Fiche de lecture – Spinoza, L’Éthique – Livre IV – De la servitude humaine ou des forces de sentiments

Philosophie – Fiches de lecture

Fiche de lecture n° 14

Eléments contextuels

Voir la fiche de lecture n° 11 : Spinoza, L’Éthique – Livre I – De Dieu.

L’ouvrage

Dates et structure

Écrit en 1663-1675, publié en 1677 après la mort de Spinoza.

Titre complet : L’Éthique démontrée selon la méthode géométrique et divisée en cinq parties où il est traité.

Conçu sous forme géométrique : définitions, axiomes, lemmes, propositions, démonstrations, scolies.

Axiomes : “principe évident et non démontrable” (Morfaux).

Lemme : proposition préliminaire utilisée pour la démonstration d’un théorème (Morfaux).

Postulat : proposition ni évidente ni démontrable que le géomètre demande d’admettre pour qu’il puisse construire son système hypothético-déductif ; toute position prise implicitement ou explicitement comme principe d’une argumentation (Morfaux).

Propositions, démonstrations et scolies (“remarques complémentaires suivant (…) une proposition”, cnrtl.fr).

Cinq parties : Dieu ; âme et corps ; passions ; règne des passions, puissance de la raison.

Éthique de la joie :

Par joie j’entendrai donc (…) une passion par laquelle l’âme passe à une perfection plus grande. Éthique, proposition XI, scolie.

Synthèse globale

Préface : servitude à l’égard des passions, perfection et imperfection, bon et mauvais. « Dieu ou la Nature » (Cf. « Deus sive Natura«  Livre I, éléments contextuels).

Définitions : bon ; mauvais ; choses contingentes et possibles ; sentiments ; appétit ; vertu et puissance.

Axiome : les choses plus puissantes qui détruisent les choses singulières.

Propositions :

L’homme est une partie de la Nature (IV) ; « Dieu, c’est-à-dire la Nature » (voir ci-dessus).

Seule la passion vainc la passion (VIII).

Choses possibles et contingentes (XI à XIII).

Bon et mauvais (XIV à XIX ; XXIX à XXXI).

La vertu (XVIII à XXIV).

L’effort selon la Raison est de comprendre (XXVI, XXVII).

La connaissance de Dieu, souverain bien (XXVIII).

Domination par les passions et conduite de la raison (XXXIII à XXXVII).

État de nature et État de société (XXXVII, scolie II).

Passions : joie, tristesse, amour, haine, etc. (XLI à XLIX).

Pitié, repentir et méditation de la mort sont des vertus traditionnelles néfastes (L, LIV, LXVII).

L’homme libre (LXVII à LXXIII).

Appendice : synthèse des propositions, pour donner une “vision d’ensemble”.

Plan du texte, synthèse et extraits

Préface

Servitude : impuissance de l’homme à gouverner et à contenir ses sentiments/passions (voir le terme “passion” dans le Carnet de Vocabulaire). Contraint de faire le pire même s’il voit le meilleur.

Nous avons montré, en effet, dans l’appendice de la première partie, que la nature n’agit pas en vue d’une fin ; car cet Être éternel et infini, que nous appelons Dieu ou la Nature, agit avec la même nécessité qu’il existe.

Perfection et imperfection : modes de penser, notions que nous construisons en comprenant des individus de même espèce et de même genre. La réalité est la perfection : essence d’une chose en tant qu’elle existe, produit un effet, sans tenir compte de sa durée.

Bon : ce que nous savons avec certitude être un moyen de nous approcher du modèle de la nature humaine. Mauvais : ce que nous savons avec certitude nous empêcher de réaliser ce modèle.  

Définitions

Bon

Ce que nous savons avec certitude nous être utile pour la conservation de l’espèce.

Mauvais

Ce que nous savons avec certitude empêcher que nous ne possédions quelque bien.

Choses singulières contingentes

De par leur essence, rien ne pose ou n’exclut nécessairement leur existence.

Choses singulières possibles

Nous ne savons pas si des causes sont déterminées à les produire.

Sentiments

Contraires : de même genre, entraînent par accident l’homme en sens opposé (gourmandise, avarice, espèces de l’amour).

Envers une chose future, présente ou passée (Cf. livre III, proposition XVIII, scolies I et II).

