Fiche de lecture – Platon, Le Banquet ou De l’Amour

Philosophie – Fiches de lecture

Fiche de lecture n° 18

Eléments contextuels

Platon (427-347 av. J.-C.) premier philosophe dont nous disposons des œuvres considérées comme complètes. Fondateur de l’Académie, dont la devise est “Nul n’entre ici s’il n’est géomètre”. Disciple de Socrate, dont il a retranscrit les dialogues.

Le Banquet est une oeuvre de la période de transition (390-385 av. J.-C.). Le titre en grec est Συμποσίον, “Symposion”, d’où dérive le terme “symposium” dont voici la définition :

Seconde partie d’un repas, correspondant aujourd’hui au dessert, pendant laquelle un groupe restreint de convives buvaient et discouraient sur un sujet. cnrtl.fr

Il s’agit d’un souper donné par Agathon, où les convives vont discourir sur le thème de l’Amour, Éros en grec.

Les personnages du Banquet sont :

  • Apollodore, personnage cité dans le Phédon, présent au dernier jour de Socrate ; c’est lui va faire le “récit du récit” du Banquet, à Glaucon, un de ses amis (voir le Prologue ;
  • Socrate ;
  • Aristodème, disciple de Socrate ;
  • Agathon, jeune poète, chez qui se déroule la banquet ;
  • Eryximaque, médecin ;
  • Phèdre, jeune athénien, qui figure dans le dialogue éponyme ;
  • Pausanias, amant d’Agathon ;
  • Aristophane, poète comique ;
  • Alcibiade, amoureux de Socrate.

Synthèse globale

Synthèse

Le Banquet est le récit d’un souper ayant eu lieu chez Agathon, poète et acteur. Il réunit Socrate et plusieurs autres personnages, qui vont discourir sur le thème du dieu Amour (Éros). Aristophane, poète comique, va raconter l’évolution de l’humanité, depuis l’état primitif où hommes et femmes ne faisaient qu’un, sous la forme de sphères, jusqu’à leur séparation par Zeus. Socrate va montrer que l’amour ou désir est l’envie de quelque chose que l’on ne possède pas ou dont on est dépourvu. Il va aussi montrer que le désir est désir de l’immortalité, et au final du Beau absolu. La connaissance de ce Beau absolu – l’Idée du Beau dans la théorie de Platon -, ne peut être atteinte qu’au terme d’une longue initiation, semblable à l’ascension du prisonnier hors de la Caverne, dans l’allégorie du même nom. Dans la troisième partie, Alcibiade, amoureux éconduit de Socrate, va en faire l’éloge, qui ne sera pas sans rappeler les motifs d’accusation de Socrate lors de son procès (corruption de la jeunesse, nouvelles divinités).

Notes de l’édition de la Pléiade

Le thème dominateur des cinq premiers éloges est la conception, mi-admise, mi-réprouvée, de l’amour masculin. Tous visent à le justifier à des points de vue divers, et même en le déguisant, comme le fera Pausanias, sous des intentions moralisatrices. Avec Socrate au contraire, cet amour est totalement épuré de ses motifs sensuels et transposé, sans équivoque, sur le plan éducatif et spirituel. Note de l’édition de la Pléiade, p. 1352.

La place attribuée à Alcibiade dans [la] troisième partie s’explique par la nécessité où s’est trouvé Platon, dans une sorte de nouvelle Apologie, de défendre défendre la mémoire de son maître contre l’acte d’accusation posthume, fictivement dressé sous le nom d’Anytos, par le rhéteur Polycrate. Socrate y était rendu responsable par son influence prétendue sur Alcibiade, de tous les méfaits de celui-ci (…). Il s’agit donc de montrer que, tout au contraire, Alcibiade s’est dérobé à l’influence de Socrate tentait d’exercer sur lui et qui en aurait fait un autre homme. Note de l’édition de la Pléiade, p. 1364.

Note : Anytos est un des accusateurs au procès de Socrate (voir la fiche de lecture Platon, Apologie de Socrate.

Plan du texte, synthèse et extraits

Note : la pagination renvoie à l’édition des œuvres complètes de Platon, parue chez La Pléiade.

Introduction au dialogue raconté

Apollodore est interpellé par un de ses amis qui veut être renseigné sur “la réunion d’Agathon, de Socrate et d’Alcibiade” et les discours prononcés à ce souper sur l’Amour. Apollodore en a eu le récit par Aristodème, disciple de Socrate qui a assisté au banquet. Apollodore va faire le “récit de ce récit” à son ami.

Prologue

Aristodème rencontre Socrate qui s’est fait beau ( il est “bien lavé” et porte “des sandales au pied, choses qui chez lui n’arrivaient que rarement”) et lui demande où il va ainsi élégamment habillé (Diogène Laërce, II, 28).

