaines.

Philosophes – Les grandes pensées expliquées simplement, DK – Ed. Prisma Media, Ca m’intéresse.

Philosophie magazine – hors-série, Spinoza – Voir le monde autrement.

Voir aussi

Arrien de Nicomédie – Le “Manuel” d’Epictète.

Conatus

Contingent/Nécessaire

Descartes , Le corps-machine

Descartes – La puissance de juger de l’esprit

En soi/Pour soi

Essence/Existence

Idée – Typologie des idées (Descartes)

Imaginer et concevoir

La “Méthode” selon Descartes

Lucrèce – La théorie atomiste d’Epicure

Monisme

Philosophie et concept, selon Gilles Deleuze

Platon, Ménon – L’opinion droite

Sartre, L’existentialisme est un humanisme

Spinoza, L’Éthique – Livre I – De Dieu

Spinoza, L’Éthique – Livre III – De l’origine et la nature des sentiments

Spinoza, L’Éthique – Livre IV – De la servitude humaine ou des forces de sentiments

Spinoza, L’Éthique – Livre V – De la puissance de l’entendement ou de la liberté humaine

Transcendant

Dsirmtcom, novembre 2018.

8 réponses à “Fiche de lecture – Spinoza, L’Éthique – Livre II – De la nature et de l’origine de l’esprit

  1. Pingback: Bac Philo – L’Inconscient – Fiche n° 4. L’Inconscient – Bibliographie | Directeur-des-Soins.com·

  2. Pingback: Bac Philo – La Perception – Fiche n° 2. Des Perceptions et des hommes | Directeur-des-Soins.com·

  3. Pingback: Fiche de lecture – Spinoza, L’Éthique – Livre V – De la puissance de l’entendement ou de la liberté humaine | Directeur-des-Soins.com·

  4. Pingback: Fiche de lecture – Spinoza, L’Éthique – Livre IV – De la servitude humaine ou des forces de sentiments | Directeur-des-Soins.com·

  5. Pingback: Carnet de vocabulaire philosophique – Volonté de puissance | Directeur-des-Soins.com·

  6. Pingback: Carnet de vocabulaire philosophique – Libre arbitre | Directeur-des-Soins.com·

  7. Pingback: Fiche de lecture – Spinoza, L’Éthique – Livre III – De l’origine et la nature des sentiments | Directeur-des-Soins.com·

  8. Pingback: Fiche de lecture – Spinoza, L’Éthique – Livre I – De Dieu | Directeur-des-Soins.com·

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.