Fiche de lecture – Spinoza, L’Éthique – Livre V – De la puissance de l’entendement ou de la liberté humaine

Philosophie – Fiches de lecture

Fiche de lecture n° 15

Eléments contextuels

Voir la fiche de lecture n° 11 : Spinoza, L’Éthique – Livre I – De Dieu.

L’ouvrage

Dates et structure

Écrit en 1663-1675, publié en 1677 après la mort de Spinoza.

Titre complet : L’Éthique démontrée selon la méthode géométrique et divisée en cinq parties où il est traité.

Conçu sous forme géométrique : définitions, axiomes, lemmes, propositions, démonstrations, scolies.

Axiomes : “principe évident et non démontrable” (Morfaux).

Lemme : proposition préliminaire utilisée pour la démonstration d’un théorème (Morfaux).

Postulat : proposition ni évidente ni démontrable que le géomètre demande d’admettre pour qu’il puisse construire son système hypothético-déductif ; toute position prise implicitement ou explicitement comme principe d’une argumentation (Morfaux).

Propositions, démonstrations et scolies (“remarques complémentaires suivant (…) une proposition”, cnrtl.fr).

Cinq parties : Dieu ; âme et corps ; passions ; règne des passions, puissance de la raison.

Éthique de la joie :

Par joie j’entendrai donc (…) une passion par laquelle l’âme passe à une perfection plus grande. Éthique, proposition XI, scolie.

Synthèse globale

Préface : Liberté de l’Esprit et Béatitude. Puissance de la Raison. La glande pinéale de Descartes. Volonté et liberté. Le remède aux sentiments : la seule connaissance de l’esprit et la béatitude.

Axiomes : Actions contraires. Effet et cause.

Propositions :

Agir sur nos passions (I-X).

Le juste rapport à Dieu (XIV-XIX).

L’amour intellectuel de Dieu (XXII-XXXVI).

Atteindre la béatitude (XLI-XLII).

Plan du texte, synthèse et extraits

Préface

 Voie qui conduit à la Liberté de l’Esprit, béatitude. Puissance de la Raison sur les sentiments : 

Par où nous verrons combien le sage est plus puissant que l’ignorant.

Critique de la glande pinéale de Descartes, « hypothèse plus occulte de toute qualité occulte ».

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La glande pinéale, Descartes – Source : Wikipedia

Petite éminence, en forme de pomme de pin, située entre les tubercules jumeaux du cerveau et un peu au-dessus, que Descartes considérait comme le centre où venaient aboutir les esprits animaux et le siège de l’âme, c’est-à-dire le lieu où s’opère la communication de l’âme avec le corps. L.-M. Morfaux, Vocabulaire de la philosophie et des sciences humaines.

(Voir sur l’union du corps et de l’âme, les notions de Dualisme et de Monisme dans le Carnet de Vocabulaire).

Atteindre la béatitude de l’esprit :

(…) la seule connaissance de l’esprit nous permettra de les déterminer [les remèdes aux sentiments], et d’en déduire tout ce qui concerne sa béatitude.

Axiomes

I. Des actions contraires dans le même sujet doivent changer jusqu’à cesser d’être contraires.

II. La puissance d’un effet se définit par la puissance de sa cause.

Propositions

I. Les affections du corps ou image des choses sont ordonnées et connectées dans le corps comme les pensées et les idées des choses le sont dans l’esprit.

II. Séparer un sentiment de la pensée d’une cause extérieure détruit l’amour ou la haine envers elle et les flottements de l’âme nés de ce sentiment.

III. Une passion cesse de l’être si nous en formons une idée claire et distincte.

La connaissance a un pouvoir sur les passions (…), connaissance et vie affective sont corrélées. Philosophes – Les grandes pensées expliquées simplement, DK – Ed. Prisma Media.

IV. Nous pouvons former un concept clair et distinct de toute affection du corps. Connaître chaque sentiment clairement et distinctement : l’associer à une idée adéquate (voir livre II, Définitions, IV), vraie, à la vertu.

V. Le sentiment envers une chose que nous imaginons libre est le plus grand.

VI. La puissance de l’esprit sur les sentiments est plus grand s’il comprend toutes les choses comme nécessaires, déterminées à exister (esprit actif – voir livre II, Définitions, III).

