“Mar adentro”, le film qui a changé le regard de la société sur l’euthanasie (Público)

Écrits, nouvelles et contes philosophiques (ou pas)

Article original en espagnol : ‘Mar adentro’, la película que cambió la mirada social hacia la eutanasia, Begoña Piña, Público, 18 mars 2021.

Source : https://www.publico.es/culturas/mar-adentro-pelicula-cambio-mirada-social-eutanasia.html

Comptes Twitter : @BEGONAPINA, @publico_es

Traduction : Patrick Moulin, alias @dsirmtcom


Une image du film ‘Mar adentro’ (2004) – CEDIDA

La rencontre d’Alejandro Amenábar, qui raconte l’histoire vraie de Ramón Sampedro, a reçu l’Oscar du meilleur film international [en langue non anglaise], rejoignant “Million Dollar Baby”, revendication véhémente pour le droit à une mort digne, qui a gagné l’Oscar du meilleur film.

“L’euthanasie est un sujet qui finira par être légiféré et nous voulions raconter une histoire avec de la matière humaine. Personnellement, je pense que la vie de Ramón Sampedro n’appartenait qu’à lui”. C’était en septembre 2004, le cinéaste Alejandro Amenábar était convaincu que le sens commun de la démocratie finirait par accepter qu’une mort digne était un droit essentiel, tout autant que vivre avec dignité.

Dix-sept ans ont passé et cela s’est réalisé. Ce jeudi, le Congrès des Députés, enfin, a approuvé la [loi de régularisation et de dépénalisation] qui autorise le suicide assisté.

L’histoire de Ramón Sampedro qui revenait chaque jour dans les pages des journaux et aux informations télévisées a acquis une plus grande importance grâce au cinéma avec Mar adentro, le film d’Alejandro Amenábar interprété par Javier Bardem.

L’Oscar du meilleur film international, le Prix spécial du jury et la Coupe Volpi du meilleur acteur [prix d’interprétation cinématographique remis lors de la Mostra de Venise], les prix de la meilleure réalisation et du meilleur acteur du Cine Europeo [festival du film européen de Séville], rien moins que quatorze Prix Goya [récompenses de cinéma décernée chaque année depuis 1987 par l’Academia de las artes y las ciencias cinematográficas de España]… ont donné une pertinence cruciale à un sujet, l’euthanasie, qui était encore regardé de travers en Espagne.

Ramón Sampedro

Javier Bardem, qui était déjà une star internationale, a montré au monde entier, avec des résonnances particulières dans notre pays [l’Espagne], la situation émotionnelle de Ramón Sampedro, un homme, tétraplégique, obligé de vivre prostré dans sa chambre, qui a pris la tête d’une bataille pour la légalisation de l’euthanasie. Finalement, il a obtenu de s’ôter la vie sans impliquer légalement ceux qui l’ont aidé. Sa détermination a été, sans aucun doute, un exemple nécessaire, que les membres du Gouvernement de Rodríguez Zapatero ont voulu soutenir, ce qu’ils ont fait en assistant à l’avant-première du film à Madrid.

“Je me suis demandé jusqu’à quel point il n’était pas en train d’utiliser la douleur de quelqu’un pour un divertissement. Mais la réponse était que cette douleur était celle que nous devions montrer pour que personne ne meure plus jamais dans la solitude. A la fin de la scène, j’ai fondu en larmes. Je n’en pouvais plus.” Javier Bardem a avoué ainsi ses doutes alors sur le travail dans ce film, avec lequel, probablement, il a aidé d’une façon définitive à obtenir un changement dans le regard de la société sur l’ehuthanasie.

“Un crime culturel”

Un film sur la mort, “mais depuis le point de vue de la vie”, a répété Alejandro Amenábar chaque fois qu’on le questionnait sur Mar adentro, ce qui revenait avec insistance à Venise et au gala des Oscars à Hollywood. Un soir, c’était le dernier, le hasard (ou peut-être le besoin de la société d’aborder le sujet) a fait qu’un autre film immense, Million Dollar Baby, a remporté l’Oscar.

“Papa a dit que j’avais lutté pour entrer dans ce monde et que je lutterai pour en sortir”, a déclaré Maggie Fitzgerald (Hillary Swank) dans le film de Clint Eastwood, une véhémente et puissante revendication pour le droit à mourir dignement, qui a tellement braqué les conservateurs des États-Unis qu’ils ont lancé une campagne agressive et chargée d’insultes contre le film et contre le cinéaste. Ils sont allés jusqu’à l’accuser d’avoir commis un “crime culturel comparable à celui de Bill Clinton pour avoir introduit le terme de “sexe oral” dans les dîners américains.

Une machine “d’autoeuthanasie”

Ces deux films ont été les outils indispensables dans l’atteinte de l’acceptation sociale de l’euthanasie. Mar adentro et Million Dollar Baby ont réussi à ce que des millions de citoyens dans le monde comprennent l’humanité et la nécessité de la dignité aussi dans la mort. Avant, d’autres œuvres s’étaient emparées de cette situation, mais aucune n’avait connu un tel succès.

C’est arrivé avec Mi vida es mía [titre en français : “C’est ma vie, après tout !”], une adaptation de la pièce de théâtre de Brian Clark qui a reçu de magnifiques critiques à Broadway et depuis dans les salles de cinéma, même s’il n’a pas été accompagné d’une bonne fréquentation du public.Dans ce film, Richard Dreyfuss interprète un sculpteur qui a un jour un accident de voiture et reste complètement paralysé. Le film a révélé la tourmente chez cet homme obligé de se demander s’il ne valait pas mieux mettre fin à sa vie que de continuer à vivre de cette façon.

Le film de Tal Granit et de Sharon Maymon La fiesta de despedida [titre en français : “Fin de partie”] a reçu beaucoup plus d’écho, a gagné le prix du Public au Festival de Venise et l’Épée d’Or à la Seminci de Valladolid [Festival international de Valladolid], et a soulevé le débat sur l’euthanasie à partir d’une tragicomédie. Un groupe divertissant d’anciens aide les autres à mourir avec une machine d’autoeuthanasie, devenue très populaire dans la résidence où ils vivent.

Les metteurs en scène ont donc posé sur la table une question délicate, une répétition ennuyeuse de l’histoire quand elle traite des droits fondamentaux : “Si vous avez de l’argent, vous aurez une mort digne”. L’approbation aujourd’hui par le Congrès de la régularisation de l’euthanasie met un terme à cette injustice. En Espagne à partir de maintenant sera inclus, comme une nouvelle prestation du Système National de Santé, l’aide médicale à mourir. 


Traduction : Patrick Moulin, alias @dsirmtcom, 19 mars 2021.

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Espagnol, Éthique, Euthanasie, Vie, Mort, Dignité

Español, Ética, Eutanasia, Vida, Muerte, Dignidad

Une réponse à ““Mar adentro”, le film qui a changé le regard de la société sur l’euthanasie (Público)

  1. Tout à fait d’actualité avec la légalisation de l’euthanasie en Espagne ! Vivement que les choses avancent chez nous. Même si l’actualité sanitaire occupe largement les réflexions, ce sujet, ô combien important, doit absolument avancer. Il y a urgence.

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