Appétit

Fin pour laquelle nous faisons quelque chose.

Vertu et puissance

Sont une même chose. Vertu : essence de l’homme, “pouvoir de faire”.

Axiome

Il y a toujours une chose plus puissante qui peut détruire une chose singulière.

Propositions

I. Rien de ce qu’une idée fausse a de positif n’est supprimé par la présence du vrai.

II. Nous sommes passifs parce que nous sommes une partie de la Nature qui ne peut être conçue par soi, sans les autres parties (nous ne sommes qu’une cause partielle).

III. La force par laquelle l’homme persévère dans l’existence est limitée et surpassée par les causes extérieures.

IV. Il est impossible que l’homme ne soit pas une partie de la Nature ; il subit les changements selon sa nature et dont il est la cause adéquate.

La puissance qui permet aux choses singulières, et par conséquent à l’homme, de conserver leur être, est la puissance même de Dieu, c’est-à-dire la Nature (…).

V. La force de l’accroissement d’une passion et sa persévérance à exister sont définis par la puissance d’une cause extérieure.

VI. La force d’une passion peut l’emporter sur les autres actions de l’homme.

VII. Un sentiment ne peut être contrarié ou supprimé que par un sentiment contraire et plus fort que lui.

Seule la passion peut vaincre la passion. (…) Si l’on hait quelqu’un, il faudra, au lieu de rejeter ce mauvais sentiment au nom d’une morale triste fondée sur l’autoflagellation, vaincre cette passion triste par un amour plus puissant que la haine. Philosophes – Les grandes pensées expliquées simplement, DK – Ed. Prisma Media.

VIII. La connaissance du bon et du mauvais est un sentiment conscient de joie ou de tristesse.

IX. Un sentiment est plus fort si nous imaginons sa cause présente. L’image d’une chose future ou passée est plus faible.

X. Nous sommes plus affectés par l’imagination d’une chose devant arriver prochainement ou par une chose récemment passée;

XI. Un sentiment envers une chose nécessaire est plus vif qu’envers une chose possible ou contingente.

XII. Un sentiment envers une chose n’existant pas présentement, mais possible est plus vif qu’envers une chose contingente.

XIII. Un sentiment envers une chose contingente n’existant pas présentement est plus atténué qu’envers une chose passée.

XIV. La connaissance vraie du bon et du mauvais ne peut contrarier aucun sentiment, sauf à être considérée comme un sentiment.

C’est seulement si la connaissance vraie de ce qui est bon pour nous, donc vraiment utile, est en elle-même une affection plus forte que l’affection à réduire, qu’elle a un rôle à jouer. Quand je sais qu’être altruiste est bon pour moi (au lieu d’être un devoir imposé par mon institution ou des maximes abstraites), je peux réduire mon égoïsme. Philosophes – Les grandes pensées expliquées simplement, Op. cit.

XV. Le désir né de la connaissance vraie du bon et du mauvais peut être contrarié par d’autres désirs nés des sentiments qui nous dominent.

XVI. Le désir né de la connaissance vraie du bon et du mauvais, relative à l’avenir, peut être contrarié par le désir de choses présentement agréables.

XVII. Le désir né de la connaissance vraie du bon et du mauvais concernant les choses contingentes peut être contrarié par le désir des choses présentes.

Les choses les plus agréables sont plus désirées que les choses les meilleures : le plaisir immédiat l’emporte sur les décisions sages. Philosophes – Les grandes pensées expliquées simplement, Op. cit.

Citations dans le texte de Spinoza :

Je vois le meilleur et je l’approuve, je fais le pire. Ovide, Métamorphoses, VII, 20.

Qui augmente sa science, augmente sa douleur. Ecclésiaste, I, 18.

XVIII. Le désir né de la joie est plus fort que celui né de la tristesse.

Scolie – 1° Fondement de la vertu : effort pour conserver son être propre ; bonheur = pouvoir conserver son être.

2° La vertu doit être désirée pour elle-même, il n’y a rien qui nous soit plus utile.

3° “Ceux qui se donnent la mort ont l’âme impuissante et sont entièrement vaincus par des causes extérieures (…) contraires à leur propre nature”. (Voir la notion du suicide chez Camus dans Le mythe de Sisyphe).