“Au souper chez Agathon (…). Hier en effet, à l’occasion de sa fête de victoire, je me suis dérobé à être près de lui, par crainte de la foule ; mais, pour aujourd’hui, je lui ai promis d’être là. Voilà pourquoi je me suis donné quelque embellissement, afin d’être beau puisque c’est chez un beau garçon que je vais. 174 a, p. 695.

Socrate invite Aristodème à venir avec lui. En chemin, Socrate, pris par ses pensées, s laisse distancer par Aristodème, qui parvient à la demeure d’Agathon. Socrate reste en plan sous le porche des voisins d’Agathon.

Socrate au souper d’Agathon

Socrate arrive au souper d’Agathon “pas avec un retard aussi considérable qu’ordinaire, et pourtant à peu près à la moitié de notre souper”. Agathon invite Socrate à s’installer près de lui, pour qu’il se régale de sa sagesse.

Quelle bonne affaire ce serait Agathon, dit Socrate en s’asseyant, si la sagesse était chose de telle sorte que de celui de nous qui est plus plein elle coulât dans celui qui est plus vide. 175 d, p. 697.

C’est Dionysos qui servira de juge de la sagesse de chacun :

Dionysos (Bacchus), patron et juge des concours dramatiques, a le même rôle par rapport à une émulation qui oppose des buveurs. Ce sont des “cantiques” en son honneur qu’on va chanter tout à l’heure. Note de l’édition de la Pléiade, p. 1350.  

La règle du banquet

Les libations sont faites, les chants sont entonnés en l’honneur du Dieu ainsi que d’autres pratiques consacrées. Sur la question de boire, il est convenu par les convives “de ne pas consacrer leur présente réunion à s’enivrer, mais de ne boire que juste pour l’agrément.”

Son programme

Eryximaque donne congé à la joueuse de flûte présente au banquet. Il faut déterminer le sujet sur lequel discourir lors de cette réunion : ce sera l’éloge de l’Amour, que chacun prononcera à son tour, dans un ordre “allant vers la droite”, en commençant par Phèdre.

I. Première partie

1. Discours de Phèdre

Le premier discours est prononcé par Phèdre.

“Amour est, chez les hommes comme chez les Dieux, une grande et merveilleuse divinité (…)n entre les Dieux, le plus ancien (…) Amour est sans parents. (…) d’après Hésiode, la première naissance a été celle de Chaos ; puis Terre aux larges flancs, assis sûre et offerte à tous les vivants, et Amour. 178 b, p. 701.

Pour Phèdre, aucun bien ne surpasse celui d’avoir “un amant de mérite” ou “un bien-aimé qui mérite son amour.” C’est le principe directeur d’une belle vie :

C’est qu’aux vilaines actions aille la honte et qu’à en faire de belles on mette son point d’honneur ; car, sans ce double sentiment, il n’est possible, ni à un État, ni à un particulier, d’être ouvriers d’aucune grande et belle oeuvre. 178 d, p. 701.

L’Amour rend pareil au plus brave, jusqu’à “mourir pour autrui” (179 b).

(…) Amour est, des Dieux, le plus ancien, le plus vénérable, le plus puissant pour conduire les hommes à l’acquisition de la vertu et du bonheur, aussi bien pendant leur vie qu’après leur mort. 180 b, p. 703.

2. Discours de Pausanias

Amour est double

Amour est inséparable d’Aphrodite. Il existe deux déesses Aphrodite :

L’une, sans doute la plus ancienne, qui n’a point de mère et est fille de Ciel, est celle que nous nommons Céleste. Mais il y en a une autre, moins ancienne, qui est fille de Zeus et de Diônè, celle-là même que nous appelons Populaire. 180 d-e, p. 704.

A chaque Aphrodite correspond un Amour : Amour est donc double. L’Aphrodite populaire “est, en grec la Pandème, c’est-à-dire commune à tout le peuple. De même pour cet Amour dont il est ensuite question.” (Note de l’édition de la Pléiade, p. 1353.

C’est la façon de faire une action qui la rend belle ou laide, ainsi pour l’acte d’aimer, selon l’Amour qui nous incite à aimer. L’Amour lié à Aphrodite la Populaire sera sans valeur, et se tournera vers les femmes comme vers les hommes ; celui de la Céleste ne se tournera que vers le sexe mâle, “qui naturellement est le plus vigoureux et a davantage d’intelligence.”

Sociologie

Suivant les États, la règle dit qu’il est bien ou mal “de céder aux voeux d’un amant”. Chez les Béotiens, qui “ne sont pas habiles à parler”, c’est un bien ; chez les Barbares c’est une “vilaine chose”.

Considérations morales

Chez les Grecs du Banquet, la règle est “beaucoup plus belle”.

Il est plus beau, dit-on, d’aimer ouvertement que d’aimer en cachette, et il l’est au plus point d’aimer les plus nobles et les meilleurs, même s’ils sont plus laids que d’autres. 182 d, p. 707.