VII. Les sentiments nés de la Raison (portant sur les propriétés communes des choses) sont plus puissants que ceux qui se rapportent aux choses singulières absentes.

VIII. Plus un sentiment a de causes, plus il est fort.

IX. Un sentiment est moins sensible s’il a plusieurs causes différentes (l’esprit est moins passif).

X. Nous avons le pouvoir d’ordonner par l’entendement les affections du corps tant que nous ne sommes pas dominés par des sentiments contraires à notre nature.

Du coup, nous ne subissons pas d’affections mauvaises, puisque la chaîne rationnelle formée par les affections est par nature plus puissante que des affections plus faibles (les plus tristes). Il faut vivre en ayant toujours à l’esprit un « code de conduite » qui s’imprime dans notre mémoire et s’applique de plus en plus facilement. Philosophie magazine – hors-série, Spinoza – Voir le monde autrement.

XI. Plus une image se rapporte à plus de choses, à plus de causes, plus elle occupe l’esprit.

XII. Il est plus facile d’associer les images de choses qui se rapportent à celles que nous comprenons clairement et distinctement.

XIII. Une image associée à un plus grand nombre d’autres revit plus souvent.

XIV. L’esprit peut orienter toutes les images des choses vers l’idée de Dieu.

XV. Qui se comprend soi-même et comprend ses sentiments aime et connaît Dieu.

On connaît Dieu en s’étudiant soi-même. Philosophie magazine – hors-série, Spinoza – Voir le monde autrement.

XVI. L’amour de Dieu doit occuper l’esprit au plus haut degré.

XVII. Dieu est exempt de passions. Il n’aime ni ne hait personne.

XVIII. Personne ne peut haïr Dieu. Dieu, cause de toutes choses, n’est pas cause de tristesse : comprendre les causes de la tristesse pour qu’elle cesse d’être une passion et atteindre la joie.

XIX. Qui aime Dieu ne peut faire effort pour que Dieu l’aime à son tour.

L’amour de Dieu est d’autant plus beau qu’il est sans retour (…). C’est mieux ainsi, car on doit abandonner toutes les affections tristes liées au rêve d’être aimé par Dieu : flatterie, idolâtrie, fanatisme, ritualisme, jalousie, etc. Philosophie magazine – hors-série, Spinoza – Voir le monde autrement.

XX. L’amour de Dieu ne peut être souillé d’envie ou de jalousie : nous désirons que tous jouissent de l’amour de Dieu.

Scolie – La puissance de l’esprit sur les sentiments consiste dans :

  1. La connaissance des sentiments ;
  2. La séparation des sentiments par l’esprit de la pensée d’une cause extérieure ;
  3. Les affections se rapportant aux choses que nous comprenons, supérieures aux choses confuses ;
  4. La multitude des causes favorisant les affections se rapportant aux propriétés communes des choses ou à Dieu ;
  5. L’ordre et l’enchaînement des sentiments par l’esprit.

L’esprit est actif, les idées sont adéquates (voir livre II, Définitions III et IV).

XXI. L’esprit ne peut imaginer et se souvenir des choses passées que pendant la durée du corps.

XXII. Dieu a des idées qui sont éternelles, notamment celle des corps humains.

XXIII. L’esprit n’est pas détruit avec le corps, il en subsiste quelque chose d’éternel.

XXIV. Plus nous comprenons les choses singulières, plus nous comprenons Dieu.

XXV. Le plus haut degré de connaissance est le troisième genre de connaissance (voir livre II, XL, scolie).

Rappel sur les trois genres de connaissance (voir livre I, Eléments contextuels/Eléments de doctrine) :

  • Premier genre : connaissance sensible et par ouï-dire ;
  • Deuxième genre : connaissance démonstrative des propriétés des choses ;
  • Troisième genre : connaissance de l’essence des choses.

XXVI. Plus l’esprit est apte à comprendre par le troisième genre de connaissance, plus il désire comprendre par lui.

XXVII. La plus grande satisfaction de l’esprit naît du troisième genre de connaissance.

XXVIII. Le désir de connaître par le troisième genre de connaissance ne naît pas du premier genre mais du deuxième.

XXIX. L’esprit conçoit l’éternité parce qu’il conçoit l’essence éternelle du corps.

Scolie – Deux façons de concevoir les choses comme actuelles :

  • Elles existent en relation avec un certain temps ou un certain lieu ;
  • Elles sont contenues en Dieu (éternelles, vraies, réelles).