(…) les hommes qui cherchent sous la conduite de la Raison ce qui leur est utile, ne désirent rien pour eux-mêmes qu’ils ne désirent pour les autres hommes, et par conséquent sont justes, de bonne foi et honnêtes. (à comparer avec l’impératif catégorique de Kant dans les Fondements de la métaphysique des mœurs).

XIX. Chacun, selon les lois de sa nature, désire nécessairement ce qu’il juge être bon ou mauvais, ou éprouve de l’aversion pour lui.

XX. Plus on s’efforce à chercher ce qui est utile [à conserver son être], plus on est doué de vertu. Inversement, plus on néglige ce qui est utile, plus on est impuissant.

XXI. Personne ne peut désirer être heureux, bien agir et bien vivre, qu’il ne désire en même temps être, agir et vivre, c’est-à-dire exister en acte.

XXII. Nulle vertu ne peut être conçue comme antérieure à celle de l’effort pour se conserver, premier et unique fondement de la vertu.

XXIII. L’homme agit par vertu s’il est déterminé par le fait qu’il comprend [qu’il est actif, voir livre III, définition actif/passif).

XXIV. Agir par vertu n’est rien d’autre qu’agir, vivre, conserver son être sous la conduite de la Raison, selon les lois de sa propre nature.

XXV. Personne ne s’efforce de persévérer dans son être à cause d’une autre chose que sa seule essence.

XXVI. Tout ce à quoi nous nous efforçons selon la Raison n’est rien d’autre que comprendre.

XXVII. Nous ne savons avec certitude rien qui soit bon ou mauvais, mais ce qui conduit à comprendre ou ce qui empêche de comprendre.

XXVIII. Le Souverain Bien de l’esprit est la connaissance de Dieu, la souveraine vertu de l’esprit est de connaître Dieu.

XXIX. Aucune chose ne peut être bonne ou mauvaise pour nous, à moins qu’elle n’ait quelque chose de commun avec nous.

XXX. Nulle chose ne peut être mauvaise par ce qu’elle a de commun avec notre nature ; à l’inverse, elle est mauvaise si elle nous est contraire.

XXXI. Une chose qui s’accorde avec notre nature est nécessairement bonne. Plus elle s’accorde, plus elle est utile ou meilleure pour nous.

XXXII. Dans la mesure où les hommes sont soumis aux passions, on ne peut pas dire qu’ils s’accordent par nature.

Scolie –

(…) celui qui dit que le blanc et le noir s’accordent seulement en ce que ni l’un ni l’autre n’est rouge, affirme, absolument parlant, que le blanc et le noir ne s’accordent en rien.

XXXIII. Les hommes diffèrent quand ils sont dominés par des passions ; un seul et même homme, dominé par ses passions, est divers et inconstant.

XXXIV. Les hommes dominés par des passions s’opposent les uns aux autres.

XXXV. Les hommes vivant sous la conduite de la Raison s’accordent nécessairement.

Scolie –

(…) il est rare que les hommes vivent sous la conduite de la Raison ; mais c’est ainsi : la plupart se jalousent et sont insupportables les uns aux autres. Néanmoins, ils ne peuvent guère mener une vie solitaire, de sorte que la plupart se plaisent à la définition que l’homme est un animal politique ; et, de fait, les choses sont telles que, de la société commune des hommes, on peut tirer beaucoup plus d’avantages que d’inconvénients.

XXXVI. Le souverain bien de ceux qui pratiquent la vertu est commun à tous, et tous peuvent également y trouver leur joie.

XXXVII. Le bien que quiconque pratique la vertu désire pour lui-même, il le désirera aussi pour les autres, d’autant plus qu’il a une connaissance de Dieu.

Scolie – Moralité : désir de bien faire, venant d’une vie sous la conduite de la Raison.

(…) les hommes ont sur les bêtes un droit beaucoup plus grand que celles-ci sur les hommes. Et pourtant je ne nie pas que les bêtes aient conscience ; mais je nie qu’il soit pour cela interdit de penser à notre utilité, et de nous servir des bêtes à notre guise et de les traiter selon qu’il nous convient le mieux, puisqu’elles ne s’accordent pas avec nous par nature et que leurs sentiments sont, par nature, différents des sentiments humains.