La servitude volontaire qui consiste à se mettre au service de quelqu’un parce qu’on deviendra meilleur grâce à lui est l’unique voie pour “céder de belle façon aux voeux d’un amant”.

On devra dès lors faire coïncider ces deux principes, celui qui concerne l’amour des garçons avec celui qui concerne, et l’amour du savoir, et les autres aspects du mérite ; on le devra si l’on veut en venir à ce résultat que ce soit de la part d’un jeune garçon une belle chose d’avoir cédé aux voeux d’un amant. 184 c-d, p. 709.

Premier intermède : le hoquet d’Aristophane

C’est normalement le tour d’Aristophane de parler, mais il est pris de hoquet. Eryximaque le médecin prend son tour de parole en conseillant quelques remèdes à Aristophane pour faire cesser le hoquet : retenir sa respiration, se gargariser avec de l’eau ou se chatouiller le nez pour éternuer.

3. Discours d’Eryximaque

La médecine observe qu’il y a deux amours dans tout ce qui existe sur terre, et pas seulement chez les hommes.

Amour et médecine

La médecine est en effet, pour le dire sommairement, la science des phénomènes d’amour dont le corps est le siège, eu égard au remplissement et à l’évacuation, et celui qui, dans ces phénomènes, diagnostique le bel amour et le mauvais amour, celui-là est plus médecin des médecins. 186 c-d, p. 712.

Le médecin est celui qui doit faire que ce qu’il y a de plus ennemi dans le corps devienne ami.

Or, ce qu’il y a de plus ennemi, c’est ce qu’il y a de plus contraire : le froid à l’égard du chaud, l’amer à l’égard du doux, le sec à l’égard de l’humide, et toutes les oppositions du même genre. C’est parce que, entre elles, il a eu l’art de faire naître amour et concorde, que notre ancêtre Asclèpios, ainsi que vous l’assurez, Messieurs les poètes, a constitué notre art.. Donc, c’est ce que je prétends, la médecine est toute entière régie par ce Dieu, et il en est encore de même pour la gymnastique et l’agriculture. 186 d, 187 a, p. 712.

Amour et musique

(…) la musique est, à son tour dans le domaine de l’accord et du rythme, science des phénomènes d’amour. 187 c, p. 713.

Pour avoir une conduite bien réglée, il faut suivre “le bel amour, le Céleste, celui qui relève de la muse Uranie”. L’amour Populaire, qui relève de Polymnie, “exige de la prudence” :

(…) c’est une grande affaire de bien s’y prendre avec les désirs relatifs à l’art de faire bonne chère, de façon à cueillir le plaisir sans nous rendre malades. 187 e, p. 714.

Amour et astronomie

Les saisons de l’année sont pleines de l’amour “bien réglé” et de l’amour “qui s’accompagne de démesure”. Les phénomènes de catastrophes résulteront du déséquilibre entre ces deux amours.

A la science de ces phénomènes, en ce qui concerne tant les révolutions des astres que les saisons de l’année, on donne le nom d’astronomie. 188 b, p. 714.

Amour et divination

(…) la divination (…) pratique le métier de faire amis les Dieux et les hommes, parce qu’elle est science de tous les phénomènes d’amour, qui, de la part des hommes, tendent à l’observation des lois divines et à la piété envers les Dieux. 188 d, p. 715.

4. Discours d’Aristophane

Aristophane, guéri de son hoquet par l’éternuement, prend à son tour la parole.

L’humanité primitive

Premièrement, l’espèce humaine comportait en effet trois genres ; non pas deux comme à présent, mais, en outre du mâle et femelle, il y en avait un troisième, qui participait de ces deux autres ensemble, et dont le nom subsiste de nos jours, bien qu’on ne voie plus la chose elle-même : il existait alors en effet un genre distinct, l’androgyne, qui, pour la forme comme par le nom, participait des deux autres ensemble, du mâle comme de la femelle ; ce qui en reste à présent, ce n’est qu’une dénomination, tenue pour infamante. Deuxièmement, chacun de ces hommes était, quant à sa forme, une boule d’une seul pièce, avec un dos et des flancs en cercle ; il avait quatre mains et des jambes en nombre égal à celui des mains ; puis, sur un cou tout rond, deux visages absolument pareils entre eux, mais une tête unique pour l’ensemble de ces deux visages, opposés l’un à l’autre ; quatre oreilles, parties honteuses en double ; et tout le reste comme cet aperçu permet de le conjecturer ! 189 d – 190 a, pp. 716-717.

Cet être se déplaçait notamment vite en faisant la roue. Le mâle était rejeton du soleil, la femelle de la terre et l’androgyne de la lune.

