Bac Philo – Le Sujet – Fiche n° 2. Les notions de sujet

Source : Wikipedia

Les leçons de Philosophie – Bac Philo – Partie I. Le Sujet – Fiche n° 2. Les notions de sujet

Fiche n° 2 – Les notions de sujet

Le sujet politique

Forme légale : le sujet – le citoyen – est soumis à l’autorité de l’État, à son pouvoir légitimé par des lois “État de Droit”.

Forme tyrannique, despotique : le sujet est dans la servitude, c’est le règne de l’arbitraire, les droits sont bafoués.

Philosophique politique : comment fonctionne le pouvoir ? Quels en sont les effets sur les sujets ?

Le sujet grammatical

Le sujet (…) est “ce dont on parle” ; le reste de la proposition (verbe + attributs ou compléments) est “ce qu’on en dit”, et qu’on appelle le prédicat. Plus traditionnellement, on dit que le sujet (…) représente l’être ou la chose qui fait ou qui subit l’action, ou qui se trouve dans l’état exprimé par le verbe. Hamon A., Analyse grammaticale et logique.

Deux types d’énoncés :

  • Verbe d’action : “Socrate boit la ciguë” ;
  • Verbe d’état : “Socrate est un philosophe grec”, énoncé attributif.

Distinction du sujet (l’être, la chose, la substance, le substrat ; ce qui a une identité permanente) et de ses attributs (ce qui change ; voir plus loin l’exemple du morceau de cire de Descartes).

Philosophie du langage : réflexion sur le langage, son usage parlé et écrit (linguistique), et critique du langage :

Mais qu’est-ce que comprendre un message linguistique ? Qu’est-ce que le sens d’un mot ou d’une phrase ? Qu’est-ce que saisir une signification ? Ludwig P. Le Langage, Corpus, GF Flammarion.

Le sujet philosophique

Deux problématiques : le sujet-substance [Ce qui est], la subjectivité [Ce que “Je” suis].

La substance d’Aristote

L’être se dit en plusieurs sens (…). En effet, il signifie d’une part le ce que c’est (…), d’autre part la qualité ou la quantité ou chacun des autres prédicats de cette sorte. Or, puisque l’être se dit en autant de sens, il est manifeste que, parmi ces sens, le premier être est le ce que c’est, qui précisément signifie la substance (car chaque fois que nous énonçons que ceci est de telle qualité, nous disons que c’est bon ou mauvais, mais non que c’est long de trois coudées ni que c’est un humain ; chaque fois, en revanche, que nous énonçons ce que c’est, nous ne disons pas que c’est blanc ou chaud ou long de trois coudées, mais que c’est un humain ou un dieu). Aristote, Métaphysique, Z, 1028a, 10-15.

Dans la proposition prédicative, A (sujet) est B (prédicat ou attribut) :

  • L’accident désigne le prédicat du sujet : Socrate est assis ;
  • Ce qui est sujet mais qui n’est jamais prédicat est la substance : Socrate est Socrate.

Pour Aristote, le sujet, en grec hypokeimenon, “le sous-jacent” (A. Renaut), est ce qui subsiste toujours en-deçà de ses déterminations accidentelles ou attributs : la substance, ou substrat (la substance qui sert de support aux accidents ou attributs ; Morfaux).

Le terme “accident” s’oppose à essence ou substance : c’est ce qui existe dans une chose mais pas en soi-même. Pour illustrer ces variations, ces “accidents” qui ne modifient pas la substance, Descartes nous donne l’exemple de la couleur ou de la forme de la cire qui varient selon que celle-ci est chaude ou froide, mais ne change aucunement ce qu’est la cire, son essence.

Prenons pour exemple ce morceau de cire qui vient d’être tiré de la ruche : il n’a pas encore perdu la douceur du miel qu’il contenait, il retient encore quelque chose de l’odeur des fleurs dont il a été recueilli ; sa couleur, sa figure, sa grandeur, sont apparentes ; il est dur, il est froid, on le touche, et si vous le frappez, il rendra quelque son. (…) Mais voici que, cependant que je parle, on l’approche du feu : ce qui y restait de saveur s’exhale, l’odeur s’évanouit, sa couleur se change, sa figure se perd, sa grandeur augmente, il devient liquide, il s’échauffe, à peine peut-on le toucher, et quoiqu’on le frappe, il ne rendra plus aucun son. La même cire demeure-t-elle après ce changement ? Il faut avouer qu’elle demeure ; et personne ne le peut nier. Descartes, Méditations métaphysiques, II.

Le sujet “cire” est la substance qui subsiste toujours, malgré les changements de ses attributs (malléabilité, température, forme…). Bien que ses états se modifient, la cire reste de la cire.

Du substrat d’Aristote à la “chose qui pense” de Descartes

Dans sa recherche pour “établir quelque chose de ferme et de constant dans les sciences” (Méditations métaphysiques, I), Descartes se détache des attributs du corps et surtout de ses sens : ceux-ci lui sont apparus trompeurs, notamment lorsqu’il décrit la cire selon eux (forme, odeur, chaleur… Il parvient à une première vérité : il est une “chose pensante”.