Scolie II –

État de nature État de société de l’homme
L’homme obéit à lui-même

=> Pas de notion de faute

Chacun est tenu d’obéir à l’état

=> Faute, punition ou mérite

Tout est à tous

=> Pas de notion de justice ou d’injustice

Propriété

=> Juste, injuste

(Voir aussi la notion de faute, de châtiment, dans Nietzsche, Généalogie de la morale).

XXXVIII. L’aptitude du corps à être affecté ou à affecter des corps extérieurs de plusieurs façons est utile ; est nuisible ce qui diminue cette aptitude.

XXXIX. Ce qui conserve le rapport mouvement/repos des parties du corps est bon.

XL. Ce qui fait que les hommes vivent en concorde en société est utile.

XLI. La joie n’est pas directement mauvaise mais bonne ; la tristesse est directement bonne.

XLII. La gaieté ne peut être excessive et est toujours bonne ; la mélancolie est toujours mauvaise.

XLIII. Le plaisir peut être excessif et mauvais ; la douleur peut être bonne dans la mesure où la sensation est agréable et mauvaise (elle empêche l’excès).

XLIV. Amour et désir peuvent être excessifs (avarice, ambition, désir sexuel…).

XLV. La haine envers les hommes ne peut jamais être bonne.

XLVI. Qui vit sous la conduite de la Raison compense la haine, la colère, le mépris d’un autre envers lui, par l’amour, la générosité.

Qui veut venger l’offense en rendant la haine, vit à coup sûr malheureux. Qui, au contraire, s’applique à vaincre la haine par l’amour, combat joyeux et assuré, résiste aussi facilement à un seul homme qu’à plusieurs et a besoin du minimum de secours de la fortune.

XLVII. Espoir et crainte ne peuvent être bons pour eux-mêmes (ils sont la marque d’un manque de connaissance).

XLVIII. Surestime et mésestime sont toujours mauvaises.

XLIX. La surestime rend orgueilleux l’homme surestimé.

L. La pitié est mauvaise et inutile chez l’homme qui vit sous la conduite de la Raison.

(…) toutes choses suivent de la nécessité de la nature divine et arrivent selon les lois et les règles éternelles de la Nature.

LI. La faveur n’est pas contraire à la Raison mais peut s’accorder avec elle et en naître.

LII. La satisfaction intérieure née de la Raison est la plus grande.

LIII. L’humilité n’est pas une vertu (elle ne naît pas de la Raison).

LIV. Le repentir n’est pas une vertu.

LV. Le suprême orgueil ou la suprême dépréciation de soi sont la suprême ignorance de soi.

LVI. Le suprême orgueil ou la suprême dépréciation de soi sont le signe de la suprême impuissance de l’âme.

LVII. L’orgueilleux aime la présence des parasites et des flatteurs, il hait celle des âmes généreuses.

Scolie –

C’est une consolation pour les malheureux d’avoir des compagnons de leurs maux.

LVIII. La gloire n’est pas contraire à la Raison mais peut en naître.

LIX. Toutes les actions déterminées par une passion peuvent être déterminées par la Raison.

LX. Le désir né de la joie/tristesse se rapportant à des parties du corps ne concerne pas l’utilité du corps tout entier.

LXI. Le désir né de la Raison ne peut être excessif.

LXII. L’esprit commandé par la Raison est affecté de même façon par l’idée d’une chose future, passée ou présente.

Scolie –

(…) la connaissance vraie que nous avons du bien et du mal n’est qu’abstraite ou universelle, et (…) le jugement que nous portons sur l’ordre des choses et la liaison des causes, pour pouvoir déterminer ce qui nous est bon ou mauvais dans le présent, est plutôt imaginaire que réel.

LXIII. Qui est conduit par la crainte et fait le bien pour éviter le mal n’est pas conduit par la Raison.

Corollaire et scolie –

Par le désir qui naît de la Raison, nous poursuivons le bien directement et nous fuyons le mal indirectement. (…) Ce corollaire s’explique par l’exemple du malade et du bien portant. Le malade, par peur de la mort, avale ce qui lui déplaît, le bien portant au contraire prend plaisir à la nourriture et jouit ainsi de la vie mieux que s’il craignait la mort et désirait l’éviter directement.