Origine de l’humanité actuelle

Zeus et les Dieux ne savaient pas quoi faire de ces hommes : les détruire aurait anéanti leurs offrandes au Dieux ; leur permettre d’être insolent, comme Prométhée, n’était pas supportable. Zeus décida de les couper en deux, pour les affaiblir et les rendre plus nombreux. Ils marcheront sur deux jambes, et s’ils se montrent à nouveau insolents, Zeus les coupera encore en deux pour qu’ils ne marchent qu’à cloche-pied.

Apollon, le dieu guérisseur, opéra les hommes pour leur retourner le visage et faire leur ventre “en ne laissant qu’une ouverture” : le nombril.

L’évolution de l’amour et l’explication de ses diverses formes

Or, quand la nature de l’homme eut été ainsi dédoublée, chaque moitié, regrettant sa propre moitié, s’accouplait à elle ; elles se passaient leurs bras autour l’une de l’autre, elles s’enlaçaient mutuellement dans leur désir de se confondre en un seul être, finissant par mourir de faim (…). De cette façon l’espèce humaine disparaissait. 191 a-b, p. 718.

Zeus transporta alors leurs “parties honteuses” sur le devant pour qu’elles puissent copuler et soit entre homme et femme pour engendrer pour accroître l’espèce humaine, soit entre mâles pour la satiété obtenue les tournent vers l’action “c’est-à-dire qu’ils se préoccuperaient d’autre chose dans l’existence !” (191 c).

Ainsi, c’est depuis un temps aussi lointain, qu’est implanté dans l’homme l’amour qu’il a pour son semblable : l’amour réassembleur de notre primitive nature ; l’amour qui, de deux êtres, tente d’en faire un seul, autrement dit, de guérir l’humaine nature ! 191 e, p. 719.

Deuxième intermède

La crainte est qu’après ces discours tout ait été dit, mais il reste encore Socrate et Agathon. Socrate feint d’être inquiet du “discours excellent” que va faire Agathon, homme de théâtre. Ce dernier s’est brillamment produit la veille devant “plus de trente mille d’entre les Grecs” (175 e).

Qu’est-ce à dire, Socrate ? répliqua Agathon : tu ne me juges pas, bien sûr, à ce point empli de vanité théâtrale que je puisse méconnaître cette vérité, que, aux yeux d’un homme qui réfléchit, un petit nombre de gens intelligents est plus redoutable d’un grand nombre de gens sans intelligence ! 194 b-c, p. 723.

Après le poète comique Aristophane, le tragique avec Agathon (note de la Pléiade, p. 1358).

5. Discours d’Agathon

A) La nature d’Amour

a) sa beauté

Amour est le plus beau parce qu’il est le plus jeune des Dieux : il fuit la vieillesse et est toujours en compagnie de la jeunesse, car “le semblable se rapproche toujours de son semblable” (195 b). Amour est délicat : il s’établit dans les âmes “où il trouvera du moelleux” (195 e). La nature d’Amour “est dans cette beauté de la forme” 196 a).

b) son excellence et ses vertus

Amour est excellence : il ne commet ni n’est victime de l’injustice. Il ne s’exerce pas de force dans son action : tout homme se met à son service de bon gré, comme pour les Lois de l’État. Amour est tempérance : il maîtrise voluptés et désirs. Amour est courage : même Arès, le Mars des latins, ne peut rivaliser avec lui. Amour est créateur dans le domaine de la culture “car ce qu’on ne possède pas ou qu’on ne sait pas, il n’y a pas moyen d’en faire don à autrui, ni d’en instruire autrui.” (196 e – 197 a).

Il est du moins certain que, si Apollon a inventé l’art de tirer de l’arce, l’art médical, l’art divinatoire, c’est guidé par le désir et par l’amour ; en sorte que, même lui, serait disciple d’Amour ; et les Muses, ses disciples pour l’art musical ; et Héphaïstos, pour l’art de forger ; Athéna, pour celui de tisser ; Zeus enfin, pour l’art de gouverner les Dieux aussi bien que les hommes. (…) l’amour des belles choses a engendré tous les biens, pour les Dieux aussi bien que pour les hommes. 196 a-b, p. 727.

B) Les bienfaits d’Amour

(…) c’est à lui que sont dus “La paix chez les humains, le calme sur la mer ; Nul souffle, vents couchés, un sommeil sans souci !” Or c’est lui qui, d’une part, nous vide de l’idée que nous sommes étranges les uns aux autres ; qui d’autre part nous emplit de celle que nous sommes parents. (…) principe d’ordre pour la totalité des Dieux et des hommes ; le coryphée le plus beau, le plus parfait, qu’il y ait obligation de suivre pour tout homme. 197 c-e, p. 728.

Note : Le coryphée est le chef du choeur (cnrtl.fr).

Troisième intermède : la parole passe à la Philosophie ; Socrate

Socrate se déclare dans l’embarras après un si beau discours.