Passons donc aux attributs de l’âme, et voyons s’il y en a quelques-uns qui soient en moi. Les premiers sont de me nourrir et de marcher ; mais s’il est vrai que je n’ai point de corps, il est vrai aussi que je ne puis marcher ni me nourrir. Un autre est de sentir ; mais on ne peut aussi sentir sans le corps : outre que j’ai pensé sentir autrefois plusieurs choses pendant le sommeil, que j’ai reconnu à mon réveil n’avoir point en effet senties. Un autre est de penser ; et je trouve ici que la pensée est un attribut qui m’appartient. Elle seule ne peut être détachée de moi. Je suis, j’existe : cela est certain ; mais combien de temps ? A savoir, autant de temps que je pense ; car peut-être pourrait-il se faire, si je cessais de penser, que je cesserais en même temps d’être ou d’exister. Je n’admets maintenant rien qui ne soit nécessairement vrai : je ne suis donc, précisément parlant, qu’une chose qui pense, c’est-à-dire un esprit, un entendement ou une raison. Descartes, Méditations métaphysiques, II.

Il y a déplacement du sujet-substance d’Aristote vers le “Je” pensant de Descartes, qui préfigure la conscience du “Moi”. Descartes répond à la question “Qu’est-ce que l’homme ?” (pour Kant, cette dernière question rassemble toutes les questions de la philosophie).

Mais qu’est-ce donc que je suis ? Une chose qui pense. Qu’est-ce qu’une chose qui pense ? C’est-à-dire une chose qui doute, qui conçoit, qui affirme, qui nie, qui veut, qui ne veut pas, qui imagine aussi, et qui sent. Descartes, Ibid.

Descartes répond en exposant les attributs du “Je” : douter, concevoir, affirmer, nier, vouloir ou non, imaginer. Il dit ce qu’est l’homme, mais pas qui est l’homme, ni qui est le “Moi”.

Pascal, contemporain de Descartes, évoque ce “Moi” dans un texte qui débute par cette interrogation : “Qu’est-ce que le “moi” ?”, Pensées). Mais il ne le voit ni dans l’âme, ni dans le corps. Le “Moi” tend à n’être qu’une apparence périssable (la beauté, les qualités de jugement…). Le “Moi” est haïssable, car il n’est, pour Pascal, que le signe de l’égocentrisme humain : c’est l’exemple actuel de la prédominance des “selfies”, autoportraits diffusés pour satisfaire un amour de soi porté parfois à l’excès (voir l’article En six ans, 259 personnes sont mortes en prenant un selfie).

La notion moderne du “Moi” apparaît, selon Alain Renaut, en 1710 avec Leibniz. Celui-ci évoque la disposition d’agir de l’âme a subjecto, à partir du sujet. Le sujet acquiert la subjectivité, avec la capacité à être conscient de lui-même (conscience de soi) et du monde (conscience d’objet). Cette notion du “Moi” est évoquée par Leibniz quelques années plus tôt :

(…) moi, qui suis le sujet (…). Ce n’est pas assez pour entendre ce que c’est que moi, que je me sente une substance qui pense, il faudrait concevoir distinctement ce qui me discerne de tous les autres esprits possibles. Leibniz, Correspondance de Leibniz et d’Arnauld.

Il faut donc aller plus loin que le concept de “Je”/Chose qui pense, pour tenter de répondre à la question “Qui suis-je ?”.

Le sujet philosophique moderne

Le subjectum, à partir de là, devient le nom qui dénomme autant le sujet dans la relation sujet-objet que dans la relation sujet-prédicat. Heidegger, Nietzsche.

Dans la philosophie moderne, le “Moi” devient le fondement des vérités théoriques (scientifiques) et pratiques (morales). La question devient : comment et jusqu’où les dimensions de la vérité et du sens entrent dans le monde, à partir de l’homme lui-même, et pour l’homme ?

En bref/L’essentiel

Les différents sens du terme “Sujet” :

  • Politique : le sujet “soumis” à l’autorité de l’Etat ;
  • Grammatical : sujet et prédicat ;
  • Philosophique : substance et subjectivité.

Thème et notions connexes

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Le Sujet La Conscience

La Perception

L’Inconscient

Autrui

Le Désir

L’Existence et le Temps

1. Le Sujet – De quoi parlons-nous ?

2. Les notions de sujet

3.a. Métaphysique de la subjectivité

3.b. Le sujet dans la philosophie contemporaine

4. Le Sujet – Bibliographie

Voir aussi

Les différents articles du site.

Les Fiches de lecture.

Le Carnet de Vocabulaire Philosophique.

Les Citations.

La Grande Bibliothèque Virtuelle de la Philosophie.

 

Dsirmtcom, janvier 2019.

4 réponses à “Bac Philo – Le Sujet – Fiche n° 2. Les notions de sujet

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