(Voir aussi Nietzsche, Généalogie de la morale).

LXIV. La connaissance du mal est une connaissance inadéquate.

(…) si l’esprit humain n’avait que des idées adéquates, il ne formerait aucune notion du mal.

LXV. Sous la conduite de la Raison, nous recherchons de deux biens le plus grand, et de deux maux le moindre.

Un bien qui nous empêche de jouir d’un plus grand bien est en réalité un mal.

LXVI. Sous la conduite de la Raison, nous désirerons un plus grand bien futur qu’un moindre bien présent (inversement, un moindre mal présent qu’un plus grand mal futur).

LXVII. L’homme libre ne pense à rien moins qu’à la mort, et sa sagesse est une méditation non de la mort, mais de la vie.

(Voir le chapitre “Philosopher c’est apprendre à mourir”, dans Une “vie accomplie” – Aider à mourir quand la vie n’a plus de sens ?).

LXVIII. Si les hommes naissaient libres, ils ne formeraient aucun concept du bien et du mal, aussi longtemps qu’ils seraient libres.

J’ai dit qu’est libre celui qui est conduit par la Raison seule. C’est pourquoi celui qui naît libre, et demeure libre, n’a que des idées adéquates ; et par suite il n’a aucun concept du mal et par conséquent (…) de bien non plus.

Analyse de l’histoire du premier homme par Moïse : perte de la liberté, recouvrée par l’idée de Dieu.

LXIX. La vertu de l’homme libre se révèle également grande à éviter les dangers qu’à les surmonter.

(…) chez l’homme libre, la fuite délibérée et opportune doit être regardée comme exigeant une fermeté aussi grande que le combat.

LXX. L’homme libre qui vit parmi les ignorants s’applique autant qu’il le peut à éviter leurs bienfaits.

LXXI. Seuls les hommes libres sont très reconnaissants les uns envers les autres.

LXXII. L’homme conduit par la Raison est plus libre dans l’état où il vit selon le décret commun, que la solitude où il n’obéit qu’à lui seul (Cf. proposition XXXVII, scolie II).

Appendice

Synthèse de l’exposé des propositions, sur la “droite manière de vivre”, “dans une vision d’ensemble”.

I. Conatus = efforts = désirs => nécessité de notre nature comme cause prochaine.

II. Désirs naturels : idées adéquates de l’esprit, actions, puissance. Désirs autres : idées inadéquates, impuissance, connaissance mutilée.

III. Actions/Désirs définis par la Raison : toujours bons ; autres : toujours mauvais.

IV. Béatitude : parfaire l’entendement (la Raison), comprendre Dieu et ses attributs.

V. Pas de vie raisonnable sans intelligence ; les choses sont bonnes si elles aident l’homme à jouir de la vie l’esprit.

VI. Tout ce dont l’homme, partie de la Nature totale, est la cause efficiente est nécessairement bon ; ce qui est mauvais vient de causes extérieures.

VII. L’homme, partie de la Nature, en suit l’ordre commun, favorisé par des individus qui s’accordent avec sa nature, et inversement.

VIII. Nous pouvons écarter de nous ce que nous jugeons mauvais dans la Nature, et nous emparer de ce que nous jugeons être bon, qui contribue à notre utilité.

IX. Il n’est rien de plus utile à l’homme pour conserver son être que l’homme conduit par la Raison.

X. Les hommes entraînés par l’envie ou la haine s’opposent les uns aux autres et sont d’autant plus à craindre qu’ils ont plus de pouvoir que les autres individus de la Nature.

XI. Les âmes ne sont pas vaincues par les armes, mais par l’amour et la générosité.

XII. Il est avant tout utile aux hommes de nouer des relations entre eux pour constituer un seul tout.

XIII. Il faut pour cela (Cf. XII) habileté et vigilance, pour les supporter tous.

XIV. Il vaut mieux supporter les injustices des hommes gouvernés par leurs penchants, d’une âme égale, et tenter de gagner la concorde et l’amitié.