XXX. L’esprit qui se connaît lui-même et connaît le corps « sous l’espèce de l’éternité » connaît Dieu et sait qu’il est en Dieu et conçu par Dieu.

XXXI. Le troisième genre de connaissance dépend de l’esprit comme étant éternel.

Scolie –

(…) plus on est capable de ce genre de connaissance, plus on est conscient de soi-même et de Dieu, c’est-à-dire plus on est parfait et heureux.

XXXII. Tout ce que nous comprenons par le troisième genre de connaissance procure de la joie (idée de Dieu comme cause).

XXXIII. L’amour intellectuel de Dieu, né du troisième genre de connaissance, est éternel.

Si la joie consiste dans le passage à une perfection plus grande, alors la Béatitude doit être le fait que l’esprit est doué de la perfection même.

XXXIV. L’esprit n’est soumis aux passions que pendant la durée du corps.

Aucun amour, sauf l’amour intellectuel de Dieu, n’est éternel.

XXXV. Dieu s’aime lui-même d’un amour infini.

XXXVI. L’amour intellectuel de l’esprit envers Dieu est une partie de l’amour infini dont Dieu s’aime lui-même.

Ceci nous fait comprendre clairement en quoi consiste notre salut, autrement dit la Béatitude ou la Liberté dans l’amour de Dieu envers les hommes.

XXXVII. Rien dans la Nature ne peut supprimer cet amour intellectuel.

XXXVIII. Plus l’esprit comprend les choses par les deuxième et troisième genres de connaissances, moins il a des sentiments mauvais et moins il a peur de la mort.

XXXIX. Qui a un corps apte au plus grand nombre d’actions (qui est le moins dominé par les passions) a un esprit dont la plus grande partie est éternelle.

XL. Plus chaque chose a de perfection, plus elle agit, moins elle est passive ; inversement, plus elle agit, plus elle est parfaite, réelle.

Corollaire – La partie de l’esprit qui subsiste, éternelle, est plus parfaite que l’autre.

XLI. Même si nous ne savions pas que notre esprit est éternel, c’est la Moralité et la Religion (et la générosité et la fermeté) qui sont les premières des choses.

XLII.La Béatitude n’est pas la récompense de la vertu mais la vertu elle-même. C’est parce que nous éprouvons de la joie que nous pouvons réprimer nos penchants et pas l’inverse.

Si, il est vrai, la voie que je viens d’indiquer paraît très ardue, on peut cependant la trouver. Et cela certes doit être ardu, qui se trouvez rarement. Car comment serait-il possible, si le salut était là, à notre portée et qu’on pût le trouver sans peine, qu’il fût négligé par presque tous ? Mais tout ce qui est très précieux est aussi difficile que rare.

Bibliographie

Baruch Spinoza, L’Éthique, collection Folio Essais, Gallimard.

30 concepts incontournables – Les 30 plus grands philosophes, Questions philo.

L. Jaffro, M. Labrune, Gradus philosophique.

André Lalande, Vocabulaire technique et critique de la philosophie.

L.-M. Morfaux, Vocabulaire de la philosophie et des sciences humaines.

Philosophes – Les grandes pensées expliquées simplement, DK – Ed. Prisma Media, Ça m’intéresse.

Philosophie magazine – hors-série, Spinoza – Voir le monde autrement.

Voir aussi

Conatus

Contingent/Nécessaire

Descartes – La puissance de juger de l’esprit

Dualisme

Essence/Existence

Idées

Imaginer/Concevoir

La « Méthode » selon Descartes

Libre arbitre

Monisme

Nietzsche, Généalogie de la morale

Passion

Platon, Ménon – L’opinion droite

Platon, Phédon – Le corps prison de l’âme

Spinoza, L’Éthique – Livre I – De Dieu

Spinoza, L’Éthique – Livre II – De la nature et de l’origine de l’esprit

Spinoza, L’Éthique – Livre III – De l’origine et la nature des sentiments

Spinoza, L’Éthique – Livre IV – De la servitude humaine ou des forces de sentiments

Volonté de puissance

Dsirmtcom, décembre 2018.

5 réponses à “Fiche de lecture – Spinoza, L’Éthique – Livre V – De la puissance de l’entendement ou de la liberté humaine

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