C’est alors que j’ai eu conscience d’avoir été, en somme, profondément ridicule quand je convenais avec vous de m’associer à votre célébration des louanges d’Amour, et quand je me prétendais passé maître sur les choses de l’amour. 198 c-d, p. 729.

Socrate ne va pas prononcer des louanges, mais dire des vérités selon lui.

(…) je me suis engagé envers vous à prononcer, moi aussi, un éloge à mon tour : promesse de la langue, par conséquent, mais non de la conscience ! Adieu donc ! De fait, ce n’est plus là ma façon de célébrer une louange et, en effet, j’y serais impuissant. Nonobstant, s’il s’agit au contraire de choses vraies, j’accepte de les dire, si vous le souhaitez ; de les dire, en m’en tenant à moi-même et non pour me mesurer à vos discours ; car je ne veux pas prêter à rire ! 199 a-b, p. 730.

II. Deuxième partie

Préparation dialectique : A) Socrate et Agathon

Socrate dialogue avec Agathon pour l’amener vers la vérité, au moyen de la maïeutique, art d’accoucher les esprits.

Est-ce que la nature d’Amour est elle qu’il soit amour de quelque objet, ou n’est-il amour de rien ? (…) – Hé ! de quelque chose, absolument. 199 d-e, p. 731.

Est-ce le fait de posséder ce dont il a envie et qu’il aime qui lui en donne ensuite envie et amour ? ou bien est-ce le fait de ne pas le posséder ? – Le fait de ne pas le posséder, répondit Agathon. 200 a, p. 731.

Toi, mon brave, qui es en possession de la richesse, de la bonne santé, de la force, c’est pour l’avenir aussi que tu souhaites en être possesseur, car, au moins dans l’instant présent, tu les possèdes bon gré, mal gré ! 200 c-d, p. 732.

Mais, reprit alors Socrate, n’est-ce pas là justement aimer la chose dont on ne dispose pas encore, dont on n’a pas non plus la possession, que d’en souhaiter pour soi, dans l’avenir, la conservation et la présence ? – Absolument, oui ! dit-il. 200 d-e, p. 732.

Amour est amour de la beauté, mais comme on aime que ce dont on est dépourvu, Amour est dépourvu de la beauté. Ce qui est bon est beau, Amour est aussi dépourvu des choses bonnes. C’est la vérité soutenue par Socrate.

B) Continuation fictive du dialogue : Diotime

Socrate donne congé à Agathon pour ce dialogue, et va faire le récit d’un dialogue concernant Amour, qu’il a eu avec Diotime, “une femme qui était aussi savante là-dessus que sur quantité d’autres sujets”. Socrate va recréer le dialogue avec Diotime, en faisant lui-même questions et réponses. Il reprend là où le dialogue avec Agathon s’était terminé sur Amour dépourvu de la beauté et du bon.

Que dis-tu là, Diotime ? m’écriais-je. A ce compte, Amour est-il donc laid et mauvais ? – Tu ne vas pas blasphémer ! fit-elle : t’imagines-tu que, quand une chose n’est pas belle, elle doive forcément être laide ? (…) Quand on n’est pas savant, forcément encore, ignorant ? Ou bien te rends-tu compte qu’il existe un intermédiaire entre science et ignorance ? (…) Juger droit et sans être en état de rendre raison de ce jugement, ne sais-tu pas, dit-elle, que cela n’est, ni posséder le savoir, car comment une chose dont on ne rend pas raison pourrait-elle constituer un savoir ? ni ignorance, car comme ce à quoi il arrive de rencontrer la réalité constituerait-il une ignorance ? C’est en quelque chose de tel que consiste l’opinion droite : un intermédiaire entre sagesse et ignorance. 201 e – 202 a, p. 734.

Note : sur l’opinion droite, voir l’article Platon, Ménon – L’opinion droite.

Nature intermédiaire de l’Amour

(…) en ce qui concerne Amour tu as accordé que c’est le manque des choses bonnes et belles qui lui fait désirer ces choses mêmes, desquelles il manque. (…) Mais, comment pourrait-il être Dieu, l’être qui, en vérité, n’a point part aux choses belles et bonnes ? (…) – Que serait donc alors Amour ? dis-je : un mortel ? – Non ! pas le moins du monde ! – Mais quoi, enfin ? – Comme précédemment, un intermédiaire entre ce qui est mortel et ce qui est immortel ! 202 d, p. 735.

L’Amour, démon, et le mythe de sa naissance

Amour est un “grand Démon”, “tout ce qui est démonique est intermédiaire entre ce qui est mortel et ce qui est immortel”. Et voici sa fonction :

Celle de faire connaître et de transmettre aux Dieux ce qui vient des hommes, et aux hommes ce qui vient des Dieux. 202 e, p. 735.

Le Démon met “le Tout en liaison avec lui-même”. Il permet la divination et peut entrer en relation avec les hommes, pendant la veille (c’est la voix intérieure de Socrate – voir la fiche de lecture Platon, Apologie de Socrate) ou le sommeil.