XV. La concorde naît de la justice, de l’équité, de l’honnêteté, de l’amour de la religion et de la moralité.

XVI. La concorde a d’ordinaire pour origine la crainte.

XVII. Le soin des pauvres incombe à l’ensemble de la société (utilité commune).

XVIII. Il faut une prudence particulière pour accepter des bienfaits et témoigner de la reconnaissance.

XIX. Tout amour qui reconnaît une autre cause que la liberté de l’âme se change facilement en haine.

XX. Le mariage s’accorde avec la Raison si le désir de l’amour n’a pas pour origine la seule “forme belle”.

XXI. La flatterie fait naître la concorde viciée par la servitude ou la mauvaise foi.

XXII. Il y a une fausse apparence de moralité et de religion dans la dépréciation de soi.

XXIII. La honte contribue à la concorde dans les choses qui ne peuvent se cacher.

XXIX. La tristesse, l’indignation envers les hommes s’opposent à la justice, à l’équité, à l’honnêteté, à la moralité, à la religion.

XXV. La modestie – désir de plaire aux hommes déterminé par la Raison – se rapporte à la moralité. Si elle naît d’un sentiment, elle est l’ambition.

XXVI. En dehors des hommes, ce qui nous est utile dans la Nature peut être conservé, détruit ou adapté.

XXVII. Utilité des choses extérieures : conservation du corps (s’alimenter).

XXVIII. On ne peut guère imaginer de joie liée à l’idée de l’argent conçue comme cause (moyen de se procurer des choses).

XXIX. C’est un vice de rechercher l’argent, non par nécessité ou par besoin, mais pour s’enrichir et s’en montrer fier.

Quant à ceux qui savent le vrai usage de l’argent et qui règlent leur richesse sur la seule nécessité, ils vivent contents de peu.

XXX. Toutes les choses qui apportent de la joie sont bonnes, mais l’action des choses n’a pas pour fin de nous affecter de joie et leur puissance d’agir ne se règle pas sur notre utilité.

XXXI. Plus grande est la joie dont nous sommes affectés, plus grande est la perfection vers laquelle nous nous élevons, et par conséquent, plus nous participons de la nature divine.

XXXII. La puissance humaine est limitée et infiniment surpassée par celle des causes extérieures.

Cependant les choses qui nous arrivent et sont contraires à ce que demande la raison de notre utilité, nous les supporterons d’une âme égale si nous prenons conscience que nous avons rempli notre fonction, que la puissance que nous possédons ne pouvait pas s’étendre assez loin pour les éviter. Si nous comprenons cela clairement et distinctement, cette partie de nous-même qui se définit par l’intelligence, c’est-à-dire la meilleure partie de nous–même, en sera pleinement satisfaite, et s’efforcera de persévérer dans cette satisfaction.

Bibliographie

Baruch Spinoza, L’Éthique, collection Folio Essais, Gallimard.

30 concepts incontournables – Les 30 plus grands philosophes, Questions philo.

L. Jaffro, M. Labrune, Gradus philosophique.

André Lalande, Vocabulaire technique et critique de la philosophie.

L.-M. Morfaux, Vocabulaire de la philosophie et des sciences humaines.

Philosophes – Les grandes pensées expliquées simplement, DK – Ed. Prisma Media, Ca m’intéresse.

Philosophie magazine – hors-série, Spinoza – Voir le monde autrement.

Voir aussi

Camus, Le mythe de Sisyphe

Conatus

Contingent/Nécessaire

Descartes , Le corps-machine

Le Manuel d’Épictète

Épicure, Lettre à Ménécée

Essence/Existence

Kant, Fondements de la métaphysique des mœurs

Idées

Imaginer/Concevoir

Libre arbitre

Monisme

Nietzsche, Généalogie de la morale

Passion

Spinoza, L’Éthique – Livre I – De Dieu

Spinoza, L’Éthique – Livre II – De la nature et de l’origine de l’esprit

Spinoza, L’Éthique – Livre III – De l’origine et la nature des sentiments

Spinoza, L’Éthique – Livre V – De la puissance de l’entendement ou de la liberté humaine

Une “vie accomplie” – Aider à mourir quand la vie n’a plus de sens ?

Volonté de puissance

 

Dsirmtcom, décembre 2018.

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4 réponses à “Fiche de lecture – Spinoza, L’Éthique – Livre IV – De la servitude humaine ou des forces de sentiments

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