Diotime conte alors le mythe de la naissance d’Amour.

Le jour où naquit Aphrodite, les Dieux, sache-le, donnaient un festin, et, parmi les convives, se trouvait Expédient [Poros], le fils d’Invention [voir note de la Pléiade]. Or, quand ils eurent dîné, comme ils avaient fait bombance, survint Pauvreté dans le dessein de mendier, et elle se tenait contre la porte. Or Expédient, qui s’étant enivré de nectar (…), était passé dans le jardin de Zeus, s’y endormit, alourdi par l’ivresse. Sur ce, Pénia [Pauvreté], s’avisant que pour elle il n’est rien d’expédient, d’avoir un petit enfant d’Expédient, se couche à son côté, et voilà que d’Amour elle fut engrossée ! C’est aussi pour cette raison qu’Amour est devenu le compagnon et le serviteur d’Aphrodite : parce qu’il a été engendré pendant les fêtes de la naissance de celle-ci, et parce qu’en même temps, Aphrodite elle-même étant belle, c’est au beau que naturellement se rapporte son amour. 203 b-c, p. 736.

Note de la Pléiade, p. 1361 : “Mètis, “Invention” ou “Sagesse” est une fille d’Océan et de Thètys, et la première femme de Zeus, qui, au moment où elle allait mettre au monde, la mangea, afin d’être mieux instruit de l’avenir. – Poros, Expédient : “Ressource” traduirait bien si l’on n’avait besoin d’un nom masculin.”

a) Nature de l’amour

Amour est fils d’Expédient et de Pauvreté.

En premier lieu, il est toujours pauvre, et il s’en faut de beaucoup qu’il soit délicat et beau comme la plupart des gens se l’imaginent. ; mais bien plutôt, il est rude, malpropre, un va-nu-pieds qui n’a point de domicile, toujours couchant à même la terre et sans couvertures, dormant à la belle étoile sur le pas des portes ou dans la rue ; tout cela parce que, ayant la nature de sa mère, il fait ménage avec l’indigence ! Mais, en revanche conformément à la nature de son père, il guette, embusqué, les choses qui sont belles et celles qui sont bonnes, car il est vaillant, aventureux, tendant toutes ses forces ; chasseur habile, ourdissant sans cesse quelque ruse ; curieux de pensée et riche d’idées expédientes, passant toute sa vie à philosopher. 203 c-d, pp. 736-737.

Amour est intermédiaire entre savoir et ignorance : les Dieux ne philosophent pas car ils ont déjà la sagesse ; les ignorants ne philosophent pas car ils n’ont pas envie de devenir sages, ils s’imaginent être pourvus d’intelligence.

La sagesse en effet est évidemment parmi les plus belles choses, et c’est au beau qu’Amour rapporte son amour ; d’où il suit que, forcément, Amour est philosophe, et, étant philosophe, qu’il est intermédiaire entre le savant et l’ignorant. 204 b, p. 737.

b) Les effets de l’amour

L’amour des belles choses – le beau – est amour des choses bonnes – le bien.

C’est en effet (…) par la possession des choses bonnes que les gens heureux seront heureux. 205 a, p. 738.

En conséquence, (…) l’objet de l’amour, c’est, dans l’ensemble, la possession perpétuelle de ce qui est bon. 206 a, p. 740.

Objet véritable de l’amour

L’acte d’amour consiste en “un enfantement dans la beauté, et selon le corps, et selon l’âme.” (206 b).

(…) c’est, dans le vivant mortel, la présence de ce qui est immortel : la fécondité et la procréation. 206 c, p. 741.

(…) le désir de l’immortalité (…) va forcément de pair avec le désir de ce qui est bon. 207 a, p. 741.

Le désir de l’immortalité

(…) la nature mortelle cherche, dans la mesure où elle le peut, à se donner perpétuité, immortalité. 207 d, p. 742.

La “génération” laisse un être nouveau, autre, “à la place de l’être ancien”. Ceci vaut pour le corps, mais aussi pour les connaissances.

Ce qu’on appelle en effet étudier implique une évasion de la connaissance ; car l’oubli, c’est une connaissance qui s’évade, tandis qu’inversement l’étude, remplaçant la connaissance qui s’en va par un souvenir tout neuf, sauvegarde si bien la connaissance qu’on la juge être la même ! C’est de cette façon, sache-le, qu’est sauvegardé tout ce qui est mortel. 208 a, p. 743.

Car justement les hommes eux-mêmes, si sur leur ambition tu consens à porter ton regard, tu seras confondu de son absurdité ; à moins que tu ne réfléchisses à ce que je t’ai dit et que tu ne médites sur l’étrange état où les met l’amour de la renommée, le désir de se ménager pour l’éternité du temps une gloire immortelle. 208 c, p. 743.

Quant à ceux qui sont féconds selon l’âme… (…) la plus considérable et la plus belle manifestations de la pensée est celle qui concerne l’ordonnance des États comme de tout établissement, et dont le nom, on le sait, est tempérance aussi bien que justice. 209 a, p. 744.

L’homme “fécond dans l’âme” est “éducateur” des belles âmes (209 c).

L’initiation et ses degrés

Diotime décrit les degrés qui mènent à la révélation des “mystères d’amour” : aimer la beauté physique d’un corps puis de tous les corps ; aimer la beauté des âmes ; aimer “les occupations et les maximes de conduite” ; aimer les connaissances ; aimer la connaissance unique “de cette beauté dont je vais maintenant te parler” (210 d).

La révélation suprême : le Beau absolu

Le Beau absolu a une existence éternelle, est unique dans sa nature formelle. C’est la théorie des Idées de Platon.

[La beauté absolue] se montrera (…) en elle-même et par elle-même, éternellement unie à elle-même dans l’unicité de sa nature formelle, tandis que les autres beaux objets participent tous de la nature dont il s’agit en une telle façon que, ces autres objets venant à l’existence ou cessant d’exister, il n’en résulte dans la réalité dont il s’agit aucune augmentation, aucune diminution, ni non plus aucune altération. Quand donc, en partant des choses d’ici-bas, en recourant pour s’élever, à une droite pratique de l’amour des jeunes gens, on a commencé d’apercevoir cette sublime beauté, alors on a presque atteint le terme de l’ascension. 211 b, p. 747.

Ascension à comparer avec l’allégorie de la Caverne (voir l’article Descartes – La puissance de juger de l’esprit).

C’est à ce point de l’existence, mon cher Socrate, dit l’étrangère de Mantinée, que, plus que partout ailleurs, la vie pour un homme vaut d’être vécue, quand il contemple le beau en lui-même ! 211 d, p. 748.

Voilà donc, Phèdre et vous autres, ce que disait Diotime et ce dont elle m’a convaincu. La conviction qu’elle m’a donnée me fait essayer de convaincre aussi les autres que, pour aider l’humaine nature à acquérir ce bien, difficilement on trouverait un meilleur auxiliaire qu’Amour. 212 b, p. 748.

III. Troisième partie

Socrate a fini son discours. Des bruits viennent de la porte de la cours : des “bambocheurs” et la voix d’une joueuse de flûte.

Alcibiade

Alcibiade, qui est amoureux de Socrate, entre dans la salle, “complètement ivre”, la tête couronnée de bandelettes dont il veut “enguirlander” Agathon, quand il voit que Socrate est présent. Ce dernier sollicite la défense d’Agathon pour le protéger d’Alcibiade, personnage si jaloux qu’il empêche Socrate de regarder “un seul beau garçon”. Alcibiade s’étend sur le lit et vide un seau de vin contenant “plus de huit cotyles”, soit plus de deux litres un quart (note de la Pléiade, p. 1365).

Nouveau programme

Eryximaque le médecin demande à Alcibiade s’il veut juste boire ou discourir et chanter. Alcibiade propose à Eryximaque qu’il prescrive le “parti” à prendre. Il faut obéir à Eryximaque, car “à lui seul, en effet, un médecin vaut en grand nombre d’autres hommes.”  Après les discours sur Amour, il est convenu qu’Alcibiade loue Socrate.

L’éloge de Socrate par Alcibiade

Alcibiade compare Socrate au satyre Marsyas, un Silène, connu pour jouer si extraordinairement de la flûte que son talent défiait Apollon. Les airs de flûte de Marsyas “sont seuls à mettre en état de possession”.

Or, entre celui-ci et toi, toute la différence, c’est seulement que, sans instruments, avec des paroles sans musique, tu produis ce même effet ! 215 c, p. 753.

Sachez-le bien en effet, nul de vous ne connaît cet homme-là (…). Socrate, c’est un fait que vous constatez, est à l’égard des beaux garçons en amoureuses dispositions, il tourne toujours autour d’eux, il en est transporté. C’est un autre fait encore qu’il ignore toutes choses, qu’il ne sait rien, c’est un air qu’il se donne ! (…) Or à faire ainsi, dans ses relations avec autrui, le naïf et le plaisantin, il passe sa vie entière. Mais, quand il est sérieux et que le Silène a été ouvert, y a-t-il quelqu’un ici qui y ait vu les figurines de Divinités qui sont à l’intérieur ? Je l’ignore, mais à moi, déjà, il m’est arrivé de les voir, et je les ai trouvées à tel point divines et toutes d’or, à tel point superbes et merveilleuses, que je n’avais plus, en bref, qu’à faire tout ce que m’ordonnerait Socrate. 216 e – 217 a, p. 755.

Note : Le texte résonne avec celui du procès de Socrate (voir la fiche de lecture Platon, Apologie de Socrate), où il est accusé de corrompre la jeunesse (les “beaux garçons” évoqués par Alcibiade) et de croire à des Divinités nouvelles (symbolisées par les “figurines” à “l’intérieur” de Socrate ?). Socrate est qualifié par Alcibiade de “naïf et plaisantin” lorsqu’il pratique l’ironie.

La spiritualité de l’amour chez Socrate

Alcibiade raconte plusieurs situations où il a tenté de séduire Socrate pour devenir son amant, sans succès. Il va décrire à quel point il est “mordu” de Socrate, en priant ses auditeurs de croire ses paroles.

Mais, à partir d’ici, vous ne pouvez écoutez mon discours qu’à deux conditions : la première, que c’est, suivant le dicton, dans le vin (avec ou sans, la bouche des enfants !) qu’est la vérité ; la seconde, que, de la part de quelqu’un qui est parti à faire l’éloge de Socrate, laisser dans l’ombre une de ses actions, dont la superbe est sans pareille, c’est à mes yeux une évidente incorrection ! (…) moi qui ai été blessé, mordu par les propos de la philosophie, ces propos qui, lorsqu’ils se sont engagés dans une âme jeune et qui ne manque pas de dons naturels, l’attaquent plus sauvagement qu’une vipère ; qui lui font faire ou dire n’importe quoi. 217 e – 218 a, pp. 756-757.

Note : lien encore avec l’accusation de corruption de la jeunesse par Socrate.

La tentation déjouée

Alcibiade rapporte sa dernière tentative de faire de Socrate son amant, le seul qui soit digne de lui, Alcibiade. Socrate repousse ce qu’il considère comme une illusion, où Alcibiade croit “troquer du cuivre contre de l’or” en faisant de Socrate son amant.

La vision de l’esprit, ne l’oublie pas, ne commence d’avoir un coup d’oeil perçant, que lorsque celle des yeux se met à perdre de son acuité ; or c’est de quoi tu es, pour ta part, encore loin ! 219 a, p. 758.

Note de la Pléiade, p. 1366 : “Autrement dit, à ton âge, l’esprit n’a pas encore ce coup d’oeil grâce auquel se voit la beauté intérieure.”

Alcibiade raconte s’endormir avec Socrate dans ses bras, sans que rien ne se passe. Alcibiade se sent méprisé, tout en continuant d’admirer Socrate.

Socrate supérieur à toutes les conditions extérieures

Alcibiade évoque l’expédition de Potidée, cité vassale d’Athènes où eut lieu un siège suite à sa révolte contre Athènes. Socrate pouvait rester sans manger, il pouvait boire sans jamais être ivre, rester nu-pieds et peu vêtu dans un froid terrible. Il restait aussi parfois debout à méditer durant toute une journée “jusqu’à l’aurore et au lever du soleil” du lendemain.

Le courage de Socrate

Socrate alors qu’il était soldat faisait preuve d’un grand courage sur les lieux de bataille.

(…) il circulait là, tout comme si ç’avait été dans Athènes : avec la majesté d’un héron, et lançant de ses deux yeux, un coup d’oeil de chaque côté ; inspectant avec tranquillité les mouvements des amis comme ceux des ennemis, se révélant à tous, comme un homme qui se défendrait tout à fait vigoureusement si l’on s’avisait de s’y frotter.  221 b, p. 761.

Socrate ne ressemble à personne

(…) si l’on veut bien écouter les propos de Socrate, on les trouvera sans doute, à première impression, complètement grotesques. (…) Mais, les voit-on s’ouvrir, est-on entré dans leur intérieur, alors on découvrira, premièrement qu’ils sont les seuls à avoir dans le fond quelque intelligence ; ensuite, qu’ils sont tout ce qu’il y a de plus divin, qu’ils contiennent en eux le plus grand nombre possible d’images divines de vertu, avec le plus grand champ d’application, bien mieux avec tout celui qu’il convient d’”avoir en vue quand on se propose de devenir un homme accompli ! 221 e- 222 a, p. 762.

Épilogue

Le banquet se termine, les convives s’endorment, certains s’en vont. Socrate et Aristophane restent seuls à veiller jusqu’au petit matin.

Là-dessus, Socrate, les ayant endormis comme des enfants, se leva et partit ; comme à son habitude, Aristodème le suivit. Il se dirigea vers le Lycée, et, après s’être débarbouillé, il passa, comme n’importe quelle autre fois, le reste de la journée, et, quand il l’eut ainsi passée, vers le soir il alla chez lui se reposer. 223 d, p. 764.

Bibliographie

Platon, Le Banquet. Version bilingue sur le site remacle.org

Laërce D. Vies et doctrines des philosophes illustres.

Wikipédia, Le Banquet.

Dsirmtcom, mai 2019.

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